Les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) : un débat de société aux ramifications multiples

17 avril 1997
03m 40s
Réf. 01488

Notice

Résumé :

L'apparition des OGM sur le marché dans les années 1990 interroge l'ensemble de la société. Partisans et opposants à la diffusion de cette nouvelle technique présentent leurs arguments.

Type de média :
Date de diffusion :
17 avril 1997
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Contexte historique

L'accroissement de la population mondiale rend chaque jour la question agricole plus stratégique. En l'espace d'un demi siècle, la démographie galopante a imposé des défis considérables à l'agriculture. Pour répondre à ces attentes, les agriculteurs et les industries agro-alimentaires ont eu recours à des procédés de protection des récoltes toujours plus efficaces et polluants. L'agriculture moderne a bien été le théâtre d'une révolution technologique au cours du XXe siècle. Dans les années 1990, l'amélioration des connaissances dans les sciences de la vie ouvre de nouvelles perspectives. Il devient désormais possible d'agir directement sur la nature des plantes cultivées en modifiant leur patrimoine génétique. Ces modifications doivent permettre d'améliorer les rendements, de limiter la pollution liée à l'emploi des pesticides et engrais, et donc d'accroître la rentabilité des différentes agricultures.

Ces innovations sont soutenues par des grands groupes de l'industrie agro-alimentaire (comme Nestlé) et par de grands laboratoires (comme Monsanto aux Etats-Unis). Il s'agit pour eux d'un enjeu considérable puisque les OGM leur permettraient de contrôler l'ensemble d'une filière, de la graine semée aux produits finis en vente dans nos supermarchés. Par ce biais, les agriculteurs perdraient toute autonomie et seraient intégrés de fait à ces grands groupes. Ces grandes sociétés sont en partie soutenues par des scientifiques qui souhaitent poursuivre des recherches sur les OGM, notamment dans le cadre de programmes médicaux. Ces groupes rencontrent depuis le début l'opposition de militants et la méfiance des citoyens-consommateurs. A l'enthousiasme scientifique, ces derniers opposent le principe de précaution : en l'état actuel des connaissances et des compétences, personne n'est véritablement capable de mesurer les conséquences de la diffusion de cette nouvelle technologie. Il est donc préférable de retarder, voire d'annuler, sa diffusion.

Le débat techno-scientifique et commercial recouvre ainsi des enjeux éthiques et morales qui posent la question de la place des techniques dans nos sociétés. De fait, la question des OGM montre que c'est d'abord par le truchement des problèmes environnementaux que l'on s'interroge sur la technique et la science.

Raphael Morera

Éclairage média

Le document présenté est extrait d'un reportage diffusé en 1997 par l'émission Envoyé Spécial. Ce rendez-vous hebdomadaire a pour vocation d'approfondir le traitement des questions d'actualités en présentant des enquêtes relativement longues. Les documentaires présentés prennent en général la peine de prendre en compte les opinions contradictoires s'opposant sur un problème précis. Ainsi les militants de Greenpeace sont filmés au cours d'une de leurs opérations tandis que le responsable de la communication de Nestlé présente le point de vue de sa firme depuis son siège social. De même, le scientifique est interrogé dans son laboratoire, et le médecin sur un marché. Par ce panorama, ce reportage synthétise le débat suscité par l'introduction et la diffusion dans la société d'une technique d'autant plus nouvelle qu'elle touche le mystérieux domaine du vivant.

Raphael Morera

Transcription

Inconnu
Des propos fortement contestés par les associations écologistes qui crient à l'apprenti sorcier. En tête Greenpeace, l'organisation multinationale fait des aliments génétiquement modifiés son nouveau combat. Greenpeace mène campagne manifestant un peu partout en Europe devant le siège des industrielles de l'alimentation.
Arnaud Apoteker
Nous sommes contre la dissémination d'organismes génétiquement modifiés dans l'environnement parce que les conséquences écologiques sont totalement imprévisibles. Nous sommes aussi contre l'introduction de produits génétiquement modifiés dans l'alimentation, parce que les conséquences sanitaires à long terme sont inconnues.
Inconnu
Mais alors les partisans de l'amélioration génétique disent que tous les contrôles sont faits, que les précautions sont prises pour éviter justement cette dissémination.
Arnaud Apoteker
Les précautions prises, ça me rappelle un peu les problèmes qu'il y a eu avec la vache folle ou avec le sang contaminé.
Inconnu
Est-ce qu'on peut faire un amalgame comme ça entre vache folle, sang contaminé, génétiquement modifié ?
Arnaud Apoteker
Moi, je parle pas d'amalgame, je parle de l'attitude des pouvoirs publics et des autorités réglementaires qui, à chaque fois, nous ont assuré qu'il y avait pas de problème et qui a chaque fois, se sont révélés dans l'erreur.
François-Xavier Perroud
Je vous dis très franchement, Greenpeace se balade dans un combat d'arrière garde dans une guerre qui a été perdue il y a longtemps. C'est un baroud d'honneur qui ne servira strictement à rien.
Inconnu
Chez Nestlé, ça se passe comme ça. François Xavier Perroud est le porte-parole de la plus grande firme alimentaire du monde, 230 milliards de chiffre d'affaires. Et chez Nestlé, on sait que la révolution verte est déjà en marche, qu'elle est irréversible. Est-ce que Nestlé va utiliser des OGM dans ses produits ?
François-Xavier Perroud
Oui, nous avons acquis la conviction que ces produits répondent à tous égards à nos critères très stricts de sécurité et de qualité. Nous avons aucune raison de refuser leur autorisation.
Inconnu
Question : les écologistes alimentent-ils inutilement nos craintes ou dénoncent-ils des risques réels ? Dans son super maïs, la firme CIBA a inséré un gène qui le rend sensible à un antibiotique. Des chercheurs britanniques laissent entendre qu'en avalant ce maïs, le bétail pourrait à son tout devenir résistant et dans le pire des cas, cette résistance pourrait se transmettre à l'homme. Côté médecine, on se veut plus mesuré mais on reste attentif.
Frédéric Saldmann
Oui, tout à fait, ces études ont été faites et elles incitent à renforcer de très près la surveillance parce que les, la résistance aux antibiotiques quand elle survient est un sacré problème, parce que, vous savez, il y a de plus en plus de germes qui apparaissent, nouveaux et donc, on a besoin d'avoir un arsenal antibiotique qui soit intact.
Philippe Gay
La transmission est un problème complexe qu'il faut, dont la probabilité est absolument infime car elle n'a jamais été observée. On a, on peut le chiffrer à des chiffres absolument, tellement infimes que ce n'a plus de sens. Et si malgré tout, cette transmission se produisait, on sait qu'elle est cliniquement insignifiante. Et c'est la conclusion des experts que je vous donne ici.