Les OGM vus du terroir: risques et potentialités

17 avril 1997
05m 26s
Réf. 01489

Notice

Résumé :

L'apparition des OGM dans les pratiques agricoles risque d'avoir de lourdes conséquences sur l'environnement. Des scientifiques tentent de les définir.

Type de média :
Date de diffusion :
17 avril 1997
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Contexte historique

Depuis la fin du XIXe siècle les sciences de la vie ont connu des avancées considérables. Le génie génétique est sans conteste le domaine où les avancées ont été les plus spectaculaires. Les recherches sur les gènes ont été initiées par les travaux sur l'hérédité conduit par Gregor Mendel dans les années 1860. La notion de gène s'impose alors rapidement mais tarde à être clairement définie. Il faut attendre les années 1960 pour donner à l'ADN une définition précise. Ces découvertes ouvrent des perspectives impressionnantes aussi bien sur le plan scientifique que technique. En effet, dès lors que l'on a découvert le génome d'un organisme, il devient en théorie possible de le modifier. Par le séquençage, les scientifiques sont en effet en mesure d'en connaître l'architecture. On peut alors directement agir directement sur un gène en le divisant puis en l'associant avec un autre. Une autre méthode consiste à associer les bases nucléotiditique par une méthode chimique afin de créer un gène entièrement neuf. Les gènes ainsi obtenus sont introduits dans les organismes cibles par l'intermédiaire de cellules capables de donner vie à un organisme entier.

Les applications de ces techniques concernent aussi bien l'agriculture que la médecine. Dans tous les cas, elles représentent une rupture radicale avec les pratiques du passé. L'homme intervient directement dans le processus de reproduction des espèces et de modifier à sa propre initiative les caractères de la vie, mais selon des procédures radicalement différente de la traditionnelle hybridation. Cette démarche pose donc des problèmes éthiques très profonds : comment justifier qu'une société accorde à certains de ses membres le pouvoir de créer de nouvelles formes de vie ? Ce questionnement éthique est redoublé par des enjeux économiques et environnementaux. Les nouveaux gènes sont en effet bien souvent des produits brevetés, c'est à dire source de profit exclusif pour ses propriétaires. Cela pose le problème de la propriété du vivant : des formes de vie spécifique peuvent-elles être assimilés à des produits commerciaux ? Si les gènes se diffusent de manière autonome dans la nature, quel sera le statut des organismes contaminés ? Ces questions montrent également que les hommes développent des techniques sans en maîtriser toutes les bases scientifiques.

La génétique reste encore un domaine de la science qui reste largement à explorer. Ces questions sont dédramatisées car elles sont souvent abordées au sujet de l'agriculture, mais elles interrogent en fait la "condition de l'homme moderne" (Hannah Arendt).

Raphael Morera

Éclairage média

Cette séquence d'un numéro du magasine Envoyé Spécial présente les caractéristiques des reportages qu'elle diffuse habituellement. Une voix off accompagne la présentation des différents sites visités par les journalistes. Le corps du document est constitué d'entretiens réalisés avec des personnes travaillant directement avec les OGM dans leur cadre de travail respectif. Les scientifiques éclairent les risques potentiels causés par les OGM tandis que l'agriculteur insiste lui sur les avantages économiques et environnementaux. Malgré la présence de ce dernier, la succession des entretiens et des images laisse au télespectateur l'impression que les paysans ne sont pas les acteurs principaux d'un débat où scientifiques et multinationales de l'agroalimentaire font valoir leurs arguments avec beaucoup de force.

Raphael Morera

Transcription

Inconnu
Le génie génétique va t-il bouleverser la vie des insectes ? D'autres espèces, celles-ci précieuses auxiliaires des agriculteurs sont concernées. Le petit peuple des butineurs par exemple. Il va tôt ou tard explorer les fleurs des plantes transgéniques lorsqu'elles seront cultivées à grande échelle. Avec le maïs, le colza, c'est la star des manipulations génétiques dans le monde et c'est la fleur préférée des abeilles. La situation est inconfortable, mais c'est pour le bien de l'espèce, nous sommes à l'INRA, département apiculture. Contrairement aux apparences, ces abeilles sont particulièrement chouchoutées, ce sont des cobayes idéaux pour mesurer les risques toxiques du colza transgénique sur une population d'insectes.
Minh-Ha Pham-Delegue
L'abeille est effectivement un insecte tout à fait particulier puisque donc chacun sait qu'il vit en société, que le fait qu'il est social, fait qu'il est exposé non seulement à titre individuel 6> une ">L'abeires devisiter une fleur, elle peut rencontrer des risques en consommant une plante qui aurait été transformée mais, et c'est peut-être le principal problème, elle ramène à la colonie de la nourriture et cette nourriture va être consommée par tous les autres individus et il est important de vérifier que cette nourriture accumulée ne va pas non plus avoir des effets au sein de la colonie.
Inconnu
Pour suivre cette expérience, il a bien fallu entrer avec M. Pham-Delegue dans cette étrange cloche de verre. Les abeilles sont invitées à ingurgiter des doses de plus en plus élevées de nectar transgénique, il s'agit de mesurer le seuil de toxicité qui serait fatal à la survie de l'espèce.
Minh-Ha Pham-Delegue
Comme principale conclusion, ce que nous pouvons dire c'est que, ces produits de gène au concentration où ils sont actuellement et dans les plantes qui existent, ne produisent pas des faits vraiment drastiques, ni sur le comportement ni sur la mortalité des abeilles. Cependant, nous pouvons établir des seuils qui nous permettront d'alerter les améliorateurs en leur disant que au-delà de telle concentration exprimée dans le nectar ou dans le pollen, et bien, l'a>L'abeicommence à rencontrer des risques non négligeables.
Inconnu
A gauche, du colza traditionnel, à droite du colza transgénique. Nous sommes en Bourgogne, en juin dernier, sur les terres de Vincent le Prêtre. Cet agriculteur a mis à la disposition de Rhône-Poulenc, un champ expérimental. Rhône-Poulenc teste un colza résistant à un herbicide. Comme pour le maïs, le génie génétique vient au secours de l'agriculteur.
Vincent Le Prêtre
Voilà notre ennemi public n°1, c'est du géranium et on a un mal fou à pouvoir s'en débarrasser avec nos désherbants classiques. Aujourd'hui, le désherbage du colza, on a, on est obligé de passer 2 fois, voire 3 fois pour une efficacité à 60, 70%. Et surtout avec des coûts qui deviennent exorbitants, on frôle les 1000 francs de l'hectare dès fois. Donc avec l'utilisation de colza transgénique avec une résistance à une matière active, on peut arriver à des, on pense nous agriculteurs pouvoir diminuer nos coûts de désherbage peut-être de moitié, voire de peut-être de 60%.
Inconnu
Mais voilà, le colza transgénique est plutôt envahissant. Plusieurs études européennes ont montré qu'il peut se croiser avec des plantes sauvages de la même espèce. Des sortes de mutants pourraient coloniser le milieu naturel et modifier l'équilibre entre espèces. Mais cette menace écologique est pour l'instant difficile à évaluer. Pierre-Henri Gouyon élabore des modèles mathématiques pour essayer de prévoir l'imprévisible.
Pierre-Henri Gouyon
Bon ça, c'est en gros une région, au milieu, il y a un champ de colza transgénique qui a été cultivé et donc, les gènes de ce colza transgénique, sont entrain de se répandre dans les plantes qui se trouvent autour de ce champ. Et donc la question qui se pose, à quelle vitesse va se répandre ce, vont se répandre ces gènes dans la nature. Et donc, on peut simulericomme ça, à quelle vitesse, vous voyez que là, c'est des générations, on en est déjà à 40 ans mais là, la régionicommence à être sérieusement infestée. Et toutes les questions qui se posent avec ces modèles, c'est de savoir, est-ce que ça va s'arrêter un jour ou est-ce que ça va continuer indéfiniment ?
Inconnu
Est-ce que les industriels ont été réceptifs à vos avertissements sur les risques.
Pierre-Henri Gouyon
Non, on peut pas dire que les industriels aient été réceptifs aux avertissements sur les risques, en fait, ça été une difficulté vraiment ju à il y a quelques mois, ça été, vraiment on avait l'impression que, qu'ils cherchaient simplement à faire passer tous ce qu'ils pouvaient, à faire accepter tous les dossiers possibles de manière à créer des précédents et à être tranquilles. C'est un peu regrettable et je pense que maintenant les choses sont entrain de bouger et j'espère bien que progressivement on va arriver à travailler avec eux et pas du tout contre eux, ce qui serait ridicule.

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