El Niño : comprendre et prévoir les phénomènes climatiques

03 octobre 1997
03m 25s
Réf. 01490

Notice

Résumé :

En 1997, le magazine Thalassa s'intéresse à "l'Enfant Jésus", grande masse d'eau chaude qui atteint les côtes sud-américaines pacifiques et menace la faune. Les spécialistes du climat cherchent à comprendre et prévoir le phénomène.

Type de média :
Date de diffusion :
03 octobre 1997

Contexte historique

" El Niño ", l'Enfant Jésus en espagnol, est le surnom ancien donné par les pêcheurs péruviens au réchauffement de leurs eaux côtières, qui survient tous les trois à sept ans environ et qui culmine en Décembre, vers Noël. Le réchauffement des eaux de surface tropicales du Pacifique-est, d'habitude froides et parmi les plus productives du globe, provoque une raréfaction des bancs de poissons le long des côtes du Pérou et par conséquent des oiseaux océaniques et du guano, l'engrais local. Lorsque ce réchauffement est d'amplitude faible, il apporte un peu plus de pluie à des zones plutôt sèches. Toutefois, il arrive que les précipitations enregistrées soient très importantes occasionnant des catastrophes sur le plan humain, écologique et économique.

L'étude des phénomènes climatiques est ancienne. Une étape décisive a été franchie au milieu du siècle quand on a compris que le climat dépendait de l'atmosphère, mais également des océans. En étudiant les phénomènes de mousson en Inde et leurs anomalies, le physicien statisticien Gilbert Walker (1868-1958) est le premier à mettre en évidence que les pressions au niveau de la mer dans le Pacifique sud oscillent entre deux états distincts. Il établit également la corrélation entre ce phénomène, les températures de l'eau et les précipitations. Il nomme ce phénomène " Southern Oscillation " ( oscillation australe ). Dès lors, on peut construire un indice S. O. I. (Southern Oscillation Index) pour en mesurer l'ampleur.

Jacob Bjerknes (1897-1975) propose un modèle physique pour comprendre le cycle de vie des tempêtes de moyenne latitude. Il est le premier à voir une corrélation entre des températures de surface anormalement chaudes, des alizés faibles et des fortes chutes de pluie, caractéristiques accompagnant le phénomène d'El Niño. Il est donc le premier à établir que la catastrophe climatique de l'Enfant Jésus participe du phénomène de l'oscillation australe.

Or, en 1982-1983, El Niño se produisit sans avoir été prévu par les modèles développés par les climatologues : les scientifiques furent surpris par l'ampleur et la précocité du phénomène. Dès lors, ils ont continué à recueillir des indices pour décrire au mieux leurs recherches afin d' essayer de comprendre dans le temps les phénomènes qui annoncent et caractérisent les périodes El Niño :

- enregistrements de température de surface de la mer sur plus d'un siècle

- observations quotidiennes de pressions atmosphériques et de précipitations

- archives des pêcheries

- écrits des colons espagnols le long des côtes du Pérou et de l'Équateur, remontant à la fin du XVe siècle

D'autres méthodes, telle que l'étude de la composition chimique des coraux, permettent d'obtenir des mesures précises de la salinité et de la température. La qualité des modèles utilisés pour prévoir le climat s'en est trouvée renforcée, tandis que de nouvelles technologies de pointe permettaient de recueillir des mesures des données climatiques de la planète et de mieux prévoir les phénomènes de dérèglement climatique.

Plus récemment, les mêmes phénomènes anormaux ont été observés en 1997. Les chercheurs bénéficient alors des images et des mesures réalisées par le satellite Topex-Poséidon, premier satellite dédié à l'étude du climat. Ils ont pu prévoir le phénomène et anticiper les dérèglements climatiques de l'ensemble de la planète.

Bibliographie :

Joël Picaut, " El Niño, un phénomène issu de l'océan Pacifique tropical ", in Qu'est-ce que l'Univers ?, Université de tous les savoirs, sd Y. Michaud, vol. 4, Paris, Odile Jacob, 2001, pp. 470-480.

Site internet :

Ifremer, Dossier " El Niño "

Christelle Rabier

Éclairage média

Le magazine Thalassa voit le jour le 27 septembre 1975. A ses débuts, le magazine dure 30 minutes. Dès 1980, il devient hebdomadaire et son présentateur Georges Pernoud passe à l'écran. En 1985, Thalassa est diffusé le mercredi après Soir 3, puis à 21h30 le vendredi. Le 10 novembre 1989, il passe en première partie de soirée. En 30 ans, Thalassa est donc devenu le magazine phare des vendredis de France 3, avec plus de 4 millions de téléspectateurs en moyenne. Dès le début, le magazine de la mer séduit les téléspectateurs par la qualité du propos, de son graphisme et de ses images, l'exotisme de ses destinations, mais également son caractère militant. Thalassa a su jouer de l'émotion liée à la mer, aux voyages et aux exploits maritimes, tout en proposant une information de qualité.

Dans l'extrait sélectionné datant de 1997, on peut voir l'ensemble de ce savoir-faire qui allie des images de paysages maritimes splendides, des interviews d'habitants côtiers, des animations explicatives, des images scientifiques (Topex-Poseidon), l'interview d'une chercheuse en physique des océans. Soucieux de suivre l'actualité maritime mondiale, Thalassa construit des reportages complets sur la mer, en étudiant à chaque fois l'ensemble des implications écologiques, économiques et humaines.

Christelle Rabier

Transcription

Béatrice Berge
Ils sont mariés à jamais, unis pour la vie, l'océan et l'atmosphère sont étroitement imbriqués, c'est un couple dont les amours tumultueux se répercutent sur toute la planète. Selon leurs humeurs, ils mettent au monde des nuages, des tempêtes ou des cyclones. Dans le secret des eaux du Pacifique, ils engendrent aussi parfois un enfant terrible, EL Niño, l'enfant Jésus. C'est ainsi que l'on baptisait les pêcheurs péruviens qui savent que lorsque cet enfant paraît, c'est généralement à Noël. Pour eux, c'est un cadeau du diable.
Intervenant numéro 1
En fait, ce qui se passe, c'est que la mère commence à chauffer et devient brûlante et les poissons disparaissent.
Béatrice Berge
El Niño, c'est un courant chaud dans le milieu du Pacifique, normalement il reste tranquillement au large de l'Indonésie mais tous les 2, 3 ou 7 ans, il est poussé à l'Est vers l'Amérique du Sud, question de pression atmosphérique, de vents qui s'inversent et c'est la catastrophe.
Intervenant numéro 2
Nos ancêtres, nos grands-parents, nos parents, nous racontaient qu'une fois, la mer s'est mise tellement en colère qu'elle a tout détruit. Mais quand le raz de marée de 83 est arrivé, alors là, nous avons bien compris de quoi ils parlaient.
Béatrice Berge
Hiver 82-83, 2000 morts, des centaines de milliers de sans-abri, 13 milliards de dégâts, des inondations catastrophiques au Pérou, aux Etats-Unis, en Bolivie, à Cuba. A l'autre bout du monde, une sécheresse extrême, en Australie, en Inde, au Sud-Est de l'Afrique, en Indonésie, c'était disait-on, l'EL Niño du siècle. A l'époque, le monde entier a été pris au dépourvu. Depuis, des centaines de scientifiques se plongent sur cette anomalie du climat. En France, dans un laboratoire du CRNS-CEA, Anne Juillet Leclerc travaille sur El Niño depuis 89. Des modèles ont été construits pour essayer de prévoir quand et avec quelle intensité va frapper l'enfant maudit. Pour cette année, les perspectives sont plus qu'alarmantes.
Anne Juillet-Leclerc
On voit ici bien la différence entre l'El Niño du siècle, qui était celui de 82-83, alors que l'actuel est celui-ci, nous en sommes à peu près ici, donc au même niveau en intensité que celui de 82, mais avec 6 mois d'avance. Donc, nous ne savons pas trop ce que nous réserve l'avenir.
Béatrice Berge
C'est à dire qu'on ne sait pas si ça risque d'augmenter encore.
Anne Juillet-Leclerc
On ne sait pas si on a actuellement l'effet maximal.
Béatrice Berge
Pour deviner le futur, il faut connaître le passé. Anne Juillet Leclerc a trouvé un témoin, le corail, cet organisme vivant enregistre les variations de température et d'ensoleillement comme les anneaux d'un arbre, il suffit d'analyser le carbone et l'oxygène contenus dans le squelette du corail et l'on peut lire les passages d'El Niño lors des siècles derniers. Mais pour prévoir à court terme la venue d'El Niño, il faut regarder de haut grâce au satellite, on peut photographier la température des mers. Cette tache blanche à gauche, une énorme nappe d'eau chaude, c'est lui, depuis mars dernier, il s'est étiré, déplacé vers l'Amérique pour forcir et devenir début septembre, cette gigantesque bouillotte collée à l'Amérique du Sud. Il est bien là, d'ores et déjà, avec son cortège de cataclysmes.