Robert Paxton, historien de la France de Vichy

30 octobre 1997
03m 05s
Réf. 01491

Notice

Résumé :

L'historien américain Robert Paxton s'est vu décerner l'ordre du mérite pour récompenser ses travaux. Il a en effet démontré que la France de Vichy avait devancé les demandes nazies au cours de la Deuxième Guerre mondiale.

Date de diffusion :
30 octobre 1997

Contexte historique

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, la France était plus soucieuse de panser ses plaies et d'oublier un passé obscur que d'accomplir un nécessaire travail de justice. Des coupables emblématiques, victimes expiatoires d'une société, furent punis tandis que l'image d'un pays unanimement résistant se diffusait. Des années après, le procès de Maurice Papon vient rappeler à la France que certains de ses cadres, dont la carrière se poursuivit sous la Ve République, jouèrent un rôle actif dans l'extermination des Juifs d'Europe. Robert Paxton, fut l'un des premiers historiens a développer cette thèse. Arrivé en France en 1960 pour travailler sur le corps des officiers dans la France de Vichy, il reçoit un accueil frileux aux archives de l'armée. Cette mésentente fut en fait sa chance. Il fut en effet contraint de travailler sur les documents allemands. Rapidement, il acquit la conviction que les thèses de Robert Aron (L'histoire de Vichy, Paris, 1954) n'étaient pas défendable. Ce dernier, qui avait travaillé sur les transcriptions des audiences publiques des procès d'épuration, estimait que les nazis avaient imposé leurs ordres à Vichy, qui en réalité cherchait à protéger les Français et à se rapprocher des alliés. A l'inverse, les documents allemands montrent clairement que le gouvernement de Vichy fut un collaborateur zélé, devançant les demandes allemandes.

Ces thèses ont bouleversé l'interprétation de l'occupation allemande et les représentations à ce sujet. Le mythe d'une France résistante s'effondre au profit d'une image beaucoup plus nuancée que beaucoup désiraient masquer. Le travail scientifique de l'historien fournit ainsi à la société des connaissances sur son passé qui peuvent aider à sa compréhension. Les faits établis sont suffisamment solides pour être invoqués dans un procès aussi important que celui de Maurice Papon. Le moment du procès est d'ailleurs capital. C'est autour de cet événement que des connaissances partagées par les scientifiques et une frange cultivée de la population sont mises à la disposition de la communauté nationale dans son ensemble. La mémoire des événements peut ainsi se rapprocher de l'histoire. Un tel exemple montre l'importance, pour une société démocratique, de garantir la possibilité d'un travail historique libre et indépendant.

Raphael Morera

Éclairage média

Le lancement du présentateur du journal télévisé insiste sur l'importance de l'attribution de la médaille de chevalier de l'ordre du mérite à Robert Paxton, dans le contexte de la reprise du procès Papon, et d'une certaine manière, de celui de la France de Vichy. Le sujet qui suit se propose de dresser un portrait de l'historien. Le reportage s'attarde tout d'abord sur la cérémonie de remise de la médaille par l'ambassadeur de France à New-York : la France remercie ainsi, par une très haute distinction, l'historien pour le travail qu'il a accompli. La cérémonie n'est pas seulement officielle, elle est aussi pleine d'émotion. Des plans rapprochés sur Robert Paxton le font clairement sentir.

Dans un second temps, deux historiens français, Jean-Pierre Azéma et Henry Rousso, mettent en perspective l'oeuvre de Robert Paxton. Interrogés sur le campus de l'université de Columbia, ils expriment une profonde reconnaissance. Par la suite, Robert Paxton évoque, dans le cadre monumental de son université, les difficultés qu'il a rencontré au cours de ses recherches. Par ces entretiens, les Etats-Unis apparaissent bien avoir été les libérateurs de la France, et ce à deux reprises : des nazis tout d'abord, et de sa mémoire, des années après.

Raphael Morera

Transcription

Daniel Bilalian
En France, le procès de Maurice Papon doit normalement reprendre demain avec l'audition d'un historien américain, Robert Paxton, qui fut le premier il y a une vingtaine d'année à écrire un document complet sur le Régime de Vichy et l'occupation en France. Des travaux d'un très grand intérêt qui lui ont valu, il y a moins d'un mois, d'être honoré par l'ambassadeur de France aux Etats-Unis. Son témoignage extérieur à la polémique franco-française aura sans aucun doute une très grande importance pour éclairer les débats. Reportage Maryse Burgot.
Inconnu
Robert Paxton, au nom du Président de la République, nous vous faisons officier dans l'ordre national du mérite.
Maryse Burgot
Cet homme a dit et surtout écrit des choses très désagréables sur la France et pourtant aujourd'hui, c'est cette France qui le remercie et lui offre des décorations officielles. Robert Paxton est américain, il est aussi auteur d'un livre culte sur la France de Vichy. Une oeuvre référence que ces historiens sont venus honorer à l'Université de Columbia de New York. Dans la salle, beaucoup de français, dont Jean-Pierre Azema, il y a vingt cinq ans, il a tout fait pour que l'oeuvre de Paxton paraisse en France.
Jean-Pierre Azéma
J'étais un peu sur mes gardes puisque ça avait été refusé par une maison d'édition prestigieuse et je me suis dit, non, c'est l'inverse. Voilà, ça c'est quelque chose de tout à fait neuf, c'est quelque chose qui est fort bien démontré et ça, ça va, ça va faire un peu du bruit dans Landernau, non seulement des historiens, mais du côté de l'honnête homme.
Henry Rousso
Il est un des premiers à montrer de façon très claire que après la défaite de 1940 et l'instauration du Régime de Vichy, c'est ce régime qui a demandé et qui a souhaité la collaboration avec l'Allemagne, alors que l'occupant dans un premier temps ne l'avait pas souhaité lui-même.
Maryse Burgot
Robert Paxton ou l'histoire donc de l'Américain qui a raconté ce que fut vraiment la France de Vichy.
Robert Paxton
Et pour voir Vichy d'une façon un peu différente, fin des années 60, début des années 70, j'ai dû lire les archives allemandes.
Maryse Burgot
Ce sont ces archives allemandes qui vont aider Paxton à écrire son livre. Archives implacables, elles démontrent que l'Etat français a non seulement collaboré activement, mais qu'il a le plus souvent devancé les désirs des Nazis. Notamment pour les questions juives, au tout début de l'Occupation.
Robert Paxton
Les Allemands ne demandaient pas des lois antisémites. Le projet des Allemands à l'époque, c'était l'expulsion des Juifs Allemands, c'était pas encore l'extermination. Notre politique envers les Juifs, envers les juifs, la politique de Vichy, vient de l'intérieur, d'un diagnostic de la défaite faite par la droite selon laquelle c'est, la décadence de la France aux années 30 qui a produit la défaite, les Juifs sont au coeur de ce diagnostic de décadence.
Maryse Burgot
Robert Paxton est donc aujourd'hui officiellement remercié pour avoir aidé les Français à regarder en face que furent ces années noires.

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