Naissance de Marguerite : le clonage en question

05 mars 1998
01m 39s
Réf. 01493

Notice

Résumé :

En mars 1998, deux semaines après la naissance de Marguerite, le premier veau français issu d'un clonage de cellules, le reportage présente la technique et son intérêt dans la recherche expérimentale.

Date de diffusion :
05 mars 1998

Contexte historique

Un clone est un ensemble d'organismes génétiquement identiques. Le clonage est un mode de reproduction fréquent dans la nature : le bouturage chez les plantes, ou la parthénogenèse chez certains insectes en sont des exemples connus. Le clonage issu d'une manipulation humaine existe depuis les années 1950. Jusqu'à la naissance de la brebis Dolly en 1997, le clonage s'effectuait par scission d'un embryon composé de deux cellules, ou d'embryons plus tardifs. Jusqu'à sa naissance, on pensait qu'un noyau de cellule adulte ne pouvait être remis dans un état embryonnaire, pour s'engager dans un cycle de divisions aboutissant à la naissance d'un embryon. Or, c'est ce qui s'est produit avec Dolly. Auparavant, on pensait que la différenciation - la spécialisation des cellules - était un phénomène irréversible. Avec Dolly, les chercheurs ont montré qu'un noyau de cellule adulte transféré dans un ovocyte pouvait réactiver tous les programmes génétiques éteints lors de sa spécialisation, et retrouver sa totipotence, comme à l'état embryonnaire. Cette " dédifférenciation " est d'autant plus étonnante qu'elle peut se produire en quelques heures, alors que normalement, le processus inverse nécessite plusieurs générations cellulaires.

Pour créer la brebis clonée, les chercheurs écossais Ian Wilmut et Keith Campbell ont remplacé le noyau d'un ovocyte par celui d'une cellule de brebis adulte. Lors de l'insertion du noyau adulte dans l'ovocyte énucléé, celui-ci réagit à son nouvel environnement : la transcription d'ADN en ARN s'interrompt, sa taille augmente et son enveloppe se modifie. L'oeuf ainsi formé a commencé à se diviser en 2, 4, 8 cellules, toutes identiques, comme un oeuf issu d'une fécondation. L'embryon a ensuite été placé dans l'utérus d'une autre brebis, qui a joué le rôle de mère porteuse. Ainsi, Dolly a hérité du patrimoine génétique d'un seul individu - la brebis d'origine - et non des chromosomes amenés pour moitié par un spermatozoïde et pour l'autre par un ovocyte, comme une cellule résultant d'une fécondation. La technique du clonage permet donc de créer des animaux sans rencontre de gamètes : c'est une reproduction asexuée.

Aujourd'hui, on appelle le plus souvent " clones " des animaux issus du transfert d'un noyau de cellule différenciée dans un ovocyte énucléé. Ces animaux ont le même ensemble de gènes nucléaires que celui de l'animal sur lequel ont été prélevées les cellules. Mais ils diffèrent souvent par certains caractères physiques : les taches du pelage des vaches noires et blanches par exemple, la taille à la naissance chez la souris ou la vache.

A la différence des jumeaux ou homozygotes, ils n'ont en commun que le patrimoine génétique de leur noyau ; en effet, d'autres éléments du patrimoine génétique sont portés par d'autres structures du noyau comme les mitochondries qui disposent d'un ADN mitochondrial. Pour obtenir des jumeaux, il faut donc faire un clone de clone, à partir d'un ovocyte du premier animal.

On distingue clonage reproductif et clonage thérapeutique. Le clonage reproductif a pour but de produire des organismes complets (animaux, plantes) génétiquement identiques. Le clonage thérapeutique, lui, vise principalement à produire des cellules embryonnaires pour ensuite les maintenir en culture en vue de fabriquer des tissus, voire des organes destinés à être greffés.

Le clonage est un nouvel outil très utile pour étudier le développement précoce de l'embryon, ou la différenciation cellulaire et ses dérèglements, à l'origine des cancers. Associé à la transgenèse - technique de modification du génome par introduction de séquences d'ADN -, il permet de fabriquer des animaux avec un gène produisant une substance d'intérêt thérapeutique. C'est le cas aujourd'hui avec les lapines, les moutons et les vaches qui produisent dans leur lait ou dans leur sang des molécules-médicaments comme des anticorps ou des enzymes qui permettent la coagulation du sang. D'autres applications du clonage à la médecine expliquent l'activité de la recherche dans ce domaine et la prise de brevets, mais également la législation récente qui encadre l'expérimentation en ce domaine.

Christelle Rabier

Éclairage média

Le reportage du journal télévisé de France 2 utilise le format habituel du journalisme scientifique : (i) des vues prises de l'environnement dans lequel est née Marguerite, (ii) une animation pour exposer sommairement la technique, (iii) un document scientifique (vue microscopique de l'insertion du noyau dans l'ovocyte énucléé) dont la fonction est de participer au " marquage " médiatique de la qualité scientifique du documentaire et (iv) une interview, celle de Yann Heyman, de l'INRA, présentant l'intérêt de la technique. Le reportage, extrêmement court, se conclut par une séquence qui se veut humoristique, où sont repris les conceptions enfantines sur la reproduction. Le propos, compte tenu de sa durée, de son format et du contenu, n'est pas d'expliquer la technique et ses enjeux scientifiques ou économiques , mais de " couvrir " l'actualité.

Christelle Rabier

Transcription

Daniel Bilalian
La France a son premier clone animal, Marguerite. Un veau femelle de 48 kilos, né le 21 février dernier dans les laboratoires de l'Institut National de la Recherche Agronomique, Marguerite se porte très bien. Jean-Daniel Flaysakier, Dominique Bonnet.
Jean-Daniel Flaysakier
Entre deux bouchées de foin, les vaches de la ferme expérimentale de l'INRA n'avaient cet après-midi qu'un seul sujet de discussion, Marguerite, née comme une fleur le 20 février. Marguerite, conçue sans spermatozoïdes, un veau femelle cloné. Tout est parti d'un foetus de veau de 60 jours sur lequel on a prélevé des cellules censées n'être capables de fabriquer que du muscle. L'ovule d'une vache a été vidée de son noyau, on a mis celui de la cellule musculaire, voici d'ailleurs sous le microscope, comment cela s'est vraiment passé. Le noyau de la cellule musculaire est déposé Et là, surprise, la grossesse débute. 2 cellules, puis 4, 8, 16, un embryon qui se forme, un embryon que l'on va réimplanter dans une vache porteuse et neuf mois plus tard s'en vient Marguerite. Cloner ainsi des animaux va permettre de faire progresser très rapidement la mise au point de divers traitements.
Yvan Heyman
Les clones peuvent être des modèles intéressants puisque quand on a plusieurs animaux qui ont le même fond génétique, l'un des animaux peut être utilisé comme témoin et les autres animaux servir à l'expérimentation. Et ça permet en même temps de réduire dans des façons importantes le nombre d'animaux nécessaires.
Jean-Daniel Flaysakier
Et bientôt à côté des laitières traditionnelles, il y aura des vaches clonées qui excréteront dans leur lait des substances destinées à faire des médicaments. Et qui sait, peut-être un jour, grâce au clonage, on verra naître les garçons dans les choux et les petites Marguerite dans les roses.