Les matériaux composites : de la Nasa au Tour de France.

15 juillet 1998
02m 40s
Réf. 01495

Notice

Résumé :

Le sport de compétition sert souvent de support aux transferts technologiques. La recherche de la performance y favorise l'emploi de matériaux innovants. Le cyclisme apparaît ainsi être un des débouchés des découvertes de l'industrie aérospatiale.

Date de diffusion :
15 juillet 1998
Lieux :

Contexte historique

Les recherches sur les matériaux composites ont connu un très fort développement depuis les années 1970. Elles participent du vaste mouvement de recherche technique et scientifique initié par l'industrie aérospatiale et prolongé par l'aéronautique. D'abord limité aux secteurs stratégiques, ces nouveaux matériaux ont par la suite été employés dans des secteurs industriels plus classiques. Ainsi, sur les 40 000 tonnes de fibres de carbone produites en 1999, une moitié était mise en oeuvre dans l'industrie aérospatiale et la seconde dans les autres secteurs industriels. Les matériaux composites sont néanmoins largement privilégiés par l'aéronautique. L'avion Rafale, construit par le groupe Dassault, est ainsi composé à 25 % de matériaux composites.

Un matériau composite est constitué, schématiquement, de deux ensembles : une matrice et des renforts. Ces deux composants ont des propriétés physiques et mécaniques distinctes : les renforts sont plus rigides que les matrices. Ainsi, lorsque l'objet est sollicité, les forces sont réparties de manière à éviter la rupture. C'est cependant en raison de leur bonne résistance aux élévations brutales de température que ces matériaux ont été développés.

Les matériaux composites ont fait l'objet de recherches intenses dans les industries stratégiques de l'industrie spatiale, de la balistique et de l'aéronautique. Les chercheurs français, sous la direction de Roger Naslain, Professeur à l'université de Bordeaux 1, sont d'ailleurs à l'origine de l'essor de ce secteur. Les composites ne tardèrent cependant pas à trouver d'autres débouchés industriels et commerciaux, dont le cyclisme n'est qu'un exemple. La compétition sportive constitue en effet un sas de communication privilégié entre les différents niveaux de recherches, entre la recherche stratégique de pointe et les applications industrielles à destination du grand public. On peut ainsi évoquer la compétition automobile ou nautique qui toutes deux demandent un fort investissement technologique. Ces exemples permettent de saisir le fonctionnement de l'innovation technique, de l'invention à la diffusion, dans les sociétés industrielles contemporaines.

Bibliographie :

Pierre Betin, "Les composites thermostructuraux", dans Qu'est-ce que les technologies ?, Université de tous les savoirs, volume 5 , Paris, Odile Jacob, p. 439-450.

Raphael Morera

Éclairage média

Les journaux télévisés du midi tâchent de s'illustrer par une plus grande proximité à l'égard de leur public. Ils abordent donc des sujets qui le concernent le plus directement possible et de manière concrète. En cette année 1998 inhabituelle sur le plan sportif, le Tour de France n'attire que tardivement l'attention. La victoire de l'équipe de France de football à la coupe du monde a détourné l'attention des télespectateurs du Tour de France. De plus, il est cette année là éclaboussé par une affaire de dopage retentissante.

Dans ce contexte particulier, ce sujet permet de présenter le cyclisme sous un jour plus avantageux en révélant les enjeux technologiques de la course contemporaine. L'entretien réalisé en plateau autour d'un vélo de compétition insiste sur les transfert de technologies depuis l'industrie aérospatiale jusqu'au cyclisme de compétition.

Raphael Morera

Transcription

Patrick Chêne
Voilà, le carbone est donc de plus en plus utilisé, alors Romuald, ce qu'on va quand même préciser, pour nos téléspectateurs, c'est que le vélo de Monsieur tout le monde maintenant ou presque, peut avoir une fourche en carbone comme celle que vous avez amenée.
Romuald Bonnart
Oui, la fourche dont parlait, que vous avez vu, dont parlait Gilles Marinet, c'est celle-là, c'est une nouvelle fourche, c'est vraiment très léger. C'est en carbone, mais c'est un carbone que l'on trouvait il y a, que l'on trouve toujours d'ailleurs, par exemple, sur la fusée Ariane ou alors sur les tuiles de protection de la navette américaine. Alors on la retrouve sur cette fourche là, qui est vraiment très très légère. Tenez, je vous la prête pour montrer que c'est très léger.
Patrick Chêne
C'est impressionnant, c'est impressionnant.
Romuald Bonnart
Le carbone, pourquoi.
Patrick Chêne
Comment on peut montrer en télé que c'est léger ? Je sais pas, c'est léger, voilà, croyez-nous, c'est léger.
Romuald Bonnart
Alors pourquoi le carbone, d'abord parce que, c'est léger, c'est aussi un matériau qui permet de travailler l'aérodynamisme et dans, pour les coureurs sur le Tour de France, l'aérodynamisme, ça devient plus important, j'allais dire que la légèreté. On peut gagner en vitesse en allégeant le vélo mais on peut encore plus gagner en vitesse pour un coureur sur le Tour de France, en jouant sur l'aérodynamisme. Et c'est là-dessus qu'on travaille, qu'on travaille dans, avec les chercheurs, y a d'ailleurs des ingénieurs qui travaillent dans l'aéronautisme, l'aéro, dans les avions, je vais y arriver. Qui travaillent avec des gens du Tour de France.
Patrick Chêne
Alors Romuald, je disais, le vélo qu'on peut acheter si on est vraiment passionné de bicyclette, il ressemble un peu à celui que vous nous avez amené là. Pour nous expliquer combien ces technologies du Tour de France sont appliquées au cycliste du dimanche, pratiquement.
Romuald Bonnart
Absolument, c'est vraiment, vraiment la tendance actuelle, y a eu la tendance VTT, maintenant y a la tendance cyclisme et vélo de route comme celui-là. Je suis pas venu avec, je me le suis fait apporter du Sud de la France. C'est entre parenthèse, le vélo de l'année 98.
Romnuald Bonnart
C'est un vélo très performant, très léger, complètement aérodynamique.
Romuald Bonnart
En fait, ce cadre jaune que vous voyez là...
Patrick Chêne
C'est du carbone.
Romuald Bonnart
C'est du carbone et c'est exactement le cadre de M. Jalabert qui était sur le Tour de France avec en 1997.
Patrick Chêne
Vous pouvez l'appeler Laurent. Donc, on a aussi le cadre en carbone et puis, y a du kevlar, du côté.
Romuald Bonnart
Y a du kevlar, alors notamment...
Patrick Chêne
la selle...
Romuald Bonnart
dans la selle. Ce sont des nouvelles selles qui sont en kevlar, on parlait du confort tout à l'heure. Le kevlar aussi, c'est un confort indiscutable pour cet endroit là pour le cycliste.
Patrick Chêne
Alors dernière chose, dernière précision. On dit que c'est un vélo pour tout le monde, faut peut-être pas exagérer quand même, ce sont des vélos chers mais disons abordables pour celui qui veut vraiment se faire le cadeau de sa vie sur un vélo, quoi.
Romuald Bonnart
Oui, absolument, ce n'est pas quand même la Formule 1 que l'on peut pas acheter, c'est quand même un vélo qui démarre à partir, allez de 10 000 francs. Donc, c'est vrai, c'est pour les amateurs passionnés quand même passionnés mais il paraît que l'on a des sensations extraordinaires sur ce type de vélo, grâce justement à ces nouveaux matériaux, à cette technologie.
Patrick Chêne
Merci Romuald, on vous retrouvera d'ici la fin du Tour, donc...