Paludisme : une nouvelle campagne de l'OMS en Afrique

05 novembre 1998
01m 55s
Réf. 01499

Notice

Résumé :

En 1998, l'Organisation Mondiale de la Santé par la voix de sa directrice lance une nouvelle campagne de lutte contre le paludisme selon trois axes : développer l'accès aux médicaments, assainir les marécages, développer un vaccin.

Date de diffusion :
05 novembre 1998
Lieux :

Contexte historique

Aujourd'hui, le paludisme demeure l'une des principales urgences de la planète : il tue chaque année entre 1,7 et 2,7 millions de personnes, dont la moitié d'enfants de moins de cinq ans et infecte 300 à 500 millions de personnes.

Le paludisme (de palus, marais) est une maladie décrite depuis les premières civilisations de l'écrit : dans bien des textes médicaux et religieux des Sumériens, des Chinois, des Egyptiens ou des Indiens, on trouve des descriptions de ces fièvres saisonnières ou intermittentes, associées à des convulsions et à des états de prostration conduisant parfois à la mort. Elles ont été particulièrement bien décrites par l'école d'Hippocrate et les médecins romains reconnaissaient avec précision les fièvres palustres, d'où l'idée que la maladie était causée par les exhalaisons morbides des marais, ces " mauvais airs " qui ont donné malaria (mal'aria en italien). Les grandes explorations de l'époque moderne ramènent du Pérou l'écorce de quinquina, qui s'avère très efficace pour lutter contre la maladie. Au XIXe siècle, de façon très empirique, au fil des campagnes militaires et des expéditions coloniales, sont mis au point traitements et prophylaxie à base de quinine, principe actif du quinquina isolé en 1820.

Ce n'est qu'au XIXe siècle qu'est identifié l'agent causal du paludisme, grâce aux recherches des médecins militaires, coloniaux et des pathologistes. Les parasites Plasmodium vivax et malariae sont ainsi isolés à partir de 1880 ; une série de travaux démontrent alors que le parasite se développe chez le moustique femelle Anopheles gambiae et le transmet à l'homme par la piqûre, dont il le reçoit lorsqu'il prélève du sang contaminé. Au XXe siècle, les études biologiques ont permis de comprendre les mécanismes de contamination ; les recherches historiques ont reconsidéré le rôle de la maladie dans le développement et le déclin des civilisations.

Les causes du paludisme connues, la lutte contre le paludisme a suivi deux directions.

L'approche privilégiée par les médecins fut de soigner les malades et de prévenir l'infection. Outre des moyens mécaniques de protection (grilles métalliques installées aux fenêtres), le traitement par la quinine fut soutenu par la Commission du Paludisme, constituée au sein de la Société des nations, pendant l'entre-deux guerres.

L'autre approche était fondée sur l'hygiène. Le traitement par la quinine, en ce sens, permet de diminuer la présence de parasites dans le sang humain prélevé par les moustiques. C'est surtout l'élimination du porteur du Plasmodium, ou la réduction de leur densité qui était au coeur de cette démarche sanitaire. En Europe, l'insecticide dichloro-diphenyl-trichloroethane (DDT) s'est avéré très efficace pour éliminer la maladie pendant la Seconde Guerre mondiale : en 1948, le chimiste suisse Paul Hermann Müller (Geigy Pharmaceutical) est récompensé du prix Nobel en physiologie et en médecine pour sa " découverte de la grande efficacité du DDT dans l'élimination des arthropodes ". C'est ce succès qui a incité l'Organisation Mondiale de la Santé à lancer en 1955 une vaste campagne d'éradication du paludisme à l'échelle mondiale. Ce ne fut pas le succès attendu en raison de la différence de conditions climatiques qui rendent inefficace l'action du DDT. En 1962, l'ouvrage de la biologiste Rachel Carson met en cause le DDT comme agent cancérigène et dangereux pour l'environnement : le DDT est interdit d'utilisation dans l'agriculture américaine. En 1969, l'OMS renonce officiellement à son objectif : l'éradication du paludisme de la planète.

L'OMS lance alors une nouvelle stratégie : aide aux services sanitaires généraux dans les pays en voie de développement, recherche de nouveaux insecticides, amélioration de la surveillance et fabrication de nouveaux médicaments antipaludiques. En dépit des différents programmes politiques, la lutte contre la maladie s'est avérée peu efficace, faute de moyens. Située surtout dans les pays tropicaux peu développés, la maladie intéresse assez peu les industriels. La relance du programme par l'OMS en 1998 (" Roll Back Malaria ") s'appuie quant à elle sur la promotion du développement social et économique, ainsi que sur le renforcement des structures sanitaires. Un vaccin contenant des antigènes capables de produire une immunisation tout au long du cycle de développement du parasite reste encore à inventer.

Bibliographie :

Gilberto Corbellini, " Paludisme " in Dictionnaire de la pensée médicale, sd D. Lecourt, Paris, Puf, 2004, pp. 833-837.

Christelle Rabier

Éclairage média

La nouvelle politique de l'Organisation Mondiale de la Santé fait l'objet d'un reportage qui s'apparente à la communication de grands organismes. Les images sont particulièrement soignées, à la fois spectaculaires et émouvantes. L'anophèle, moustique porteur du parasite, en gros plan sur une peau noire ; le parasite visible dans les globules rouges sont mis en musique par des percussions, soulignant la lutte entreprise contre le fléau. Une seconde séquence montre les victimes de la maladies : les images sur des enfants malades et un homme fiévreux illustrent la " peur " des entreprises occidentales, que rappelle le journaliste. Une troisième séquence illustre, point par point, les mesures prises par l'OMS : gros plan sur une boîte de quinine ; images d'un marais ; vues d'un laboratoire (microscope, chercheur, flacons). Cette séquence est interrompue par une interview de Dr. Brundtland, directrice générale de l'OMS, qui expose les raisons de ce nouveau programme.

Christelle Rabier

Transcription

Carole Gaessler
Dans notre rubrique santé, nous avons choisi de vous parler de paludisme qui est l'un des pires fléaux de la planète avec plus de 1 million de morts par an. Une maladie qui pénalise lourdement l'économie des pays touchés. C'est pour cette raison que la directrice de l'OMS souhaiterait aider le continent africain à se débarrasser de cette maladie pour lutter efficacement contre ce désastre sanitaire et économique. Jean-Daniel Flaysakier, Philippe Deslandes.
Jean-Daniel Flaysakier
C'est la plus grande tueuse en série de la planète, un million et demi de morts chaque année à cause de ce moustique femelle appelé anophèle. Quand elle pique, elle dépose dans les globules rouges de ces victimes, ces innombrables points noirs qui sont autant de parasites, le plasmodium. Et c'est ce parasite qui serait à l'origine du paludisme. C'est l'Afrique qui paie le plus lourd tribu à la maladie, avec en première ligne les enfants mais aussi la population jeune active. Résultat, les gens malades qui ne travaillent pas et des entreprises occidentales qui ont peur de venir en Afrique. L'Organisation mondiale de la Santé a donc décidé de financer un programme pour faire reculer le paludisme. En favorisant notamment l'accès aux médicaments et en finançant des opérations d'assainissement des marécages. Mais aujourd'hui, il faut aussi mobiliser les capitaux privés.
Gro Harlem Brundtland
Si nous réussissons à faire reculer cette maladie, les pays concernés auront un vrai potentiel de développement. Nous pourrons inciter alors plus facilement les investisseurs étrangers à venir participer à l'essor économique de ces régions.
Jean-Daniel Flaysakier
Mais le grand espoir repose sur le vaccin, une première préparation a été évaluée dans divers pays avec des résultats mitigés et très controversés. Actuellement des recherches faisant appel aux techniques les plus récentes de la biologie sont menées dans le monde entier et particulièrement en France. Il faudra encore 10 ans pour aboutir mais il y a aussi une question lancinante. Les pays les plus touchés sont souvent les pays plus pauvres, auront-ils alors les moyens de s'offrir un tel vaccin ?