Le Toyotisme : une nouvelle forme de l'organisation du travail

05 novembre 1998
03m 35s
Réf. 01500

Notice

Résumé :

La société japonaise Toyota a développé un mode original d'organisation du travail. Elle repose à la fois sur une forte discipline collective et un apparent épanouissement personnel. Le sport y joue un rôle très important.

Type de média :
Date de diffusion :
05 novembre 1998
Source :
Lieux :

Contexte historique

A chaque système technique correspond une forme d'organisation et de rémunération du travail. Les innovations techniques, pour exister, doivent être acceptées par un système social préexistant et qu'elles contribuent à modifier. Les sociétés industrielles, dès le XVIIIe siècle, se sont employées à briser des formes anciennes de solidarité entre ouvriers, comme les corporations. Au cours du XIXe siècle, le monde du travail est marquée par la très grande liberté laissée aux entrepreneurs. Dès le début du XXe siècle, les choses évoluent en faveur des salariés auxquels on assura un certain nombre de droits sociaux. L'organisation concrète du travail fait jusque là l'objet de réflexions qui ne sont pas encore érigées en système de production théorisé.

La première rupture vint de Taylor qui formalisa le premier le système de production industrielle qui allait dominer le XXe siècle. Les tâches doivent être simplifiées et confiées à des ouvriers peu qualifiés qui doivent reproduire inlassablement les mêmes gestes. Cette manière de concevoir le travail fut en son temps tournée en dérision dans Les Temps modernes de Charlie Chaplin. Le taylorisme fut par la suite complété par le fordisme. Théorisé par le patron automobile, il allie au mode de production taylorien un niveau de rémunération suffisamment élevé pour que les ouvriers puissent eux-mêmes acheter leurs productions. Taylorisme et fordisme servirent de modèle d'organisation du travail jusqu'aux années 1960, ils accompagnèrent donc les Trente glorieuses.

Ils furent tous deux battus en brèche sous l'effet des bouleversements technologiques et notamment du perfectionnement des machines-outils. Ces dernières nécessitent en effet l'emploi d'une main d'oeuvre beaucoup plus qualifiée et instruite qui ne peut se satisfaire du sort réservé à leurs prédécesseurs. Très précoces dans ce domaine, les Japonais, et notamment la firme Toyota, ont dès les années 1970 développé de nouvelles formes d'organisation du travail qui ne furent que progressivement découvertes et appliquées en France dans les années 1980.

Le toyotisme repose essentiellement sur le passage du travail à la chaîne au travail en équipe. Chaque ouvrier participe à l'intégralité du processus de production d'une automobile. Cela suppose la polyvalence de chaque ouvrier et un travail d'équipe coordonné et donc une relative indépendance des équipes comme des ouvriers. L'ouvrier est intégré à l'entreprise par le biais de son équipe de travail qui lui fixe ses objectifs de production. L'organisation de son travail se rapproche de plus en plus de celui des cadres. Les ouvriers sont invités à développer leur esprit d'initiative au sein de l'équipe et si possible à en faire profiter l'ensemble de la société. Le sport et les loisirs jouent donc un rôle important car ils participent à l'épanouissement des salariés, et donc à la prospérité de l'entreprise. Ce système fonctionne également grâce au très grand attachement des Japonais à leur entreprise et à l'importance du modèle de l'emploi à vie. Même s'il masque mal le maintien de l'autorité traditionnelle, il s'est accompagnée de réel gain de productivité, si bien qu'en 2006 Toyota est en train de devenir la première firme automobile mondiale aux dépens de General Motors.

Bibliographie :

Koichi Shimizu, Le toyotisme, Paris, La Découverte, 1999, 118 p.

Raphael Morera

Éclairage média

Laisser filmer le travail n'est pas toujours très intéressant pour une société qui souhaite promouvoir son image à travers le monde. Toyota n'a ainsi laissé voir de son usine à l'équipe de journaliste envoyée au Japon que des ouvriers en tenue de sport en train de faire leur jogging quotidien. Ce n'est qu'à la dérobée qu'ils peuvent saisir une image de formation au ton très martial. Cette séquence, tournée sur un terrain de football vétuste, en bordure d'une voie de chemin de fer et dans un vacarme routier met en scène des ouvriers dociles aux habits ternes. Elle représente sans doute ce que les journalistes aimeraient montrer de Toyota.

Cette vision, un peu sombre qui embarrasse la direction de l'usine, est vite compensée par un entretien avec un ouvrier en pleine séance d'entraînement de golf. Apparemment décontracté, il vante les mérites de sa société dans un lieu complètement décalé pour évoquer ce sujet. Il diffuse visiblement une image convenue et officielle de son entreprise. La réussite économique passe en effet par l'image qui doit être étroitement contrôlée pour ne pas servir d'arme aux concurrents. Le journaliste n'est pas dupe de ce jeu mais accepte d'y prendre part dans l'espoir d'amener le télespectateur à tirer ses propres conclusions.

Raphael Morera

Transcription

Jacques Merlino
Au changement d'équipe, chacun fait ce qu'il veut mais il y a ici comme une règle non-écrite voulant que l'on fasse du sport et encore du sport. A cette heure là, tout autour de l'usine, ce sont des centaines d'ouvriers qui courent en petites foulées, croisant les écoliers qui à bicyclette et en uniforme rentrent chez eux. Mishino Katsuyashi lui préfère le golf mais auparavant il a l'habitude de passer un bon moment dans la salle de sport de l'usine, le temps de faire un peu de musculation et de relaxation. D'autres à ce moment là subissent un peu plus de stress, ils sont en formation pour devenir chef d'équipe et suivent un entraînement particulier.
(Silence)
Jacques Merlino
Image prise à la volée de ce qu'est l'idée de discipline dans ces usines et explication d'un responsable mal à l'aise que l'on ait filmé cette scène.
Tetsuo Kitagawa
Tout le monde doit suivre cet entraînement, qu'il s'agisse du personnel permanent ou temporaire afin que tout le monde travaille dans la sécurité et l'efficacité. Une usine, vous savez, c'est un lieu dangereux dans lequel peuvent se produire des accidents, il faut donc une très grande discipline.
Jacques Merlino
Un entraînement à la discipline mais aussi un conditionnement destiné à former l'esprit de groupe. Mishino Katsuyashi l'a bien compris et ce n'est pas son goût pour le golf qui va l'en distraire. Toyota, c'est un peu une famille pour les employés.
Mishino Katsuyachi
C'est vrai que nous sommes tous très unis, nous partageons les périodes dures et les joies ensemble. En fait, nous avons les mêmes valeurs.
Jacques Merlino
Quelles sont ces valeurs ?
Mishino Katsuyachi
Et bien, si nous prenons l'exemple de notre usine, Takaoka, en ce moment, les ventes sont faibles à cause de la crise économique. Alors dans ce type de situation, nous devons tous réagir ensemble et prendre notre part des difficultés de l'usine. Ce qui veut dire, allez travailler là où il faut et accepter notamment de prendre la place des intérimaires.
Jacques Merlino
Quel type d'efforts, on peut faire ?
Mishino Katsuyachi
Il faut accepter d'être flexible et savoir faire plusieurs choses. Dans mon équipe, il y a 11 postes de travail différents, moi, je suis capable d'en occuper 10. Tout à l'heure, je faisais la pose des blocs moteurs mais comme je vous l'ai dit, toutes les deux heures, nous changeons de poste de travail.