Le drame de Tchernobyl : une faillite politique

15 décembre 2000
02m 11s
Réf. 01503

Notice

Résumé :

L'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 26 avril 1986, est due à une conjonction de facteurs techniques et humains. Les autorités soviétiques, par leur manque de réaction appropriée, n'ont pas pu en limiter les conséquences.

Date de diffusion :
15 décembre 2000
Date d'événement :
26 avril 1986
Source :

Contexte historique

A la suite d'un exercice de routine, la centrale nucléaire de Tchernobyl a été à l'origine de la plus grande catastrophe nucléaire civile de l'histoire. Le 26 avril 1986, un des réacteurs de la centrale explose et libère un nuage radioactif qui a rapidement recouvert toute l'Europe. Les principaux polluants déversés furent, la iodine 131, d'une durée de vie très courte, et le cesium 137 qui se distingue par une très longue durée de vie (30 ans). On différencie plusieurs modes de contamination. Les plus touchés furent les 1000 sauveteurs immédiats dont aucun n'a survécu. Au second rang figurent les 200 000 volontaires intervenus pour lutter contre l'incendie et dépolluer la région. Mais ce sont plus de 600 000 personnes qui ont été victimes d'irradiations nocives. Il s'agit là du nombre des personnes les plus directement exposées à la catastrophe, mais entre la Biélorussie, la Russie et l'Ukraine, ce sont plus de 5 millions de personnes qui sont concernées par la contamination radioactive. Les autorités soviétiques ont alors tout fait pour minimiser les conséquences de la catastrophe si bien qu'aujourd'hui encore, on ne dispose d'aucune donnée fiable à ce sujet. On n'en retrouve pas moins, vingt ans après le drame, des traces de radioactivité partout en Europe.

L'ampleur de cette catastrophe résulte d'une conjonction de deux principales causes : le choix du nucléaire civil et la crise politique des dernières années de l'Union soviétique. L'énergie nucléaire permet aux nations qui la choisissent de limiter leur dépendance énergétique à l'égard des pays producteurs de pétrole. En outre, elle permet de produire de très importantes quantités d'électricité à un coût raisonnable et de manière très souple. Elle présente donc des avantages indéniables qui ont poussé certains pays, dont la France, à développer massivement cette ressource. L'énergie nucléaire suppose cependant d'autres soutiens. Outre le savoir technique qu'elle nécessite, l'énergie nucléaire ne peut se développer sans une réelle stabilité politique. Il s'agit en effet d'une technique potentiellement très dangereuse. Le souci des populations nécessite donc de la continuité institutionnelle afin d'encourir le moins de risques possibles. Elle suppose également d'importants frais de fonctionnement : toutes les procédures doivent être respectées afin de limiter les risques au maximum. Ce sont dans ces deux dernières composantes du système nucléaire qu'il faut chercher les causes de la catastrophe de Tchernobyl.

20 ans après l'accident de Tchernobyl, l'énergie nucléaire reste incontournable même si de plus en plus de voix s'élèvent contre elle en raison des menaces qu'elle fait peser sur l'environnement. Cependant, les données du débat sont très complexes, car, si le nucléaire engage l'avenir sur des centaines d'années, il présente l'avantage de ne pas produire de gaz à effet de serre. Or, dans la conjoncture actuelle, il s'agit d'un argument qu'on ne peut facilement éluder.

Raphael Morera

Éclairage média

La catastrophe de Tchernobyl peut être considérée comme le plus important drame de l'industrie civile. Les journaux télévisés y consacrent régulièrement des sujets : pour faire part des nouvelles avancées de l'enquête ou pour entretenir le souvenir de l'événement. Le sujet présenté remplit ces deux fonctions : il propose une reconstitution de l'accident et rappelle la gravité de ses conséquences.

La première partie du document présente donc des images de la centrale. Certaines datent de 1986 et montrent l'événement en train de se produire ; d'autres ont été tournées récemment. Ces dernières montrent qu'en 14 ans rien n'a été fait pour réhabiliter ou dépolluer le site et qu'un autre réacteur de la centrale a continué de fonctionner pendant des années au mépris des règles élémentaires de sécurité. Dans cette première partie, la voix off adopte un ton narratif qui tranche nettement avec les images présentant une inspection récente. Le but de cette mise en scène est de faire ressortir l'incurie des autorités ukrainiennes et leur mépris à l'égard de l'environnement.

La deuxième partie du document s'intéresse au traitement de la catastrophe par les autorités soviétiques. Des images d'archives témoignent clairement de leur impréparation. Les premiers sauveteurs ne sont pas correctement équipés et aucune disposition n'est prise à l'égard des enfants de la région. Se dégage ainsi l'idée que la catastrophe de Tchernobyl est tout autant un échec technique qu'un échec politique.

Raphael Morera

Transcription

Béatrice Schönberg
Et d'enterrements, en effet, de victimes par milliers il en fut question, ce 26 avril 86 lorsque le quatrième bloc de la centrale explosa, libérant un nuage radioactif qui allait planer sur les trois quarts de l'Europe. Officiellement, au moins 15 000 morts et voici, pour se faire une idée exacte de l'ampleur de la catastrophe, la reconstitution de cette explosion nucléaire sans précédent qui hantera les esprits pendant encore longtemps. Patrice Pelé.
Patrice Pelé
26 avril 86, 1h23 du matin, le réacteur n°4 vient d'exploser. Une énorme déflagration, 70 tonnes de produits radioactifs sont projetés à plusieurs centaines de mètres. Du coeur béant, une radioactivité terrible, 20 fois Hiroshima s'échappe et se mélange à l'atmosphère. La catastrophe prend son origine la veille, dans l'après-midi, les ingénieurs ont programmé un exercice de routine. Depuis cette salle de contrôle, il s'agit de couper des pompes, d'arrêter certains systèmes de sécurité pour ensuite les remettre en fonction. Un test tout simple mais dès 22h, le coeur donne des signes de surchauffe. Une heure plus tard, il devient totalement incontrôlable, les ingénieurs décident alors de l'arrêter, ils appliquent la procédure d'urgence. Mais c'est trop tard, les barres qui devraient être sorties du coeur, pour arrêter les réactions en chaîne sont bloquées. L'énorme erreur des ingénieurs va provoquer l'explosion. Sur place, c'est la course contre la montre, les volontaires récupèrent le graphique du coeur, aucun d'eux ne survivra. Mais plus loin, dans les rues de Pripriat, située à 3 kilomètres, personne ne s'occupe de la population. Les habitants ne seront évacués que 48 heures plus tard, les enfants surtout vont payer un lourd tribut au nucléaire. Tchernobyl, nous laissera ces images de ville-fantôme dans sa zone interdite de 30 kilomètres. Les scientifiques estiment qu'il faudra attendre un siècle avant que la radioactivité disparaisse.

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