L'archéologie : les sciences à la recherche du passé. L'exemple du phare d'Alexandrie

28 mars 2003
05m 59s
Réf. 01508

Notice

Résumé :

Le phare d'Alexandrie est à la fois un mythe et une réalité. De nombreuses sources écrites l'évoquent mais personne ne l'avait vu avant que l'équipe de Jean-Yves Empereur ne le localise précisément. Récit d'une découverte.

Type de média :
Date de diffusion :
28 mars 2003
Lieux :

Contexte historique

Les sciences humaines ont connu de profondes évolutions au cours du XXe siècle. L'affirmation de l'archéologie a joué dans ce mouvement un rôle considérable : pour bien des époques et des régions, elle est le seul moyen par lequel obtenir des informations nouvelles. Ce faisant, elle permet à présent de relire des pans entiers de l'histoire du monde. Le cas du phare d'Alexandrie est à cet égard exemplaire : la découverte de ses vestiges permet de sortir des impasses inhérentes à l'étude des seules sources écrites. L'archéologie porte en effet à la connaissance des faits incontestables, même si leur interprétation prête souvent à discussion.

Elle doit cette force à la diversification de ses méthodes et à l'élaboration d'une véritable interdisciplinarité. Un archéologue avisé doit coordonner une équipe constituée de représentants de diverses disciplines de plus en plus proche des sciences. Les céramologues, anthropologues et autres spécialistes d'histoire de l'art sont à cet égard plus familiers des sciences humaines que les palynologues (étude des pollens), les métallurgistes, les anthracologues (étude des charbons). Le recours aux techniques modernes peut débuter dès la prospection grâce aux images satellites ou aux analyses géochimiques.

Par sa dimension concrète, l'archéologie donne aux sciences un visage humain et ouvre de nouvelles perspectives quant à la diffusion de la culture scientifique. Malgré toutes ces qualités, l'archéologie est en situation difficile en raison des financements importants qu'elle nécessite. La fouille du phare d'Alexandrie en est une parfaite illustration. Mais tous les chantiers n'ont pas la chance de lever le voile sur des mythes historiques. Les chantiers plus modestes ne disposent pas de moyens comparables, même s'ils nous éclairent sur la vie quotidienne des femmes et des hommes du passé.

Raphael Morera

Éclairage média

L'extrait débute par une vue aérienne sur le site de l'ancien phare d'Alexandrie, où se dresse aujourd'hui le fort de Qaitbay. Le contraste opéré avec l'arrière-plan où ressort la ville moderne invite le télespectateur à un voyage dans le temps. La musique ancre géographiquement le document : c'est à la découverte de l'Orient que nous allons être initiés. Notez que l'on joue sur une ambivalence de l'Orient : le document s'intéresse à l'Orient ancien, c'est à dire Grec, mais pour le situer dans l'espace il a recours à des images de l'Orient d'aujourd'hui, un Orient islamisé.

Comme une application de la méthode archéologique, le document s'attache par la suite à présenter les documents écrits et iconographiques fournissant des informations sur le phare disparu d'Alexandrie. Les limites de ces apports apparaissent rapidement : en l'absence de données matérielles, nous en sommes réduits à des conjectures basées sur des témoignages épars et incomplets. Le reportage change alors d'approche. L'attention se porte sur le témoignage du directeur des fouilles entamées en 1994 : Jean-Yves Empereur. L'aspect spectaculaire des fouilles subaquatiques est renforcé par le recours aux images de synthèse. L'intérêt du reportage est de montrer concrètement à quoi ressemble le travail de l'archéologue par le biais de séquences évocatrices. Elles sont mises en perspective par les explications de Jean-Yves Empereur. La dernière séquence présente les résultats concrets des fouilles : une cartographie et une compréhension globale du site. Pour mener à bien ce chantier, les archéologues ont recours aux techniques les plus avancées.

Raphael Morera

Transcription

Sophie Bontemps
Le phare, la septième merveille du monde, édifié 285 ans avant Jésus Christ sur l'île de Pharos qui lui donna son nom. D'ici, il a brillé sur les mers pendant près de 17 siècles avant de disparaître détruit par un tremblement de terre puis englouti par les flots. L'éclatant symbole de l'ancienne capitale égyptienne devint alors légende. Rayonnant sur le monde, il est représenté comme une tour de Babel, il donne lieu à des descriptions fabuleuses. On le décrit immense, crachant le feu. On raconte le dédale de ses couloirs, ses statues gigantesques qui impressionnent les voyageurs. L'une des représentations la plus précise se retrouve sur une pièce de monnaie frappée à Alexandrie entre le 1er et le 2ème siècle de notre ère. Un récit et des croquis rapportés par un voyageur arabe au XIIème siècle, montrent le monument et une statue et une torche à son sommet. Plus récemment, l'Allemand Hermann Thiersch au début du XXème dessine les différents états du phare selon les époques. 135 mètres de hauteur, 3 étages, surmonté de la statue de Zeus. Mais où se trouvent ces vestiges. L'emplacement du phare n'a jamais été un secret mais de ce phare disparu il ne restait rien ou presque jusqu'à qu'Empereur, l'archéologue français, ne s'obstine à fouiller là au pied du phare de Qaitbay à l'emplacement même de son édification. La première campagne de fouilles sous-marines a lieu en 1994, il y a urgence, des blocs de béton ont été jetés là dans le port pour construire un brise-lame, ils menacent le site antique.
Jean-Yves Empereur
On a trouvé dans le site sous-marin toutes les traces, enfin les traces de toutes les époques de l'histoire d'Egypte et même des époques beaucoup plus anciennes que la fondation de la ville d'Alexandrie. On voyait des statues, on voyait des milliers de blocs, on voyait... et quand on est sorti, on s'est tous regardé en se demandant si on avait rêvé, si c'était une hallucination. Et chaque fois qu'on y pense, on est, on sent une atmosphère un peu particulière. C'est vraiment tout à fait particulier, c'est, ce qui peut se passer sous l'eau en voyant ces Sphinx qui sont picorés par les petits poissons ou ces obélisques auxquelles on peut lire encore les cartouches de Pharaon. Ces fragments de statues gigantesques, j'ai jamais vu d'autres sites comme ça.
Sophie Bontemps
Octobre 1995, les premières pièces sortent de la mer, de l'oubli. Des sphinx, des fragments de statues colossales en granit d'Assouan, tous les trésors pêchés par les archéologues. Juin 2002, nous sommes en pleine campagne de plongée, deux fouilles sous-marines sont organisées chaque année. Les plongeurs sont architectes, topographes, dessinateurs, ils travaillent entre 6 et 8 mètres de profondeur.
Jean-Yves Empereur
Il est juste devant nous ce site, c'est un site qui fait un peu plus d'un hectare, un hectare 25 et avec un capharnaüm de blocs, des milliers de colonnes, des bases, des chapiteaux mais aussi des blocs pharaoniques qui sont beaucoup plus anciens que la fondation d'Alexandrie. A par ça, y a des milliers de blocs de l'époque ptolémaïque, de l'époque grecque donc et de l'époque... Et on essaie de comprendre l'ordre de ce désordre, de comprendre comment ces blocs sont arrivés ici. S'il y a des blocs qui appartiennent visiblement au site, qui sont in situ, qui proviennent de la chute du phare et il y en a d'autres qui viennent d'autres monuments civils, religieux, de la ville, qui ont été démantelés, par exemple, à l'époque chrétienne et qui ont été jetés ici pour protéger le fort, enfin le phare puis le fort.
Sophie Bontemps
Dans ce chaos de 3000 blocs architecturaux, il s'agit maintenant d'identifier ce qui appartenait au monument phare. Des pièces gigantesques ont été localisées, ce sont des éléments d'encadrement, de porte, de fenêtre. Isabelle Hairy est architecte, chaque pièce est pour elle un indice, un morceau de ce gigantesque puzzle. Isabelle travaille à la reconstitution de la porte monumentale du phare.
Isabelle Hairy
Donc, là, on a un certain nombre de fragments ou de blocs entiers mais principalement des fragments et ces blocs dans cette zone commencent à reconstituer donc cette porte monumentale. On a ici le linteau, la partie centrale du linteau avec une des extrémités du linteau, ensuite les deux pieds droits qui sont les deux montants verticaux dans lesquels s'incruste la menuiserie. Donc ici, un pied droit en deux fragments, l'autre pied droit en trois fragments. Au centre ici, on a les dalles de seuil avec cette dalle qui porte vraisemblablement le trou de verrou de la porte et puis la statuaire qui lui est associée, donc les deux colosses. A partir de cette reconstitution, maintenant on a une meilleure idée de, des éléments qu'on va rechercher sous l'eau, donc c'est un guide en même temps.

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