SIDA (3) : les médicaments génériques au Brésil

08 septembre 2003
03m 01s
Réf. 01511

Notice

Résumé :

A la suite de l'accord au sein de l'OMC sur les médicaments génériques, la rédaction de France 3 revient sur l'expérience brésilienne. Le Brésil fabrique depuis 1996 les génériques des antirétroviraux et a ainsi freiné la menace du fléau.

Date de diffusion :
08 septembre 2003
Personnalité(s) :

Contexte historique

Après la phase de découverte, les réponses politiques face au SIDA passent par quatre grands types de mesures :

(i) la construction d'un dispositif statistique performant, recensant déclarations de maladies et d'infections

(ii) la prévention de la transmission

(iii) la prévention de la contamination dans un cadre médical

(iv) la prise en charge des malades.

Or, la maladie est devenue depuis 1984 un fléau mondial.

L'étude de groupe dirigé par Willy Rosenbaum a mis en évidence très tôt que la maladie diagnostiquée aux Etats-Unis avait une origine africaine. Dès 1984, les premiers cas de maladie déclarés sont recensés en Afrique, où l'Institut Pasteur dispose d'un vaste réseau. Les progrès dans la connaissance de la maladie, en particulier la mise en évidence d'une phase de latence, laisse entrevoir l'ampleur de la maladie. Mortel, le SIDA touche rapidement une population active nombreuse. Or les pays pauvres ne peuvent accéder aux traitements très coûteux développés par les firmes pharmaceutiques occidentales.

En l'absence de vaccins, des politiques de prévention touchant à la sexualité et aux échanges sanguins sont mises en place. Faute de traitements curatifs, la recherche d'antirétroviraux se développe. La difficulté du traitement tient au fait que le virus du SIDA s'attaque aux cellules dont la fonction est précisément de protéger l'organisme contre les infections. L'Azydothymidine (AZT) est le premier antirétroviral mis sur le marché, dont les résultats à moyen terme sont de ralentir la progression de la maladie, mais également de prolonger l'état de latence. Couplé avec de nouvelles molécules (bi ou trithérapies) et à des traitements pour les infections opportunistes, il permet aux malades de vivre de façon quasi normale, en dehors de l'hôpital, et d'avoir une activité professionnelle. Prise en charge par les systèmes de soins des pays occidentaux sous la pression des associations militantes, l'accès aux soins ne dépasse guère les frontières occidentales, en dépit des profits réalisés par les firmes pharmaceutiques.

La décision du Brésil de fabriquer des copies des traitements disponibles en 1996 reste isolée : contrairement à d'autres pays, le Brésil dispose d'une infrastructure industrielle et médicale performante. Mais la décision est controversée, car elle ne respecte pas les conventions internationales en matière de brevets, que respecte l'Inde par exemple : pour l'OMC, il s'agit de contrefaçons. Or, l'enrayement de l'épidémie est devenu depuis la fin des années 1980 un enjeu sanitaire mais également économique, car les populations touchées par la maladie sont les populations actives. Dès lors, un conflit oppose les Etats qui prennent en charge la contrefaçon à des fins de santé publique et les firmes disposant des brevets génériques, se prévalant de la propriété intellectuel et des frais de recherches. Il est partiellement résolu en 2003 par le retrait de la plainte des laboratoires pharmaceutiques contre les Etats producteurs de génériques, en particulier Brésil et Afrique du Sud. Aujourd'hui, les négociations se poursuivent, alors que l'épidémie continue de s'aggraver.

Bibliographie :

Mirko D. Grmek, Histoire du sida, Paris, Payot, 1995.

Monika Steffen, " SIDA (Lutte contre le) : un enjeu exemplaire et mondial de santé publique ", in Dictionnaire de la pensée médicale, sd D. Lecourt, Paris, Puf, 2004, pp. 1041-1048.

Christelle Rabier

Éclairage média

Le reportage de la rédaction de France 3 survient au lendemain d'un accord survenu à Cancún entre les Etats de l'Organisation Mondiale du Commerce. Les images ensoleillées d'une plage brésilienne annoncent le succès de l'initiative brésilienne. La parole est donnée à un représentant d'une association récompensée en 1999 du prix Nobel de la paix, Médecins sans frontières. Sa légitimité renforce la légitimité de l'action du gouvernement brésilien, fondée ici sur des critères sanitaires et économiques, qui prend en compte le coût hospitalier de la maladie. Les interviews d'un patient, d'un médecin traitant et d'un pharmacien permettent de comprendre comment le gouvernement brésilien a conçu la prise en charge de la maladie, quand la trithérapie en a transformé le pronostic (témoignage du médecin traitant). En contrôlant la filière de soins, le gouvernement brésilien a pu rendre le traitement gratuit pour tous les patients, quelle que soit leur origine sociale et leur pouvoir économique (images de favelas et de riches quartiers).

Christelle Rabier

Transcription

Elise Lucet
Et les génériques seront aussi au centre du sommet de l'OMC à Cancun au Mexique. Un accord a été signé il y a quelques jours, il va permettre au pays en voie de développement de se procurer des médicaments essentiels. Le Brésil n'a pas attendu cette décision pour copier en générique les trithérapies et les résultats pour les malades du Sida sont édifiants. C'est le dossier de la rédaction, il est signé Claude Gueneau et Jean-Michel Mier.
Claude Gueneau
Il y a 10 ans au Brésil avec le Sida, on a frôlé la catastrophe, dans les favelas comme dans les beaux quartiers, l'épidémie devenait incontrôlable. Mais c'est l'inverse qui s'est produit, la progression du Sida a été enrayée.
Michel Lotrowska
Je pense que la réduction de mortalité a été de pratiquement 70% depuis l'introduction de la thérapie et une réduction de la morbidité donc de l'occupation des hôpitaux qui était aussi de l'ordre de, entre 40 et 70% suivant les régions.
Claude Gueneau
Dans ce pavillon de l'hôpital de la fondation Oswald Cruz de Rio, on assure le suivi de nombreux malades du Sida et de séropositifs. Ce patient en observation suit une tri thérapie pour enrayer le développement du virus. Ce qui ne l'empêche pas de mener une vie normale.
Inconnu
Normalisima.
Valeria Rolla
Moi, par exemple, je travaille avec le Sida depuis 86, moi je voyais les gens qui mourraient tout le temps et là, j'ai les malades qui sont avec moi depuis 10 ans. Ils vont bien, ils prend ses médicaments, ils vivent, ils travaillent, ils ont une vie normale, presque normale.
Claude Gueneau
L'explication de ce miracle, les anti-rétroviraux. Les pharmacies du Brésil n'ont rien à envier à celles d'Europe ou d'Amérique, elles disposent pratiquement de tous les traitements de pointe contre le Sida. La grande différence, c'est que ce sont des génériques beaucoup moins chers que les médicaments des grands laboratoires. Huit de ces anti-rétroviraux sont fabriqués dans ce laboratoire public. En 1996, devant le prix exorbitant des médicaments disponibles sur le marché, le gouvernement brésilien décide de lancer la production de génériques, faisant fi de l'autorisation des grands laboratoires pharmaceutiques. Le Brésil a ainsi réussi à diviser par 10 le coût d'un traitement et cela lui permet de soigner gratuitement la totalité des malades reconnus atteints par le HIV.
Nubia Boechat
Nos médicaments sont moins chers parce qu'on ne fait pas de bénéfices, on est au service de la population. On ne cherche pas non plus de retour sur investissement car nous n'avons pas de frais de recherche et nous n'avons pas de publicité.
Claude Gueneau
A l'OMC l'initiative brésilienne a suscité une levée de boucliers de l'industrie pharmaceutique qui voyait fuire revenus et bénéfices. Normalement, les médicaments sont protégés par des brevets pour une durée de 20 ans. L'accord intervenu in extremis avant le sommet de l'OMC de Cancun devrait permettre d'étendre l'exemple brésilien aux pays pauvres. Permettre à l'Afrique notamment où le Sida fait des ravages de fabriquer ou d'apporter plus facilement des médicaments génériques.