La conférence de Paris après l'affaire de l'U2

18 mai 1960
01m 47s
Réf. 01605

Notice

Résumé :

Le reportage résume les débuts catastrophiques de la conférence au sommet entre Khrouchtchev, Adenauer, Michel Debré et Eisenhower, peu de temps après l'affaire de l'U2 abattu en plein territoire soviétique.

Type de média :
Date de diffusion :
18 mai 1960
Source :

Contexte historique

En plein contexte de détente, la conférence de Paris, qui doit traiter du problème de la division de l'Allemagne et du désarmement, est bouleversée par l'événement qui vient de se produire en URSS : la destruction d'un avion d'espionnage américain U2, surpris en plein territoire soviétique. Or le principal point d'achoppement de toutes les questions de désarmement entre les deux puissances est depuis toujours la question du contrôle. A partir de 1956, le Pentagone a recours à des vols de reconnaissance des avions U2, pour connaître l'état exact de l'avancement du déploiement des missiles en URSS. Le U-2 est un avion d'observation volant à haute altitude, hors de portée des défenses soviétiques. Le premier objectif est de repérer et de photographier les sites de missiles stratégiques.

Or, le 1er mai 1960, un avion U2 est abattu par un missile SAM au-dessus de l'URSS, causant une grande tension diplomatique. Le pilote Francis Gary Powers, qui a sauté en parachute de son avion, est capturé et condamné à 15 ans de réclusion. L'avion U-2 se retrouve de nouveau sur le devant de la scène lors de l'affaire des missiles de Cuba en 1962. C'est en effet grâce aux photos prises par cet avion que l'ONU a la preuve de l'existence de missiles sur l'île. Quant à l'aviateur américain recruté par la CIA, il est échangé deux ans plus tard contre l'espion russe Rudolph Abel. Il rentre aux Etats-Unis, où ses responsables lui reprochent de ne pas avoir absorbé sa capsule de cyanure !

Carole Robert

Éclairage média

Ce reportage est intéressant car le journaliste choisit un angle d'approche très particulier pour décrire le début de ces journées historiques : celui du film à suspense. A partir d'images officielles très neutres et sans grand intérêt (descentes d'avions, salutations à la foule, spectateurs, montées des marches et poignées de mains officielles, montée en voiture...), il réalise un véritable film à intrigue.

Ce reportage est une leçon sur la force de l'audiovisuel ; ou comment construire une histoire à partir d'images neutres, accompagnées d'un commentaire et d'une musique qui va leur donner un sens précis. Comment instiller de la tension dans le reportage ? D'abord, le temps employé, l'imparfait, qui est le temps du récit et du conte par excellence, donne au reportage le rythme d'une fiction. Ensuite, les envolées de la musique de suspense sont totalement calées sur les images; c'est le cas devant les restes de l'avion U2 abattu. Ces séquences sont montées rapidement comme dans un thriller contemporain. Les plans brefs - sur les cartes, les seringues, les armes, la photo de l'agent double, le gros plan sur Krouchtchev - se succèdent, créant une tension dramatique. Le commentateur emploie également un lexique explicite en évoquant le "duel USA-URSS" qui "empoisonnait", "bouleversait" la conférence, et en rejettant la faute sur Khrouchtchev. Le reportage n'a aucune image à montrer de l'intérieur du bâtiment, on se contente de filmer la sortie de la conférence. Mais là, à partir d'une sortie qui semble calme et sans histoire, le suspense est construit par la montée en puissance de la musique et par son commentaire - "problème insoluble", "lourd de suspens", "incertitude du lendemain" - qui accompagne le départ en voiture de Khrouchtchev. La fin est digne d'une série policière dont on attend la suite. En outre, le journaliste apprécie l'humour : dès le départ , son commentaire "on en attendait trois" est teinté d'une légère ironie. L'ironie se poursuit avec la description de l'arrivée de Khrouchtchev qui "souriait aux bouquets". Le journaliste applique à Eisenhower la même ironie lorsqu'il évoque les "sifflements d'oreille du spoutnik". Il tourne en dérision la rencontre diplomatique en la présentant comme "un petit ballet de rencontres", le tout sur un enchaînement de plans assez rapides sur les spectateurs et les arrivées des différents dirigeants.

Ce qui frappe finalement, c'est l'intérêt du reportage pour le déroulement de la conférence plus que pour son contenu. Il s'agit d'attirer l'attention des téléspectateurs en les rapprochant le plus possible de l'événement et en leur donnant envie d'en savoir plus. On est là dans une télévision de proximité. Par ailleurs, en 1960, la France est dans une volonté d'indépendance nationale qui autorise ce recul par rapport aux deux Grands.

Carole Robert

Transcription

Journaliste
On en attendait trois. Ce fut Monsieur Khrouchtchev qui arriva le premier avec vingt-quatre heures d'avance. Le premier personnage de l'URSS souriait, souriait aux troupes, souriait aux bouquets, mais Monsieur Khrouchtchev était mécontent. Il venait, à Moscou, de dévoiler devant les débris d'un avion l'affaire de l'U2 américain, abattu à deux mille kilomètres à l'intérieur des frontières russes. Il en avait offert la vue au public, commenté l'objet du raid et son itinéraire, exposé les preuves retrouvées, l'arsenal du pilote, de la seringue hypodermique prévue pour le suicide au pistolet à silencieux, et, témoignage absolu, la photo de [Powers], agent double et pilote malchanceux. Cependant, le chancelier Adenauer, arrivé en même temps que lui, allait s'entretenir avec le Président De Gaulle des possibles rebondissements de ce problème aussi crucial qu'insoluble pour l'instant : le problème allemand dont la conférence aurait à discuter. Le Président Eisenhower arrivait, les oreilles bourdonnantes peut-être des signaux incompréhensibles du dernier né des Spoutniks russes lancé depuis quelques heures, et roulant sans faiblesse sur son orbite. Petit ballet de rencontres préalables : De Gaulle-Eisenhower, De gaulle-[Mac Millan]. Un public plein de sympathie et des curieux professionnels bardés d'appareils guettaient le moindre détail de cette réunion historique. Mais Monsieur Khrouchtchev devait bouleverser et les horaires, et les pronostics. L'affaire de l'avion espion empoisonnait la conférence, elle devenait un duel USA/URSS. Et c'est sur ce départ, lourd de suspense, que s'achevaient les trois premières heures de la rencontre au sommet dans la plus parfaite incertitude du lendemain

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