La reconnaissance de la République Populaire de Chine par la France

05 février 1964
02m 18s
Réf. 01606

Notice

Résumé :

Le reportage justifie le choix de reconnaître la Chine en faisant l'éloge de ce peuple des origines à nos jours : la Chine est présentée comme un pays en plein essor à tous les niveaux, tout en étant ancrée dans des traditions séculaires.

Type de média :
Date de diffusion :
05 février 1964
Source :
Personnalité(s) :
Lieux :

Contexte historique

Dès la fin des années 1950, le général de Gaulle tient à affirmer l'indépendance nationale de la France par rapport aux Etats-Unis. A partir de 1962, la fin de la guerre d'Algérie, la mise en place de la détente, l'officialisation de la rupture entre la Chine et l'URSS qui affaiblit le bloc soviétique, et de surcroît la constitution de la force de frappe française (bombe atomique en 1960), conduisent de Gaulle à prendre progressivement ses distances à l'égard de l'OTAN. Il affirme "la volonté qu'a la France de disposer d'elle-même" et refuse toute subordination au sein de l'OTAN.

Finalement, en 1966, la France quitte l'OTAN, tout en se rapprochant de l'URSS. En Extrême-Orient, de Gaulle se démarque de plus en plus de la politique américaine. Après une visite d'Edgar Faure en Chine, l'Etat français reconnaît la République populaire de Chine en janvier 1964. De Gaulle justifie cette initiative par le réalisme (comment ignorer un régime qui gouverne le quart de l'humanité ?), et fait la leçon à Washington, qui s'obstine à reconnaître, comme seule Chine, le gouvernement de Formose. Au même moment, de Gaulle prend ses distances avec la politique indochinoise de la Maison Blanche, et refuse d'envoyer des troupes dans le cadre du traité de Manille, en même temps qu'il prône un retour aux accords de Genève.

Carole Robert

Éclairage média

Le reportage est une véritable apologie de la Chine et du peuple chinois. Il s'agit d'un reportage officiel des Actualités Françaises servant à justifier la décision du gouvernement français de reconnaître la Chine. Les séquences sont dignes des images réalistes socialistes, et auraient aussi bien pu être filmées par des équipes chinoises. L'efficacité de cet enchainement d'images est renforcé par l'alternance de plans très larges souvent en plongée et fixes, avec des profondeurs de champ remarquables (pour montrer la grandeur du pays, les progrès agricoles, l'élevage de canards, l'architecture), juxtaposés à des plans rapprochés, de face ou en contre-plongée (peuple en liesse, ouvrières au travail...), et à des travelling qui donnent une dynamique encore plus vive à l'ensemble. La musique et le commentaire sont également calés parfaitement sur les images : par exemple, le commentaire "ce peuple innombrable en marche" est calé sur l'image d'un paysan qui avance de dos dans un immense champ qu'il irrigue. Le montage est habile : un exemple, le train vu de face qui va vers le téléspectateur est suivi d'une image ayant à peu près la même valeur de plan et montrant un homme qui s'éloigne de nous ; cela participe à l'efficacité du rythme. Tout est abordé à travers ces images rapides qui se succèdent : modernité de l'architecture, progrès de l'industrie, efforts dans l'agriculture, immensité d'une terre, dynamisme d'une population...

Notons que les traditions chinoises dont fortement mises en valeur par le commentaire, qui commence par faire l'éloge de la Chine ancestrale sur des images d'épinal de la culture asiatique - statuts d'éléphants, de bouddhas, plans sur des hommes pratiquant les arts martiaux. Un bref rappel historique vient faire l'éloge de Mao. Le commentaire est bien évidemment lyrique, conformément au style des Actualités Françaises. D'ailleurs, il s'agit bien d'un reportage fondé sur un texte très littéraire qui raconte une histoire qu'illustrent simplement des images. Le reportage est une mise en illustration du discours officiel de De Gaulle justifiant sa reconnaissance de la Chine au cours duquel il proclame : comment ignorer un régime qui gouverne le quart de l'Humanité ? Il se sert de la télévision pour convaincre les Français de la légitimité de sa décision.

Carole Robert

Transcription

Journaliste
Il s'agit, a dit le Général De Gaulle, de reconnaître le monde tel qu'il est. Et dans ce sens il n'est pas possible d'oublier à l'autre extrémité du continent européo asiatique cette Chine, ce très vaste pays géographiquement compact, et pourtant sans unité. Un état plus ancien que l'Histoire où un grand peuple, le plus nombreux de la Terre, a bâtit une très particulière et très profonde civilisation qui conjugue le goût de la tradition avec le respect de l'étude et de la science. Ce peuple conscient et orgueilleux, une immuable pérennité, la Chine de toujours. Cette Chine de sept cent millions d'êtres qui est aujourd'hui celle qu'a faite, au prix de terribles souffrances humaines et d'une implacable contrainte des masses, Mao Zedong. Il n'était cependant voici seize ans qu'un chef de parti vaincu lorsque le rencontra notre reporter dans les cavernes de Yan'an après cette retraite historique de dix mille kilomètres qu'on a nommé La Longue marche. Un an après, il entrait à Pékin et installait le régime communiste sur la Chine entière. Depuis, un énorme effort a été accompli. Le Palais des Fils du Ciel, au coeur de la Ville Interdite, voisine avec un nouveau Pékin moderne où, si les voitures sont rares, les immeubles ont poussé de toutes parts pour abriter une population chaque jour plus nombreuse. Le pantalon et la veste bleue ont remplacé pour tous, hommes, femmes et enfants, les vêtures multicolores d'autrefois. La hantise de l'hygiène et la lutte contre les épidémie, la lutte contre la faim endémique et le développement des possibilités agricoles ont pris la première place dans les préoccupations publiques. Cet immense effort s'est manifesté dans tous les domaines. Si l'on compte encore les usines, les communications et les travaux d'irrigation ont commencé à changer le visage de la très ancienne terre de Chine. Comment laisser à l'écart cet immense pays en pleine évolution, ce peuple innombrable en marche ? C'est ce qui apparaît avec le poids de l'évidence et de la raison. Ce vide, la France va le combler, renouant ainsi avec un peuple dont la capacité patiente et laborieuse a toujours suscité l'admiration, et qui est capable de déployer des trésors de courage et d'ingéniosité quelles que soient les circonstances.