Première rencontre entre Reagan et Gorbatchev

19 novembre 1985
02m 44s
Réf. 01610

Notice

Résumé :

Le reportage montre quelques images de la rencontre à Genève entre Reagan et Gorbatchev.

Date de diffusion :
19 novembre 1985
Lieux :

Contexte historique

Mikhail Gorbarchev a 54 ans lorsqu'il est nommé Secrétaire Général du Comité central du Parti en mars 1985. Il tente d'insuffler une nouvelle jeunesse à l'économie de l'URSS en en réformant les structures, figées depuis des décennies. Il institue la perestroïka (restructuration) afin d'engager l'économie soviétique sur la voie de la libéralisation et de la responsabilisation. Dans le domaine politique, la glasnost (transparence) doit aboutir à la libéralisation du régime pour renouveler l'appareil du Parti.

Décidé à convaincre l'Occident de ses intentions positives, il signe des accords de désarmement avec les Etats-Unis, désengage l'URSS du Tiers-Monde et de l'Afghanistan (1988) et autorise les pays de l'Est à s'émanciper. Dès son arrivée à la Direction du PCUS, il souhaite ouvrir le dialogue avec Reagan : il propose officiellement que le président américain adresse un court message télévisé à toute l'URSS, alors que lui-même ferait la même chose sur une chaîne de télévision américaine. Or Reagan, président des Etats-Unis depuis 1980, entreprend de lutter fermement contre l'influence soviétique (lancement de l'initiative de défense stratégique en 1983, aide aux moudjahidine en Afghanistan...). Il accepte toutefois de négocier avec Gorbatchev, et va jusqu'à signer les accords de désarmement à Washington en 1987.

Gorbatchev, surnommé "Gorby", devient de plus en plus populaire en Occident. Il est même élu "l'Homme de l'année 1987" par le prestigieux magazine américain Time. Cependant, autant Gorbatchev convainc en Occident, autant il est impopulaire dans son propre pays, où il est accusé de tous les maux économiques suite à ses réformes. En 1990, il reçoit le Prix Nobel de la Paix, mais la même année il est hué par les Soviétiques.

Gorbatchev est écarté du Pouvoir lors du coup d'Etat d'août 1991 : le putsh des conservateurs échoue mais le laisse trop faible pour résister à son rival, Boris Eltsine. Il démissionne le 25 décembre 1991. Quant à Ronald Reagan, la fin de sa présidence est ternie par le scandale de l'Irangate (vente d'armes clandestine à l'Iran).

Carole Robert

Éclairage média

L'animateur est le pivot des informations : il donne des informations, ainsi que son interprétation sur le reportage qui va être diffusé. Le fond du studio est marqué d'un immense "2", véritable autopromotion de la chaîne. Le reportage commence sur les images officielles de poignées de main, de sorties de voiture, de poses pour les photographes. Le ton du commentaire est neutre, les phrases hachées comme si le journaliste décrivait en direct des événements. Le reportage est filmé caméra épaule, même pendant l'interview officielle des deux hommes d'Etat, opération de communication réservé aux médias. Mais l'interview reste superficielle et sert seulement à montrer que les deux hommes sont détendus. Ils sont décidés à s'entretenir des sujets importants en privé. Devant la résolution des deux hommes politiques de ne rien révéler à la presse, le journaliste ne peut que supposer, à partir d'images d'illustration sans grand intérêt et sans aucune portée (la campagne, l'installation à table, la sortie de la conférence), que le temps de réunion a été dépassé pour "briser la glace".

Le reportage illustre bien les différentes attitudes des hommes politiques face à la télévision : d'une part, ils veulent l'utiliser pour faire leur communication, d'autre part, ils s'en méfient lorsqu'il s'agit de débattre de points cruciaux. Les hommes politiques veulent maîtriser totalement leur image à la télévision. L'impuissance des journalistes est claire : comme le dit le commentaire en citant les présidents : il ne leur reste plus qu'à "être patient".

Carole Robert

Transcription

Hervé Claude
Bonjour, l'hiver est là, mais l'hiver est là aussi à Genève, il faisait froid ce matin à Genève, il y avait de la neige, et un vent glacial qui soufflait de l'Est. N'en tirez aucune conclusion pour le sommet Reagan-Gorbatchev : la poignée de mains a eu lieu à l'heure dite, et les deux hommes ont eu plus d'une heure d'entretien en tête à tête au lieu des quinze minutes prévues. Un évènement dans la diplomatie mondiale, car il y a six ans que les deux Numéros Un, américain et soviétique, ne s'étaient pas rencontrés. Il est encore bien trop tôt bien sûr pour parler d'un réchauffement des relations. Jacques Abouchar à Genève.
Jacques Abouchar
Au château [de la Fleur d'eau], siège de la délégation américaine, tous les usages ont été scrupuleusement respectés. A sa descente de voiture, Monsieur Gorbatchev est accueilli par un Ronald Reagan souriant. Apparemment détendus, les deux hommes échangent quelques mots et même plaisantent, semble-t-il, sur le fait que Ronald Reagan est sorti en complet veston malgré le froid. Seuls quelques opérateurs et photographes sont admis pendant quelques minutes dans le saint des saints. Le temps pour Ronald Reagan et son visiteur de s'asseoir et ils sont déjà assaillis de questions, et ils se prêtent d'ailleurs volontiers au jeu.
Journaliste 1
De quoi allez-vous parler ?
Mikhaïl Gorbatchev
Vous savez de quoi nous allons parler, répond Mikhaïl Gorbatchev.
Journaliste 2
Quelles sont vos premières impressions l'un de l'autre ?
Mikhaïl Gorbatchev
Favorables, ajoute encore le leader soviétique alors que la réponse de Ronald Reagan se perd quelque peu dans le brouhaha.
Jacques Abouchar
Dès que la presse quitte les lieux commencent les choses sérieuses, ce sommet des deux Supergrands, le premier depuis six ans, depuis la rencontre de Vienne entre Jimmy Carter et Léonid Brejnev en 1979. Prévu pour une durée de quinze minutes, le premier aparté Reagan-Gorbatchev s'est prolongé pendant plus d'une heure, un temps suffisant pour briser la glace, compte tenu des qualités d'hommes de dialogue reconnues aux deux interlocuteurs. Interrogés une nouvelle fois par la presse, Ronald Reagan et Gorbatchev ont invité les journalistes à être patients. Il a d'ailleurs été annoncé que le secret le plus absolu sera maintenu sur l'ensemble des entretiens.

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