Le premier essai de la bombe atomique française

17 février 1960
04m 36s
Réf. 01615

Notice

Résumé :

Le reportage fait l'éloge du premier essai de bombe atomique française qui a lieu dans le sud du Sahara algérien, sur la base de Reggane le 13 février 1960.

Type de média :
Date de diffusion :
17 février 1960
Date d'événement :
13 février 1960

Contexte historique

L'explosion en 1960 de la première bombe atomique française est l'aboutissement de toute une politique. Dès la Libération a été créé le CEA (Commissariat de l'Energie Atomique), voué à l'atome civil. En décembre 1947, suite à l'échec de la conférence de Londres, le ministre des Affaires Erangères, Georges Bidault, demande d'étudier la possibilité de se doter de l'armement nucléaire.

A partir de 1954, l'affaire de Suez joue un rôle d'accélérateur et la France se lance sérieusement dans ce projet. Les travaux commencent sous la conduite de P. Guillaumat, nommé ministre des armées en 1958, et du général Ailleret. Pour de Gaulle, la "force de frappe" est l'instrument privilégié de sa politique d'indépendance nationale. De Gaulle voit dans la bombe un instrument diplomatique fondamental : le 13 février 1960, la première bombe A française explose sur la base saharienne de Reggane. De Gaulle estime que la possession d'un armement nucléaire indépendant est la seule condition de l'indépendance d'une grande nation. Pour ne pas compromettre son programme nucléaire (lois-programmes de cins ans), la France refuse de suspendre ses essais en 1963 et ne signe pas le traité de Moscou.

Pourtant, la création d'une force de frappe suscite une grande hostilité : tous les partis, à l'exception de l'UNR, une grande partie de la presse et des intellectuels la critiquent. Ils estiment que la "bombinette" française ne fera jamais le poids par rapport aux moyens soviétiques, que c'est inefficace, trop coûteux et déséquilibré. A l'Assemblée, il faut forcer la main des députés pour que la décision passe par l'usage du 49-3. En fait, les membres du gouvernement rétorqueront que le budget de la Défense est en baisse : en 1960, il représente 28% du budget de l'Etat et en 1969, il passe à 18%. Ils insistent sur les progrès du nucléaire civil, présenté comme l'énergie de l'avenir. Les programme se poursuivent tout au long des années 1960 : en août 1968, la première bombe H française explose à Mururoa (Pacifique). La force aérienne stratégique est effective en 1964. En 1968, est produit le premier missile sol-sol-balistique-stratégique français et la construction de sous-marins nucléaires est lancée. Le développement de la force de frappe ne rallie pas l'opinion, qui reste en majorité sceptique ou critique.

Carole Robert

Éclairage média

Ce reportage est une véritable ode à la première bombe française : les Actualités Françaises se font le vecteur d'information officielle du gouvernement français, par lequel le général de Gaulle - comme à la télévision - communique et justifie ses choix à la nation française alors même que celui de la fabrication d'une bombe française a été remis en cause par une partie de l'opinion. Le reportage insiste beaucoup sur les aspects scientifiques et techniques à l'origine de l'exploit : il évoque en termes précis la transformation de l'uranium pour servir de combustible, etc. Le reportage regorge d'images montrant les hommes au travail, l'effort industriel et scientifique. Le rappel du danger donne aux techniciens et ingénieurs une aura de courage.

C'est toute la puissance de l'industrie française qui est mise en valeur à travers cette succession de plans larges et imposants en plongée sur les extérieurs et de plans rapprochés à l'intérieur avec maints détails. Le commentaire évoque explicitement l'industrie "ultra-moderne" française en présentant en gros plans les détails techniques des différents appareils. La musique est très gaie, presque burlesque. Elle rappelle la mélodie des Temps modernes. Il y a un étonnant décalage entre les séquences montrant la concentration nécessaire au travail des ingénieurs et leur responsabilité nationale, les plans sur les appareils techniques, les précisions des commentaires sur les détails scientifiques et la musique burlesque. Est-ce pour exprimer la joie de ces hommes qui travaillent pour l'indépendance nationale ? Est-ce pour donner au reportage très scientifique et sérieux une légèreté propre à attirer le grand public ? Est-ce pour dédramatiser l'événement, auquel on sait qu'une grande partie de l'opinion est défavorable ? Toujours dans un but documentaire, le reportage utilise des cartes avec des animations (les toutes premières utilisations de telles techniques à la télévision, qui se développeront ultérieurement). Les images de travaux dans le Sahara sont dignes des reportages de propagande communiste : représentation idéalisée des conditions de travail, vision magnifiée des gestes des travailleurs, glorification de l'enthousiasme des ouvriers, techniciens et chercheurs, rapidité et efficacité dans la transformation et l'industrialisation du paysage. Aucune allusion n'est évidemment faite au sort de la population locale, à l'écologie ou au paysage détruits.

La fin du reportage est monté comme un film de suspense : des gros plans fixes se succèdent sur un rythme rapide, comme dans une parodie de western ou de film d'espionnage (très gros plan sur un visage, plans rapprochés des mains, rappels sur l'horloge, le chrono, les pendules, cadrans de contrôle...). La tension dramatique est intensifiée par le seul bruit entêtant du "tic-tac" de l'horloge, sans autre musique. Le commentaire se fait également plus rapide et moins technique : "l'heure H est proche"... Il s'adresse aux spectateurs dans un souci de proximité : l'idée est que le spectateur sente qu'il a la chance unique d'assister à un événement unique. Finalement, le journaliste, en déplorant le manque d'images (protection et secret militaire oblige) de la vue générale sur le choc et les ondes de fumée, se met à la place des spectateurs. Sa conclusion est le miroir parfait du discours du général de Gaulle : "La France a fabriqué sa bombe, seule avec ses seuls moyens".

Carole Robert

Transcription

Journaliste
Le 13, à sept heures du matin, la France faisait éclater sa bombe atomique. Comment fut acquise cette réussite, qui place la France aux côtés des trois Grands atomiques ? Voici l'histoire : Dès 52, le Commissariat à l'énergie nucléaire eut la mission de réaliser l'engin pour l'étude duquel aucune aide étrangère n'était à espérer. Par bonheur, la France dispose d'importants gisements d'uranium. Restait la transformation. L'usine du Bouchet assura cette transformation d'uranium-minerai en uranium-métal, destiné à servir de combustible nucléaire dans les piles de Marcoule. Marcoule était née. D'abord équipée d'une seule pile, G-1. Mais les années suivantes devaient lui ajouter deux grandes piles, G-2 et G-3, chacune d'une puissance de deux cent mille kilowatts chaleur. C'est dans ces trois piles que fut élaboré le plutonium nécessaire. Pour manipuler ce plutonium, corps particulièrement dangereux, furent créés des laboratoires entièrement enterrés dans leurs parties essentielles. Ces laboratoires, de réalisation ultramoderne, comportent des séries de cellules où se poursuivent les travaux sur substance radioactive. Chacune renferme un ensemble d'enceintes spéciales étanches, appelées boîtes à gants, à l'intérieur desquelles les manipulations s'effectuent en atmosphère neutre. Chacun de ces travaux étaient la suite, ou le résultat, d'études faites à l'aide d'accélérateurs de particules des types les plus variés, études rendues nécessaires par le silence des puissances atomiques. L'un de ces problèmes, et le plus délicat peut-être, était le calcul de la masse critique de plutonium destinée à entrer dans la constitution de l'engin, calcul qui nécessita l'emploi de calculateurs électroniques, véritables cerveaux artificiels capables d'effectuer les opérations les plus complexes. Pendant ce temps, et dans le secret le plus absolu, la base de Reggan s'organisait. Il avait fallu, pour établir ce polygone d'expérimentation, une zone très étendue, où sur des milliers de kilomètres carrés toute vie était absente. Le Sud du Sahara remplissait ces conditions de sécurité mieux que les espaces du Nevada, de l'Asie centrale et de l'Australie. En moins de deux années, malgré les difficultés géographiques qui imposèrent la mise en oeuvre de moyens énormes, la base Vie, celle où devaient vivre et travailler les hommes de la Bombe, devait être aménagée et dotée en plein désert d'un confort indispensable à des hommes qui allaient vivre loin de tout. Il fallut, à coups de bulldozers et de camions, faire des terrassements considérables, utiliser d'énormes masses de béton, rechercher les points d'eau et les canaliser, construire logements et laboratoires, équiper électriquement tous les locaux, aménager les lieux de travail et les lieux de repos. Des dizaines de kilomètres de routes furent construits pour le transport du matériel lourd, un grand aérodrome établi pour la mise en place d'un pont aérien permettant d'amener hommes, matériel et ravitaillement. Et Reggan se mit à vivre pour le Jour J. Dans ces laboratoires souterrains, les expérimentateurs purent mettre la dernière main à la finition de la Bombe, pendant qu'à quelques dizaines de kilomètres, d'énormes travaux commençaient à circonscrire le point Zéro. Au milieu, la tour de fer qui supportera la Bombe, autour, les blockhaus des appareils enregistreurs, les enveloppes de béton pour les caméras ultrarapides qui retraceront image par image le développement de l'opération. Afin de tirer tous les enseignements sur les effets de l'expérience, on a exposé autour du point Zéro différents matériels militaires. Tout, désormais, est en place, depuis les équipes de décontamination, jusqu'aux équipes chargées d'opérer avant et après l'opération certains relèvements. Ce n'est plus qu'une question de jours, et bientôt d'heures. Voici maintenant que l'Heure H est proche. Vous vivez dans le blockhaus de la mise à feu la minute solennelle de la première explosion atomique française. Certes, on pourra déplorer la pauvreté des images qui nous ont été fournies sur l'explosion dont on ne verra qu'un panache de fumée. Cela ne retire rien au fait : seule, avec ses seuls moyens, la France a fabriqué sa Bombe.

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