Le premier voyage du pape Jean-Paul II en Pologne

02 juin 1979
05m 11s
Réf. 01616

Notice

Résumé :

Le 2 juin 1979, Jean-Paul II débute son premier voyage en Pologne en se rendant à Varsovie. Des fidèles sont interrogés sur sa venue. Après s'être recueilli devant le tombeau du soldat inconnu, le pape célèbre une messe.

Date de diffusion :
02 juin 1979
Source :
Lieux :

Contexte historique

Le 16 octobre 1978, les cardinaux réunis en conclave à la suite de la mort du pape Jean-Paul Ier élisent Karol Wojtyla, cardinal-archevêque de Cracovie, qui prend le nom de Jean-Paul II. L'élection d'un pape polonais pour la première fois dans l'histoire est perçue par l'Union soviétique comme une menace : le nouveau souverain pontife apparaît très lié aux intellectuels catholiques polonais qui contestent le régime communiste et surtout au cardinal Wyszinski, primat de Pologne, maintenu en résidence surveillée.

Jean-Paul II se rend du reste dès 1979 dans son pays natal, où 90% de la population est de confession catholique: du 2 au 10 juin 1979, à l'occasion du neuf centième anniversaire du martyr de saint Stanislas, le patron de la Pologne, il y effectue un voyage de dix jours. Il reçoit un accueil enthousiaste de la part des millions de Polonais qui assistent aux célébrations durant son séjour. Dès son arrivée, le 2 juin 1979, Jean-Paul II célèbre une messe en plein air à Varsovie durant laquelle il affirme qu'"il ne peut y avoir d'Europe juste sans l'indépendance de la Pologne". Le 4 juin, il se rend à Czestochowa, berceau de la nation polonaise, et le même jour, rencontre Edward Gierek, premier secrétaire du parti communiste polonais. Le lendemain, il préside une conférence de l'épiscopat polonais: il invite les autorités à instaurer "un dialogue authentique qui respecte les convictions des croyants". Après une visite à Cracovie le 6 juin, ainsi qu'un passage dans sa ville natale de Wadowice, puis la célébration d'une messe à Auschwitz, à la mémoire des victimes du nazisme, le 7 juin, son séjour en Pologne s'achève le 10 juin par la célébration à Cracovie d'une messe en l'honneur de saint Stanislas.

A partir de ce voyage éminemment symbolique, le premier d'un pape dans un pays communiste, lors duquel il a invité les Polonais à "ne pas avoir peur", Jean-Paul II joue un rôle essentiel dans la structuration de l'opposition au communisme en Pologne. En août 1980, il suit de très près les grèves de Gdansk, qui marquent la naissance du syndicat libre Solidarnosc (Solidarité), et au cours desquelles les ouvriers accrochent même son portrait sur les grilles du chantier Lénine. Le 15 janvier 1981, Jean-Paul II reçoit au Vatican Lech Walesa, le dirigeant de Solidarnosc, mouvement auquel il apporte également son soutien lors de son interdiction par le général Jaruzelski en décembre 1981. Toutefois, lorsque Jean-Paul II revient en Pologne pour un deuxième voyage en juin 1983, la plupart des opposants sont encore en prison. Il maintient son soutien à Solidarnosc et le réaffirme particulièrement lors d'un troisième voyage en Pologne - il en fait huit en tout durant son pontificat -, en juin 1987. Parallèlement, il ne cesse d'encourager les Eglises catholiques dans l'ensemble des pays communistes et appuie l'effort des dissidents.

Ainsi, quand le mur de Berlin s'écroule en 1989, Jean-Paul II apparaît comme l'un des artisans de l'effondrement du système communiste: par son exemple et son message, il a su offrir un modèle aux mouvements de résistance contre les régimes communistes de l'Europe de l'Est. Mikhaïl Gorbatchev va jusqu'à affirmer que "rien de ce qui s'est passé en Europe de l'Est n'aurait été possible sans la présence du pape".

Carole Robert

Éclairage média

Diffusé dans le journal télévisé de TF1 présenté par Jean-Claude Bourret, ce sujet rend compte de la journée du pape Jean-Paul II à Varsovie à travers deux séquences distinctes, commentées par deux journalistes différents : l'une s'intéresse surtout à la foule des Polonais venus assister à la messe, l'autre est davantage centrée sur la cérémonie religieuse célébrée par le souverain pontife sur la place de la Victoire. Les deux séquences, et plus encore la deuxième, attestent de la ferveur des Polonais à l'égard de Jean-Paul II : le pape est ainsi filmé prenant un bain de foule dans les rues de Varsovie, puis saluant l'assistance depuis un petit car découvert. Si la majeure partie de ce sujet est commentée en off, plusieurs interviews ont également été insérées. Tournées au milieu de la foule qui attend le pape, elles visent à recueillir les impressions de Polonais. Ceux-ci insistent tous sur l'importance de la venue du pape, qualifiée d'"événement historique", et sur leur foi. Aucun n'évoque le régime communiste en place. L'un deux, directement questionné sur le lien entre socialisme et religion, se refuse même à en parler, certainement de peur d'éventuelles répressions par les autorités. A la suite de ce micro-trottoir au sein de la foule des fidèles, la deuxième séquence, plus classique et sobre, présente des images de Jean-Paul II lors de la cérémonie. On n'entend pas le pape s'exprimer, hormis un bref instant à la fin du sujet. Ses principaux propos sont en fait cités et également expliqués par le journaliste.

Carole Robert

Transcription

Journaliste
De Varsovie, l'un des envoyés spéciaux de TF1, Alain Rodier.
Alain Rodier
Treize heures quinze, au coeur de la vieille ville, Jean-Paul II quitte la Cathédrale Saint Jean. C'est le premier bain de foule. Dès cet instant le Pape est en prise directe avec la population des fidèles. Ce n'est plus le chef d'État accueilli solennellement deux heures plus tôt par les autorités gouvernementales que les Polonais acclament ainsi mais Karol Wojtyla, l'homme d'Église, le symbole de leur foi et de leur patriotisme. Ils les expriment avec enthousiasme comme quelque chose de profondément enraciné que les siècles n'ont pu briser, et que rien, aujourd'hui, ne semble pouvoir atteindre. Quinze heure : cette impression se renforce avec l'arrivée des deux cent mille invités venus assister à la Grand Messe, sur la place de la Victoire. Et dans les rues avoisinantes, dit-on, ils sont peut-être près d'un million. Les invités sont filtrés par un innombrable service d'ordre catholique qui applique scrupuleusement les consignes d'ordre, de sérieux et de discipline déversées par les haut-parleurs. Les autorités gouvernementales ont voulu aussi que cette cérémonie soit dédiée au soldat inconnu : geste politique, incontestablement, geste de concertation aussi, mais qui unit de façon plus évidente encore la foi religieuse et le nationalisme polonais.
(Silence)
Inconnu 1
En tant que Polonais, je suis fier qu'un Polonais soit à la tête de l'Église.
Inconnu 2
La venue du Pape à Varsovie me donne envie de pleurer de joie, je l'aime comme mon père.
Journaliste 2
Socialisme et religion sont-ils compatibles selon vous ?
Inconnu 2
Je préfère ne pas parler de politique.
Alain Rodier
On est venu de loin : certains de la frontière russe, d'autres de Silésie, comme cette délégation de mineurs.
Inconnu 3
Ce geste du Pape Jean-Paul II est un véritable évènement historique. C'est la religion en fait qui unit les gens du monde entier.
Journaliste 3
Que représente la religion dans la société où vous vivez ?
Inconnu 4
Je tire tous mes enseignements de la religion. Elle m'indique le chemin que je dois suivre dans la vie.
(Silence)
Bernard Chevallier
Quelques heures après son arrivée à Varsovie, Jean-Paul II a bien donné le ton de sa visite en Pologne. La place de la Victoire, où cinq cent mille personnes, cinq cent mille fidèles s'étaient rassemblés est devenue pour quelques heures une vaste cathédrale en plein air. Jean-Paul II, fils de la terre polonaise et souverain pontife, a été ovationné par ses compatriotes. il a aussi, bien sûr, prié avec eux et s'est recueilli devant la tombe du soldat inconnu. Et en cette veille de Pentecôte, il a célébré la messe : une grandiose cérémonie à l'image de celles que l'ancien archevêque de Cracovie avait l'habitude de présider. Et puis Jean-Paul II, pendant plus d'une heure, a parlé. Il a expliqué que depuis le Concile le Pape ne pouvait plus rester prisonnier du Vatican. S'il est aujourd'hui à Varsovie, demain à Cracovie, c'est parce qu'il a compris qu'il était de son devoir d'accomplir le désir de Paul VI de se rendre en Pologne, un désir jamais réalisé, parce qu'à l'époque le visa lui avait été refusé. Cela dit, Jean-paul II a su trouver les expressions qui sont allées droit au coeur des fidèles : On ne peut exclure le Christ du coeur de l'Homme, dit-il, dans n'importe quelle partie du monde, prenant ainsi une nouvelle fois la défense des droits religieux. A ce moment-là, la foule l'interrompt ; les gens applaudissent, d'autres entonnent des chants. Nous voulons que Dieu soit enseigné à l'école, scandent des fidèles, et quand le Pape, ému, reprend son texte, il martèle : Le Demain polonais ne se fera pas sans le Christ, car sans lui, le Christ, il est impossible de comprendre l'Histoire de la Pologne. Exclure le Christ du coeur de l'Homme, de l'Histoire de l'Homme, c'est détruire l'Homme lui-même. En d'autres termes, Jean-Paul II apporte sa caution au Primat de Pologne et aux soixante et onze évêques qui ont récemment protesté contre, je cite : la chasse du Christ du domicile des Polonais. Le discours du Pape n'est pas un appel à la Guerre Sainte, mais bien une façon d'encourager le peuple polonais à ne pas renier sa foi millénaire. Il est venu ici, a-t-il précisé à son départ de Rome ce matin pour que sa visite renforce aussi l'unité intérieure des Polonais. Sur ce point-là, Jean-Paul II a déjà marqué des points, il reste à voir maintenant comment il contribuera à renforcer les rapports entre l'Église et l'État.