Le voyage du pape Jean-Paul II à Varsovie en juin 1979

10 juin 1979
02m 59s
Réf. 01617

Notice

Résumé :

Le reportage retrace la première journée du voyage du pape en Pologne en 1979 en présence de milliers de fidèles.

Date de diffusion :
10 juin 1979
Lieux :

Contexte historique

Karol Wojtila a 58 ans lorsqu'il est élu pape en 1978. Il succède à Jean-Paul 1er, mort prématurément après 33 jours de pontificat. Le premier pape polonais de l'histoire est appelé Jean-Paul II. Depuis le XVIe siècle, il est le premier pape non italien. Dès le 2 Juin 1979, il fait son premier voyage en Pologne : il se recueille à Auschwitz.

Grand voyageur, Jean-Paul II effectue 243 voyages durant son pontificat : 104 voyages hors d'Italie lui permettent de rendre visite à 129 pays (sur 192 pays dans le monde!). La Pologne est le pays qu'il visite le plus : il s'y rend neuf fois. Ensuite, viennent la France et les Etats-Unis. Le catholicisme est profondément ancré en Pologne : 95% de la population est croyante et catholique. Pendant la période communiste, les rapports entre l'Eglise et l'Etat polonais sont parfois compliqués : en 1959, Gomulka supprime par exemple l'enseignement religieux dans les écoles publiques. Jusqu'en 1967, les relations avec l'Eglise restent très difficiles : ainsi en 1966, le gouvernement polonais refuse de donner son accord à la venue du pape pour la célébration du millénaire de la Pologne. L'année suivante, la situation s'améliore et le Vatican nomme administrateurs apostolistiques les évêques résidant dans les territoires enlevés à l'Allemagne.

Les voyages de Jean-Paul II lui permettent de dénoncer les dérives du monde moderne et de rappeler les positions traditionnelles de l'Eglise (refus du divorce, de la contraception, de l'avortement). Il se pose en défenseur des Droits de l'homme et joue un rôle essentiel dans la structuration de l'opposition au communisme en Pologne à partir de 1979. En effet, l'Eglise catholique polonaise, soutenue par le pape dont l'autorité est incontestée en Pologne, aide activement le mouvement populaire d'opposition de Lech Walesa dans les années 1980.

Carole Robert

Éclairage média

Figure emblématique du journal de 20 heures depuis 1977, Patrick Poivre d'Arvor est en train devenir à la fin des années 1970 une star de l'information télé, qu'il présente sur Antenne 2 depuis l'éclatement de l'ORTF. Constatons d'abord la personnalisation de sa présentation : il parle à la première personne et s'adresse directement aux téléspectateurs avec complicité en utilisant des formulations comme : "ce que je vous avais promis", "je peux vous assurer...", "vous allez voir comment les images peuvent parler". Il donne ses impressions personnelles et précise bien l'originalité du point de vue de sa chaîne: "notre manière à nous de voir".... Il insiste sur la rareté des images d'Antenne 2 et sur le rôle des envoyés spéciaux : "ces images, vous ne les avez vues nulle part ailleurs". Il fait une publicité efficace pour sa chaîne. Il joue de son charme, séduit les téléspectateurs et permet au JT d'Antenne 2 de se hisser en tête des sondages : il est déjà surnommé PPDA.

Il quittera Antenne 2 en 1983 et reviendra présenter le JT sur TF1 après la privatisation de la chaîne. Il sera exposé ensuite à une sur-médiatisation et aux aléas de la "starification" audiovisuelle - scandales, sorties et retours, plébiscite des téléspectateurs... A la fin de sa présentation du voyage du pape, PPDA fait lui-même le bref bilan de l'aspect historique, politique et émouvant de cet événement. Il annonce que les images seront "sans un mot de commentaire", or le reportage qui suit est commenté par une voix off... Le reportage est filmé caméra à l'épaule, le journaliste et le cadreur sont proches des gens, au milieu d'eux. Le commentaire est délibérément sobre, comme il est approprié au sujet, mais cependant empli d'une tension impliquant l'émotion des téléspectateurs. Les phrases sont hachées, brèves, rythmées délibérément : "enfin, il apparaît", "pleins de ferveur, ils attendent", "il est 15 heures, ils sont plus de 800 000" etc.

Le journaliste choisit d'intensifier la proximité entre les téléspectateurs et les Polonais, en proposant une multitude de très gros plans sur les visages des gens. Il compose une série de portraits émouvants de gens du peuple de tous âges. Caméra à l'épaule, le cadreur passe d'un visage à l'autre par un mouvement panoramique. Les regards (en très gros plans) sont mis en valeur, pour exprimer l'émotion des fidèles comme pour transmettre au téléspectateur la force de la foi partagée. Jouant sur la continuité du discours du pape en voix off, la caméra passe à un plan rapproché du pape sur un écran de télévision : cela permet aux téléspectateurs de situer concrètement le lieu où se trouvent les envoyés spéciaux. Ce procédé rapproche habilement le téléspectateur des journalistes sur le terrain, véritables personnages invisibles mais présents. Le reportage offre également une vue en plongée sur la foule, permettant de mesurer sa densité. La lumière est très présente et utilisée symboliquement dans ce reportage. Les plans du départ - la croix en contre-plongée et en contre-jour, les mains des ouvriers - sont filmés à l'aube avec un original jeu sur les rayons de lumière qui traversent l'image et prennent une dimension mystique. La lumière du soir bleutée participe au changement d'ambiance et transmet un sentiment de douceur lié à l'attente de la messe du lendemain. Remarquons enfin que le reportage se focalise sur le déroulement de la journée, sur l'émotion de la foule, sans analyser le contexte politique - à part quelques plans sur les miliciens polonais.

Carole Robert

Transcription

Patrick Poivre d'Arvor
J'en arrive maintenant à ce que je vous ai promis au début du journal, c'est-à-dire à notre manière à nous de vous raconter le voyage du Pape qui vient de s'achever il y a deux heures et demie. Pour en avoir vécu la première partie, je peux vous assurer que j'ai eu l'impression de participer à un moment historique, éminemment politique et en même temps terriblement émouvant. Et tout cela je crois que vous allez le ressentir dans ce reportage réalisé par notre envoyé spécial, Christian Hirou, sans un mot de commentaire. Vous allez voir combien les images peuvent parler. Ces images, vous les avez vues nulle part ailleurs, elles n'ont qu'un très lointain rapport avec les plans officiels de la télévision polonaise, tout a été regardé par Christian Hirou, Michel Ducep et Serge Taochy, dans la coulisse.
(Silence)
Christian Hirou
Dans moins de six heures, Jean-Paul II, le Pape polonais, célèbrera sa première messe à Varsovie.
(Silence)
Christian Hirou
Dans le centre historique de Varsovie, on amène les oriflammes. Contrôles, restrictions, rien n'y fait : tout le Varsovie catholique converge vers la place des Victoires.
(Silence)
Christian Hirou
Comme des milliers d'autres, pleins de ferveur, stoïquement, ils attendent depuis sept heures du matin. Enfin, il apparaît. il est quinze heures, ils sont plus de huit cent mille sur la place des Victoires.
(Silence)