Le coup de Prague en avril 1948

04 mars 1948
01m 15s
Réf. 01622

Notice

Résumé :

Le reportage relate les journées qui ont vu les communistes pro-soviétiques prendre le pouvoir en Tchécoslovaquie.

Type de média :
Date de diffusion :
04 mars 1948

Contexte historique

Le "coup de Prague" regroupe l'ensemble des opérations par lesquelles le parti communiste tchécoslovaque prend le pouvoir le 25 février 1948. Edouard Benes a démissionné de son poste de président en octobre 1938 pour protester contre les accords de Munich. Il s'est réfugié aux Etats-Unis puis à Londres pendant la Guerre afin d'échapper aux nazis. Il y est président du gouvernement tchécoslovaque en exil. Il signe avec Moscou dès 1943 un accord sur l'administration des territoires libérés afin de préserver l'indépendance nationale de la Tchécoslovaquie.

L'Assemblée issue des élections de mai 1946 le confirme à la présidence de la République (18 juin 1946). Les communistes obtiennent 38% des voix et deviennent le premier parti du pays. Benes constitue donc un gouvernement de coalition, présidé par le communiste Gottwald. L'URSS oppose son veto à l'adhésion de la Tchécoslovaquie au plan Marshall en juin 1947. Cela ébranle l'union établie à la libération du pays par l'armée rouge. La police est noyautée par des communistes qui provoquent la démission de onze ministres, taxés de "bourgeois", le 20 février 1948. Le parti communiste organise ensuite d'immenses manifestations et procède à de nombreuses arrestations, afin de former un nouveau gouvernement composé seulement de communistes pro-soviétiques et de sympathisants. Après ce coup de force communiste, Benes n'est plus qu'un otage et il refuse de signer la nouvelle constitution de mai 1948. Il donne sa démission en juin 1948 et meurt trois mois plus tard.

La Tchécoslovaquie fait désormais partie du Bloc de l'Est : dès 1949, l'Etat entre en conflit avec l'Eglise catholique. L'économie se spécialise dans le matériel d'équipement lourd et dans l'armement. Cependant parmi les intellectuels tchécoslovaques, et même au sein de la Direction communiste, des luttes de tendance se font rapidement entendre. Le stalinen Novotny, président de la République en 1957 (après Gottwald et Zapotocky), se trouve aux prises avec un groupe de libéraux menés par Alexandre Dubcek, premier secrétaire du Parti communiste slovaque. En janvier 1968, Novotny démissionne et est remplacé par Dubcek. Malgré l'élection à la présidence de la République du général Svoboda, ancien combattant aux côtés des troupes soviétiques, l'URSS désapprouve les mesures libérales instituées par Dubcek - suppression de la censure, libération des écrivains emprisonnés, réhabilitation des victimes de la période stalinienne, autorisation des voyages à l'étranger, adoucissement de l'attitude envers l'Eglise, réforme des statuts du Parti, droits à des minorités contestataires, généralisation du vote secret, limitation de la durée d'exercice du pouvoir.

Ce printemps de Prague suscite un immense enthousiasme, mais l'armée rouge et les troupes du Pacte de Varsovie envahissent la Tchécoslovaquie avec 300 000 hommes. Ils se heurtent à la résistance passive de la population et dans la nuit du 20 au 21 août, les dirigeants tchécoslovaques sont emprisonnés puis libérés, mais soumis à la tutelle soviétique. L'armée soviétique reste en Tchécoslovaquie. En 1969, une politique d'épuration du Parti mène à l'exclusion des libéraux dont Dubcek...

Carole Robert

Éclairage média

Dans ce reportage des Actualités Françaises, les images sont manifestement filmées par les équipes tchécoslovaques : elles montrent la foule de façon grandiose, à travers des panoramas en plongée, des plans fixes et quelques plans rapprochés enthousiastes. La sortie des usines est également filmée de manière à mettre en valeur la détermination des ouvriers. La vue en contre-plongée sur les ouvriers portant le drapeau rouge est également très représentative de la volonté de propagande de ces images : c'est la puissance populaire qui s'exprime dans ce plan, suivi dans un montage rapide et efficace de plongées sur la foule et d'un vaste panorama. Les plans rapprochés sur les drapeaux et sur les manifestants qui crient, entrecoupés de vues générales sur la foule sont caractéristiques de la façon de filmer des manifestations officielles.

Ce qui est intéressant, c'est que le commentaire en voix off tente de donner à ces images de propagande un sens différent - à savoir un point de vue décalé, voire une critique, de ce coup de Prague. Le commentaire est, certes de façon discrète, engagé contre la politique communiste de Gottwald, et empli de compassion pour Benes. On sent qu'il cherche à faire comprendre au public français l'aspect organisé, même dirigé, de la manifestation à travers les mots ; "en bon ordre", "à l'appel du parti communiste", "le ministre Gottwald, leur chef". Il affirme clairement l'objectif de Gottwald : "dans le but d'éliminer les ministres non communistes". Ensuite, les images officielles de la signature par le président Benes sont accompagnées d'un commentaire plus intime. Le ton se fait plus doux lorsqu'il s'agit de Benes. S'attachant à des aspects personnels, le journaliste relate que Benes, "très touché, s'est retiré dans sa maison"... Il y mourra trois mois plus tard. Insistant sur l'importance de l'événement, le journaliste met en valeur les Actualités Françaises, capables de transmettre les événements qui sont le point de mire du monde : "l'attention du monde reste fixé sur Prague".

Carole Robert

Transcription

Journaliste
La crise tchécoslovaque est finie. A l'appel des sirènes, les ouvriers rassemblés par le parti communiste se sont rendus en bon ordre au rendez-vous que leur avait donné, sur la place de l'Hôtel de Ville, le Ministre Gottwald, leur chef. Les Actualités françaises présentent ici le film de ces journées pendant lesquelles les yeux du monde entier furent, comme en 1938, fixés sur Prague. Du balcon de l'Hôtel de Ville, Monsieur Klement Gottwald, dans le but d'éliminer les ministres non communistes, a appelé ses partisans à l'état d'alerte, et pressé la création de comités chargés d'appuyer son action. Au Hradcany, palais des anciens souverains, le Président Benes, après de longues hésitations, a accepté la formation d'un gouvernement dirigé par le Parti Communiste. Très touché par cette crise, il s'est ensuite retiré pour quelques jours dans sa maison de [Tobor]. Cependant, l'attention du Monde reste fixée sur Prague.