Les derniers jours du blocus de Berlin

12 mai 1949
01m 31s
Réf. 01625

Notice

Résumé :

Le reportage montre différentes scènes de la vie contrastée à Berlin en 1949 et termine sur la levée officielle du blocus.

Type de média :
Date de diffusion :
12 mai 1949
Lieux :

Contexte historique

Dès l'hiver 1947-1948, les Alliés se résignent à la division de l'Allemagne en quatre zones. Mais les réunions des Quatre sont conflictuelles et les négociations semblent impossibles. Des violents débats sur l'interdiction du parti socialiste dans les zones occidentales et sur une déclaration polono-tchéco-yougoslave amènent le Conseil des Quatre à abandonner toute tentative de réunion.

Le 18 Juin 1948, sans en discuter avec les Soviétiques, les occupants américains, britanniques et français créent dans leur trizone une nouvelle monnaie, le Deutsch Mark, afin de juguler l'inflation. Le 23 Juin, les Soviétiques introduisent à leur tour une nouvelle monnaie dans leur zone tout en bloquant électricité et charbon dans le secteur occidental de Berlin. Le lendemain, ils bloquent toute circulation par route, chemin de fer et canal qui relient Berlin au reste de l'Allemagne.

Le 26 Juin, Truman décide de faire ravitailler la ville par air, sous le commandement du général Clay, jusqu'à ce qu'une solution diplomatique soit trouvée. Le 28 juin, 150 avions atterrissent sur l'aérodrome de Tempelhof avec 400 tonnes de ravitaillement, le trentième des besoins quotidiens des habitants. Les Soviétiques n'essayent pas d'intercepter les avions, pensant avoir trouvé la solution pour faire disparaître Berlin comme poste avancé de la zone occidentale. Le transport aérien s'organise : le 20 Juillet, le volume acheminé quotidiennement atteint 2400 tonnes et la population berlinoise supporte un rationnement draconien. Selon Clay, qui refuse d'abandonner Berlin aux mains des Soviétiques, pour être efficace, le pont aérien doit s'intensifier et passer à 4500 tonnes par jour. Au cours de l'automne 1948, dans Berlin, la vie économique s'organise : les avions transportent même une centrale électrique en pièces détachées et le charbon pour l'alimenter. Le pont aérien s'intensifie avec la participation de la Grande-Bretagne, de pilotes d'Australie, du Canada, d'Afrique du Sud, de Nouvelle-Zélande, et dans une moindre mesure, de la France. Hommes politiques et intellectuels occidentaux se succèdent à l'aérodrome pour manifester leur soutien. Le 5 décembre, la ville assiégée réitère son soutien à Ernest Reuter, social-démocrate.

La ville devient le symbole du combat pour la Liberté. Au cours des onze mois de blocus, le pont aérien livre à Berlin 2 millions et demi de tonnes de marchandises, au cours de quelques 275 000 vols. Il cause la mort de 39 aviateurs anglais, de 31 américains et de 9 civils et coûte aux Etats-Unis 350 millions de dollars, 17 millions de livres à la Grande-Bretagne et 150 millions de Deutsch Mark au peuple allemand. Les Soviétiques prennent conscience de l'échec du blocus et début mai ils annoncent la levée du blocus pour le 12. Le pont aérien est réellement levé quelques mois plus tard (30 septembre).

Carole Robert

Éclairage média

Ce reportage des Actualités Françaises est très littéraire. Il comporte de nombreuses figures de style. De plus, le reportage témoigne d'une véritable recherche dans les effets d'images. Les plans fixes, photographiques, très bien cadrés sont riches en effets divers - humour, compassion pour les enfants des rues.

Des tentatives d'effets de mouvements de caméra se succèdent également, comme le premier plan, en plongée vue d'un avion, de nombreux pano dans la rue, le plan où la caméra tourne dans un effet de danse, parallèle au jazz. Il montre des séries de scènes de rue, de vie quotidienne, de misère et de fête. Le commentaire refuse d'accepter l'idée d'une véritable joie malgré la gaieté affichée des danseurs de jazz. Il insiste sur les contrastes et rappelle la défaite : on sent que la guerre n'est pas loin. Il est peu question des Américains et des Anglais dans ce reportage pourtant consacré au blocus.

La fin est très lyrique et pleine d'espoir : "le jour se lève sur Berlin", "la crise s'apaise", "paix européenne". Les images symboliques sur le départ du train, montées très rapidement, véritable enchaînement de plans rapprochés en contre-plongée, renforcent cette idée de changement et d'espoir.

Carole Robert

Transcription

Journaliste
Berlin et ses ruines, depuis juin 1948, vivent coupés du reste de l'Europe, depuis juin 1948, les aires de pauses sur les routes et les voies ferrées qui relient Berlin au reste de l'Allemagne. Et dans la ville même, où la vie continuait tant bien que mal, en dépit de la barrière qui s'élevait entre l'Est et l'Ouest, les charges du blocus venaient s'ajouter au climat de la défaite pour faire de l'ex-capitale allemande une ville de contrastes où les étalages de luxe faisaient mieux ressortir encore la misère de la population. Dans les caves des maisons délabrées, dans des boîtes au décor de stuc, une jeunesse sans travail et sans espoir s'adonnait avec frénésie aux rythmes sans joie d'un jazz dont les échos martelaient les jeux des gosses de la rue. Et la silhouette du mutilé de guerre augmentait encore l'atmosphère de misère et de mort de Berlin bloqué. Mais aujourd'hui, le jour se lève sur Berlin après les résultats de la conférence de New York, où Monsieur [Jasup], Monsieur [Malick], Monsieur [Cadogan] et Monsieur [Chondel], représentant de la France, se sont mis d'accord pour que prenne fin l'état de choses qui condamnait Berlin à l'étouffement. La crise s'apaise entre l'URSS et les Occidentaux. On répare les voies ferrées, les trains déjà sont sous pression, et bientôt la solution du problème de Berlin marquera une étape décisive vers la paix européenne.