Le système monétaire européen (SME)

12 mars 1979
01m 37s
Réf. 01631

Contexte historique

Dès décembre 1969 à La Haye, les Six décident de mettre au point un plan d'Europe économique monétaire. Le dossier est confié au premier ministre luxembourgeois Pierre Werwer, qui rédige un rapport à partir duquel est envisagée la création d'une union économique monétaire européenne. La crise des années 1970 rend les pays européens méfiants.

La rupture du système de Bretton Woods (fonds monétaire international et banque internationale mis en place en juillet 1944 pour la reconstruction et le développement) en 1972 conduit les Six à créer le "serpent" monétaire qui limite les fluctuations des monnaies européennes entre elles. A l'instigation du président français et du chancelier allemand, le Conseil européen d'avril 1978 décide d'adopter un nouveau mécanisme : le SME (système monétaire européen). Y est instituée une monnaie de compte, l'écu, qui est définie par un "panier" de monnaies nationales, en fonction de la place que tient l'économie de chaque Etat dans l'ensemble communautaire (le franc constitue par exemple 19,8% de l'écu). C'est par rapport à l'écu qu'est établie une grille limitant les variations de change des monnaies européennes entre elles. Les banques centrales sont tenues d'intervenir chaque fois qu'une monnaie du SME est en passe de sortir de ces limites.

Au prix de certains réajustements, le SME va maintenir une certaine stabilité monétaire dans l'Europe communautaire au cours des années 1980 (alors que le dollar connaîtra d'amples variations). La question de la monnaie unique européenne ne cesse de susciter la critique, aussi bien de la part d'experts (notamment anglo-saxons), que de nombres d'hommes politiques européens. Pourtant, conformément au calendrier prévu, la monnaie unique pourra être lancée le 1er janvier 1999. Elle prendra le nom d'euro, le mot écu ayant été récusé par les Allemands. Le 1er janvier 2002, les billets et pièces d'euro rentrent en circulation. En 2009, la zone euro comprend seize Etats.

Carole Robert

Éclairage média

Ce reportage est intéressant car il a une véritable vocation pédagogique : il s'agit d'expliquer au grand public le nouveau système économique du SME. La télévision sert là d'outil d'éducation civique national puisque le reportage a pour objectif d'aider les Français à comprendre et à s'adapter au SME. Le ton du journaliste est d'ailleurs assez professoral, calme et régulier. Le texte est structuré comme un cours, en plusieurs parties et sous-parties, dont les grands points apparaissent même à l'écran dans une démarche didactique évidente. L'explication répond à des questions que pose lui-même le journaliste pour étayer sa conférence : "qu'est-ce qui va changer ?", annonce-t-il.

A l'image par contre, les plans sont extrêmement répétitifs et sans grand intérêt : des séquences à la bourse, des agents de change au travail, des gros plans sur des billets de banque, des panoramiques sur les cours des monnaies... Ces images filmées n'ont qu'une vocation de remplissage et d'illustration du cours afin de rendre le propos, qui peut être rébarbatif, plus attrayant. Notons toutefois qu'en plus de son côté éducatif, le reportage est clairement favorable au SME : la dernière phrase sur le rôle du SME - "Europe protégée contre les à-coups du dollar, pour protéger sa croissance" - en est la preuve frappante. Il s'agit d'un relais médiatique efficace du discours officiel qui légitime la décision de la France d'adopter le SME.

Carole Robert

Transcription

Journaliste
Techniquement, tout est prêt sur les marchés d'échange internationaux pour le démarrage, demain, de l'Europe monétaire. D'autant que depuis trois mois, le gouvernement français agissait comme si le franc était déjà entré dans le système. Qu'est-ce qui va changer ? Modification essentielle : le franc, qui flottait depuis 1976, aura une valeur fixe à l'égard des autres monnaies européennes, sauf la livre britannique, et cela quelles que soient les variations du dollar. Ainsi le mark vaudra deux francs trente et un, c'est le cours constaté ce matin à onze heures sur les marchés d'échange internationaux. Techniquement, trois éléments essentiels. Un : le taux de change des monnaies européennes sera défini par rapport à un étalon de référence. La valeur moyenne d'un palier de devises qui est précisément le fameux ECU, unité de compte européenne. Deux : le partage des responsabilités. Lorsque les monnaies s'écarteront de plus de deux vingt-cinq pour cent de leur taux de change, par exemple hausse du mark et baisse du franc, ce sera à la fois à l'Allemagne et à la France d'agir. Pour éviter la hausse du mark l'Allemagne devra en vendre, accélérer son économie ou réévaluer sa monnaie, et en sens inverse la France devra soutenir le franc, corriger les déséquilibres, et en cas d'échec, dévaluer. Trois : pour défendre les taux de change et endiguer la spéculation, les Européens pourront puiser dans une caisse de secours de cent quarante milliards de francs en devises, un véritable trésor de guerre. Au-delà de la technique, le nouveau système exigera de la France une gestion rigoureuse, lutte contre l'inflation et le déficit extérieur, mais en contrepartie, il veut permettre à une Europe protégée contre les à coups du dollar d'accélérer sa croissance.