L'entrée de l'Espagne et du Portugal en Europe

01 janvier 1986
03m 58s
Réf. 01632

Notice

Résumé :

L'entrée en 1986 du Portugal et de l'Espagne dans la Communauté économique européenne modifie les relations commerciales entre les pays de la péninsule ibérique et les pays qui sont déjà dans l'union européenne, en particulier la France.

Date de diffusion :
01 janvier 1986
Source :

Contexte historique

L'Europe s'est élargie progressivement au cours des cinquante dernières années. C'est au sommet de La Haye en décembre 1969 qu'est accepté le principe de l'entrée de la Grande-Bretagne dans le marché Commun. Après un vote décisif du Parlement britannique le 28 octobre 1971, l'Europe des Six (France, Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg, Belgique, Italie) devient l'Europe des Neuf (entrée de la Grande-Bretagne, du Danemark et de l'Irlande).

Le sommet de Paris d'octobre 1972 décide de réaliser de façon irréversible l'union économique et monétaire. En 1981, la CEE accueille la Grèce. L'entrée de l'Espagne suscite bien des réticences : en France, pêcheurs et paysans méridionaux, relayés par une partie du monde politique, manifestent leur opposition. Il existe moins de contentieux avec le Portugal, mais il est décidé de lier le sort des deux Etats candidats. Les questions des fruits et légumes et celles du vin sont réglées et, le 1er janvier 1986, l'Espagne et le Portugal sont membres de la CEE.

La chute de l'Europe de l'Est en 1989 modifie les données de la CEE, qui intègre l'ex-Allemagne de l'Est dès 1990. L'OSCE (organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) se renforce. L'année 1995 voit l'adhésion de la Suède, de l'Autriche et de la Finlande. Les candidatures se multiplient : des dizaines de pays veulent appartenir à l'Union Européenne. Des discussions et des négociations intergouvernementales aboutissent au traité d'Amsterdam signé par les quinze pays de l'Union Européenne en octobre 1997. Entré en vigueur le 1er mai 1999, il augmente le nombre de domaines dans lesquels le Conseil de l'Europe peut statuer à la majorité qualifiée, il planifie l'évolution de la politique étrangère et de sécurité commune et fixe l'année d'adoption de la monnaie unique pour 11 pays de l'Union à 2002 - après une période transitoire.

Une nouvelle étape vers l'élargissement de l'Europe aux ex-pays de l'Est est engagée en 1997 : elle concerne la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque, la Slovénie, la Slovaquie, les Pays Baltes, ainsi que Malte et Chypre. Le sommet de Nice en décembre 2002 vote une nouvelle extension des domaines du Conseil et fixe le nombre de voix de chaque pays au sein du Conseil. Le 28 février 2002, la Convention pour l'avenir de l'Europe se réunit sous la direction de Valéry Giscard d'Estaing. Il en résulte le projet constitutionnel du 13 Mai 2003, voté par 25 chefs d'Etat, qui échoue en décembre à Bruxelles. Malgré tout, le 1er mai 2004, les dix pays candidats sont intégrés dans l'Union Européenne.

Carole Robert

Éclairage média

Le présentateur de France 3 insiste sur les polémiques liées à l'entrée de l'Espagne et du Portugal dans l'Europe. Le reportage commence par des images de paysages ruraux - zoom arrière sur des paysages ruraux, plans larges. Les images, souvent sans grand intérêt (tomates, usines...) illustrent un commentaire qui évoque les risques de concurrence économique pour les agriculteurs français. Dans l'usine agricole, le reportage s'enrichit de l'interview d'un gérant sur le terrain. Le reportage donne la parole à des "spécialistes", à des gens qui sont confrontés directement au problème afin de prouver au téléspectateur l'impartialité de sa démarche.

En fait, en laissant au téléspectateur français la possibilité d'entendre les inquiétudes sociales, le reportage peut se permettre de montrer les conséquences économiques positives pour la France. Si les inquiétudes dans les deux pays (sur les fruits, le vin et la pêche) sont exprimées et les polémiques évoquées, c'est pour mieux mettre en avant l'aspect positif de l'événement. C'est en effet une note positive que choisit de privilégier le journaliste : les problèmes économique sont relayés en second plan derrière l'avancée politique que représente l'entrée de l'Espagne et du Portugal en Europe.

Le message latent du reportage est donc conforme au discours officiel français favorable à l'entrée de l'Espagne et du Portugal dans l'Europe. En effet, depuis l'arrivée au pouvoir de F. Gonzales à Madrid, Mitterrand est d'autant plus porté à accepter l'adhésion des deux pays ibériques qu'ils sont dirigés par des socialistes.

Carole Robert

Transcription

Journaliste
Depuis hier soir minuit, l'Europe compte officiellement deux pays de plus, l'Espagne et le Portugal. En rentrant dans le club des démocraties européennes, ils vont apporter cinquante millions d'habitants de plus, et quelques problèmes supplémentaires également. A dire vrai, le Portugal, lui, n'en pose guerre, mais l'arrivée de l'Espagne, en revanche, continue de susciter beaucoup de polémiques, et surtout en France. Cela dit, du côté espagnol, tout le monde n'applaudit pas non plus. L'adhésion est importante sur le plan politique, mais les industriels espagnols, par exemple, craignent la concurrence en ouvrant leurs frontières. Claude Guéneau.
Claude Guéneau
Il y a dix ans, cette plaine du sud de l'Andalousie, entre sierra et Méditerranée, servait de décor de cinéma pour les westerns. Aujourd'hui, grâce à l'irrigation, c'est un véritable océan de neuf mille hectares de serres. On y fait deux récoltes et demi de tomates par an. C'est cette Espagne là qui fait peur aux producteurs français de fruits et légumes. Ils craignent de ne pouvoir résister à cette concurrence venue du sud. Car l'Espagne, en plus du soleil, c'est aussi des coûts de production très bas, en raison d'une main d'oeuvre bon marché. Et maintenant, avec son adhésion, l'Espagne va surmonter son principal handicap, celui des barrières douanières qui vont progressivement disparaître.
Juan Antonio Petit
Des avantages, nous allons en avoir, car nous ne serons plus obligés de payer d'importants droits de douane, comme à présent. Nous ne serons pas sujets à des contingentements pour certains produits comme les tomates et les concombres, et nous ne serons pas soumis à des montants compensatoires d'entrée qui sont répercutés fortement sur les producteurs de cette région.
Claude Guéneau
Le dossier des fruits et légumes est, avec celui du vin, le plus épineux. Cependant, pour estomper le choc et permettre aux producteurs français de s'adapter, on a fixé à dix années la période transitoire avant que les produits espagnols ne puissent circuler librement en Europe. Mais de l'autre côté des Pyrénées, on a aussi des inquiétudes, en particulier chez les éleveurs et les céréaliers.
Manuel Marin
La Communauté peut poser des problèmes énormes à l'agriculture espagnole dans le domaine des produits continentaux, surtout dans le domaine laitier, dans le domaine de la viande et dans le domaine des céréales, dont nous sommes tout à fait déficitaires.
Antonio Teran
L'Espagne est déficitaire dans la production de lait, la France elle a des excédents terribles. Je pense donc que là il y a deux points complémentaires que la France va sortir gagnante.
Claude Guéneau
Et également les céréales ?
Antonio Teran
Les céréales aussi, l'Espagne elle est déficitaire, elle importe beaucoup de céréales, donc c'est un marché potentiel très important.
Claude Guéneau
Si dans le domaine agricole, l'Espagne a globalement beaucoup à gagner, côté industrie, les avantages sont moins nets. Jusqu'alors, les entreprises espagnoles vivaient à l'abris de droits de douane très élevés. La fin de ce protectionnisme sera très dur pour beaucoup de secteurs industriels espagnols peu performants. Tandis que le chômage, qui est le plus élevé d'Europe, risque encore d'augmenter.
Antonio Teran
L'Espagne a obtenu des délais raisonnables pour éviter le drame dans l'industrie. Néanmoins, il est à craindre que certains secteurs espagnols vont souffrir beaucoup les premières années.
Manuel Marin
Dans le domaine industriel, nous, les Espagnols, nous devons faire un effort énorme étant donné que nous sommes beaucoup moins compétitifs que la moyenne de certains membres actuels de la communauté.
Claude Guéneau
Pour rattraper ce retard, la France va donc devoir accélérer la modernisation de son industrie. Dans le même temps, les produits allemands, italiens et français vont pénétrer plus facilement les marchés ibériques.
Antonio Teran
La direction de la [prévision] en France estime que la France peut augmenter ses exportations vers l'Espagne, exportation industrielle, de produits industriels, de cinquante pour cent, ce qui représente neuf milliards de nouveaux francs supplémentaires.
Claude Guéneau
Finalement, pour l'Espagne, son adhésion au marché commun représente un pari, dans lequel elle a peut-être plus à perdre qu'à gagner. Mais c'est pour elle très important sur le plan politique. Elle s'intègre ainsi dans le cercle des démocraties européennes. Il lui faudra cependant attendre encore dix années, la fin d'une période de transition, pour être membre à part entière de l'Europe.