L'enclave musulmane de Gorazde

17 juillet 1995
02m 31s
Réf. 01640

Notice

Résumé :

L’enclave de Gorazde constitue le symbole de la résistance musulmane aux attaques serbes. Pendant plus de trois années, malgré les tentatives de protection internationale, ses habitants vivent dans des conditions d’hygiène et de sécurité précaires.

Date de diffusion :
17 juillet 1995
Personnalité(s) :

Contexte historique

Le déclenchement de la guerre en Bosnie Herzégovine en avril 1992 est marquée par une très rapide progression des forces armées des Serbes bosniaques, qui en près de trois mois, contrôlent 70% du territoire. Seules subsistent alors quelques enclaves musulmanes qui subissent le feu des troupes serbes. Le 6 mai 1993, le Conseil de Sécurité de l’ONU crée 6 "zones de sécurité" (Sarajevo, Bihac, Tuzla, Zepa, Srebrenica et Gorazde), protégées par les casques bleus de la Forpronu, ce qui n’empêche la continuation des offensives serbes.

Le 4 avril 1994, l’armée serbe lance une offensive contre la zone de sécurité de Gorazde, et l’OTAN réplique en bombardant le 10 avril les positions serbes autour de la zone de sécurité. Les Serbes parviennent à prendre Srebrenica le 10 juillet et Zepa le 25 juillet, ce qui fait de Gorazde le symbole de la résistance musulmane à la force militaire serbe. C’est en effet la seule "zone de sécurité" musulmane de Bosnie orientale, forte de 60 000 personnes dont 30 000 réfugiés, qui ne tombe pas entre les mains des nationalistes serbes, malgré l’abandon des casques bleus en août 1995, et l’opiniâtreté serbe qui souhaite dégager la route d’accès vers Sarajevo.

Les bombardements privent les habitants de Gorazde d’électricité et d’eau courante, condamnant les enclavés à vivre dans des conditions d’hygiène très précaires. Ce n’est que le 17 octobre 1995, après trois ans de bombardements et de pénurie, que Gorazde accueille le premier convoi humanitaire en provenance de Sarajevo. Les accords de Dayton signés à Paris le 14 décembre 1995 entérinent la division de la Bosnie en une fédération croato-musulmane et une République serbe, où Gorazde reste enclavée au fond d’un corridor montagneux.

Les dissensions entre l’ONU et l’OTAN d’une part et les lenteurs de l’action humanitaire en faveur des habitants de Gorazde d’autre part, mettent en lumière les difficultés inhérentes à l’action de la communauté internationale au coeur d’un conflit armé.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage explique de manière claire la situation fort compliquée de l’enclave de Gorazde au cours de la guerre de Bosnie. Des cartes animées permettent tout d’abord de comprendre comment cette ville s’est retrouvée encerclée par les troupes serbes, et en quoi sa situation géographique en fait un enjeu stratégique majeur pour les Serbes. En adoptant tour à tour le point de vue des soldats serbes mitraillant ou bombardant la ville, puis celui des musulmans de Gorazde, il met en lumière la violence des combats. Les images des habitants de Gorazde coupant du bois pour se chauffer, et surtout les plans consacrés aux blessés et mutilés de la ville sont délibérément choquants et suscitent la compassion envers ces habitants encerclés victimes du feu serbe. Enfin, il souligne avec habileté les difficultés inhérentes à l’action de la communauté internationale. Les dissensions entre l’OTAN et l’ONU sont stigmatisées tandis que l’inefficacité de l’action internationale et ses erreurs sont critiquées. Il importe de préciser que les massacres de Srebrenica ne sont pas encore connus de l’opinion internationale.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
Après Srebrenica, la communauté internationale semble avoir fait son deuil de Zepa pour faire porter ses efforts sur la troisième enclave musulmane, située dans l'Est de la Bosnie, l'enclave de Gorazde, où soixante mille musulmans sont protégés par quelques centaines de casques bleus britanniques et ukrainiens. Une enclave qui, elle non plus, n'est pas à l'abri d'une attaque serbe, les explications de Stéphane Manier.
Stéphane Manier
A l'aube de la guerre en Bosnie, bien des villes à majorité musulmanes auraient pu devenir des enclaves. Mais au fur et à mesure de l'avancée des troupes serbes, seules trois poches de résistance musulmanes ont réussi à survivre à l'Est de Sarajevo, Srebrenica, tombée la semaine dernière, Zepa, sur le point de tomber, et Gorazde. Gorazde est de loin la plus importante de ces enclaves, en surface et en nombre d'habitants : soixante mille dont beaucoup de réfugiés des villages voisins venus s'abriter des combats. Les Serbes ont essayé maintes fois de la conquérir. Pilonnée dès juillet 92, l'ONU avait alors voté une résolution pour y faire passer les convois d'aide humanitaire par la force. Que l'ONU et l'OTAN se disent près à intervenir militairement pour défendre Gorazde avait fait de la ville un symbole. Les attaques s'étaient ralenties en 1993, et en février 1994, l'ONU avait réussi à interdire les armes lourdes dans un rayon de vingt kilomètres autour de six zones protégées, dont Gorazde. Ce sera sans doute la plus grosse erreur de l'ONU, car pour surveiller ces armes lourdes, les casques bleus avaient dû se disperser dans de multiples endroits, parfois très éloignés de leur base. Ils devenaient des otages potentiels. C'est d'ailleurs à Gorazde encore que les Serbes vont tester cette faiblesse de l'ONU. En avril 94, ils repartent de plus belle à l'assaut de la ville. On parle de centaines de morts, de milliers de blessés, l'OTAN menace d'intervenir. L'ONU l'en empêchera au prix d'une reculade. Le nombre de casques bleus est limité, les bosniaques sont partiellement désarmés et l'ONU accuse les Musulmans d'avoir exagéré le nombre de victimes et de ne pas avoir défendu la ville pour provoquer une intervention militaire. Gorazde est aujourd'hui plus que jamais un enjeu majeur de cette guerre. D'abord parce que la route qui la relie à Sarajevo contrôle l'accès à tous les territoires serbes du Sud. Ensuite parce qu'elle possède une usine d'armement et parce que huit cents casques bleus, dont deux cents Britanniques, y sont stationnés. Et enfin parce que son encerclement mobilise des troupes serbes qui sont indispensables à la conquête de Sarajevo.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque