Dubcek et Havel à la tête de la Tchécoslovaquie

29 décembre 1989
02m 07s
Réf. 01645

Notice

Résumé :

Aux côtés d'Alexandre Dubcek, élu président de l'Assemblée fédérale, Vaclav Havel est élu président de la République.

Date de diffusion :
29 décembre 1989
Date d'événement :
28 décembre 1989

Contexte historique

Le "printemps de Prague" de 1968, tentative de "socialisme à visage humain", mené par Alexandre Dubcek et réprimé par l'Armée Rouge et les troupes du Pacte de Varsovie, ne s'est jamais effacé des mémoires du peuple et des intellectuels tchécoslovaques.

Pourtant une véritable épuration a été menée au sein du Parti communiste après la répression : Dubcek a été emprisonné et emmené à Moscou, puis libéré sur la demande du président Svoboda, mais exclu du Pouvoir et remplacé par Gustav Husak en avril 1969 ; tous les libéraux de la Direction du Parti ont été démis de leurs fonctions en 1969 - 500 000 exclus. Devenu président de la Tchécoslovaquie en 1975, Husac cumule tous les pouvoirs. Le pays voit grandir un mouvement de dissidents (artistes, cinéastes, intellectuels...) dans les années 1970 et 1980. Les timides réformes libérales gouvernementales provoquent leur méfiance. En effet, c'est Mikos Jakes, l'exécuteur des grandes purges de l'après-68, qui remplace G. Husak à la tête du Parti en 1987. En novembre 1989, après la Pologne, la Hongrie, la RDA et la Bulgarie, la Tchécoslovaquie destitue M. Jakes et G. Husak, nomme un gouvernement à majorité non communiste et annonce des élections libres pour 1990. C'est ce que l'on appelle "la révolution de velours".

Le 28 décembre 1989, Dubcek est élu à la présidence du Parlement. Le même jour, Vaclav Havel, écrivain et fondateur de la Charte 77 (opposition à la normalisation communiste soviétique), devient président de la République. En juin 1990, sont organisées les premières élections libres depuis 1946. V. Havel obtient le retrait des troupes soviétiques de Tchécoslovaquie. Il démissionne de son poste en juillet 1992. Au terme d'un processus pacifique, la Tchécoslovaquie donne naissance en 1993 à deux Etats, la Slovaquie et la République Tchèque. En janvier 1993, V. Havel est élu à une faible majorité président de la Nouvelle République Tchèque.

Carole Robert

Éclairage média

Le reportage est fondé sur un commentaire en off que viennent compléter des interviews télé-trottoir, filmées à l'épaule, dans un souci de proximité avec le téléspectateur. Le ton du commentaire privilégie l'émotion et la gravité. La façon de filmer veut également provoquer l'émotion chez le téléspectateur et lui faire partager le vécu de la foule. Les très gros plans sur les personnes qui pleurent, mis en valeur entre des plans larges sur la foule, en témoignent. Dans les années 1980, la mode est aux interviews prises sur le terrain sans préparation apparente : des personnes de tous sexes et tous âges parlent, spontanément semble-t-il, de leur état d'esprit aux téléspectateurs français.

Ce procédé est conforme à la la vocation de la télévision d'être un média de masse. L'idée de capter des réponses spontanées d'anonymes grâce aux interviews filmés à la caméra épaule répond à la volonté de transparence, d'immédiateté et d'authenticité de la télévision. En fait, ces interviews sont la plupart du temps précédées ou suivies d'un commentaire qui leur donne un sens, les analyse et guide l'interprétation des téléspectateurs. La fin du commentaire, accompagnée musicalement par Nad Tatrou sa blyska, la partie slovaque de l'hymne fédéral tchécoslovaque, prend une dimension lyrique et s'adresse ostensiblement à la sensibilité des téléspectateurs. L'effet est accru par la dernière séquence, où le peuple tchécoslovaque semble applaudir autant le commentaire du journaliste sur la liberté que l'événement lui-même. Dans ce reportage, nous pouvons dire que le journaliste s'associe à la foule et à sa joie et souhaite que le téléspectateur soit dans le même état d'esprit.

Carole Robert

Transcription

Journaliste
Vaclav Havel au château, la Tchécoslovaquie a un nouveau président depuis ce matin, il s'agit donc du dramaturge Vaclav Havel, élu à l'unanimité par l'Assemblée Nationale. Ce n'est pas à proprement parler une surprise, puisque Havel était le seul candidat, mais cela reste malgré tout un évènement de taille. Christophe Martet.
Christophe Martet
Dubcek, l'homme du Printemps de Prague, Vaclav Havel, l'ancien dissident, ensemble, sur les plus hautes marches du pouvoir en Tchécoslovaquie. Image incroyable de ces deux hommes, hier encore ennemis du régime, et aujourd'hui applaudis par les députés communistes. Car ce matin, c'est à l'unanimité que Vaclav Havel a été élu Président de la République tchécoslovaque, le premier président non communiste depuis quarante et un an. Tradition oblige, c'est dans la salle médiévale du château que s'est déroulée la cérémonie conduite par Alexandre Dubcek, nouveau président de l'Assemblée fédérale. Et Vaclav Havel, qui a passé huit ans de sa vie en prison, est devenu pour tous le symbole de la liberté retrouvée. A l'extérieur du château, à l'annonce de l'élection de Vaclav Havel, c'est l'explosion de joie. La foule crie : nous y sommes arrivés ! et l'émotion se lit sur tous les visages.
Inconnu
Je suis très heureux, on a vécu vingt ans dans le silence, Havel va nous montrer une meilleure réalité.
Inconnue
Je suis heureuse, enfin nous allons vivre dans la liberté.
Inconnue 2
Je suis convaincue qu'il va nous aider pour l'avenir de nos enfants.
Christophe Martet
Alors que l'on entonne l'hymne national, le drapeau du président flotte à nouveau sur le château. Dans quelques semaines, les députés vont voter les premières lois du nouveau régime, celles qui garantiront la liberté d'expression, de rassemblement, de religion dans le pays.