Visite de Lech Walesa, élu président, à Gdansk

10 décembre 1990
02m 14s
Réf. 01646

Notice

Résumé :

Lech Walesa, élu président le 9 décembre 1990, se rend sur les chantiers navals de Gdansk où il est acclamé par la foule.

Date de diffusion :
10 décembre 1990
Date d'événement :
09 décembre 1990
Personnalité(s) :
Lieux :

Contexte historique

La fin des années 1980 est marquée par de vives tensions sociales en Pologne, qui amènent le général Jaruselski à composer avec Lech Walesa, président du syndicat Solidarnosc. Lech Walesa obtient en février 1989 l'organisation d'une table ronde avec le gouvernement, qui débouche sur la réélection de Jaruselski à la présidence et sur la légalisation de Solidarnosc.

Les élections de juin 1989 offrent la possibilité aux Polonais de contester électoralement le pouvoir en place : l'opposition remporte une écrasante victoire qui oblige Jaruselski à former le premier gouvernement non communiste dans un pays de l'Est : il appelle Tadeusz Mazowiecki, intellectuel catholique, membre du comité directeur de Solidarnosc, proche de l'Eglise polonaise et de la gauche anti-communiste, à former ce gouvernement. En décembre 1989, après l'effondrement du communisme d'Etat dans les autres pays de l'Est, le nouveau Parlement polonais abolit le rôle dirigeant du Parti communiste, rétablit la couronne sur le drapeau national et décrète la privatisation de l'économie dès le 1er janvier 1990.

Les élections de décembre 1990 sont remportées par Lech Walesa, ancien ouvrier syndicaliste des chantiers navals de Gdansk. Il a co-fondé le syndicat Solidarnosc avec Anna Walentinocz en 1981, et a reçu le prix Nobel de la Paix en 1983. Fervent catholique, il est défendu régulièrement par Jean-Paul II au cours des années 1980 et 1990. Il perd l'élection présidentielle en 1995 face à Alexandre Kwasniewki (ex-communiste). Le peuple polonais lui reproche son trop grand conservatisme moral et la trop grande importance de l'Eglise dans la vie politique. En 2000, il obtient moins de 1% des voix.

Malgré l'afflux de capitaux étrangers, la transition vers l'économie de marché provoque une grave crise sociale : en 1993, plus de 15% de la population active est au chômage.

Carole Robert

Éclairage média

Bruno Masure, un des présentateurs vedettes du JT, fait un rappel historique sur Walesa, et choisit une présentation romancée en le présentant comme "un petit électricien inconnu qui avait mis le feu en Pologne et par contagion dans tout le globe socialiste". Il donne à la fois son point de vue et donne à l'événement un caractère exceptionnel en l'analysant comme une "formidable revanche de l'histoire" ; ce qui est en soi une interprétation discutable et engagée de l'événement.

Le reportage insiste sur le 1er geste envers les "compagnons de lutte" de Walesa à Gdansk. Ce dernier prend un bain de foule et affirme qu'il "n'oubliera pas" d'où il vient, ce qui est caractéristique d'une démarche populiste. Le reportage est riche de plusieurs types d'analyse. En effet, le commentaire en voix off de la journaliste, illustré de séquences sur le terrain, est accompagné de plusieurs interviews micro-trottoir prises sur le terrain également, et surtout d'une analyse de la journaliste qui apparaît à l'image en fin de reportage. Les interviews d'ouvriers, filmés en caméra épaule et en gros plan, complètent le commentaire en exprimant un espoir de changement, mais sans enthousiasme délirant. Ces interviews servent à rapprocher les téléspectateurs des polonais qui vivent ces événements; en interrogeant des inconnus, ils donnent une impression de témoignages "réels" sur la situation.

Il est intéressant de constater que le commentaire en off prend du recul par rapport à l'événement : il offre au téléspectateur la possibilité de relativiser par rapport aux images de liesse populaire de Gdansk, en précisant que c'est bien la seule ville qui fête l'élection de Lech Walesa, et que le plébiscite de l'élection est seulement "apparent". Lorsqu'elle apparaît à l'écran, l'envoyée spéciale conclut même sur une remarque teintée de scepticisme, voire de pessimisme, en insistant plus sur les difficultés que sur l'espoir puisqu'elle semble certaine que Lech Walesa va rapidement avoir "rendez-vous avec ses premiers problèmes". Comme si elle doutait de ses capacités de chef d'Etat...

Carole Robert

Transcription

Journaliste
Formidable revanche de l'histoire en Pologne : dans quelques jours Lech Walesa va prendre la place du Général Jaruzelski qui l'avait fait emprisonner il y a neuf ans, pratiquement jour pour jour. Élu hier avec soixante dix-sept pour cent des voix, Lech Walesa prend les rênes de la Pologne. Très symboliquement, le premier geste du nouveau président a été de rendre visite aux ouvriers des chantiers navals de Gdansk, là où il y a dix ans un petit électricien inconnu avait mis le feu aux poudres en Pologne, et par contagion dans tout le globe socialiste. Récit d'une première journée de présidence avec notre envoyée spéciale, Anne Gintzburger.
Anne Gintzburger
En mémoire des ouvriers tombés pour solidarité, aux portes des chantiers navals, le premier geste du nouveau Président de la République de Pologne : Lech Walesa n'a pas oublié ses compagnons de lutte, c'est d'abord avec eux qu'il entend tourner la page.
Lech Walesa
J'espère revenir souvent ici, je ferai tout pour améliorer votre vie. Je sais d'où provient ma chemise blanche et je n'oublierai pas que j'avais moi aussi un bleu de travail pareil au vôtre.
Inconnu 1
Il faut que chacun y mette du sien, sans ça Walesa n'y pourra rien.
Inconnu 2
Il faut que tout le monde l'aide.
Anne Gintzburger
Toute la nuit, à Gdansk, ils ont scandé son nom, au siège de solidarité symbole, celui de la déroute du communisme, de l'avènement de la liberté.
Inconnu 3
dans la situation qu'on connaît aujourd'hui, le meilleur candidat c'était Walesa.
Inconnue
je souhaite une Pologne formidable, et que ce soir ce soit le début d'une vraie liberté.
Inconnue 2
Moi, j'espère que les jeunes auront un meilleur avenir.
Inconnu 4
Il faut qu'on ait de meilleures perspectives d'avenir pour que ça vaille le coupe de rester travailler ici.
Anne Gintzburger
Soixante quinze pour cent des électeurs polonais ont dit oui à Walesa. Un plébiscite apparent, la nuit dernière, en Pologne, Gdansk était la seule ville à fêter la victoire. Dès demain, Lech Walesa fera pèlerinage à Czestochowa. L'hommage à la Vierge Noire, c'est ainsi qu'il a toujours marqué les moments importants de sa vie. Mercredi soir, il pourrait donner le nom de son futur Premier Ministre. C'est là que Walesa président a rendez-vous avec ses premiers problèmes.