La position de la France vis-à-vis de l'OTAN en 1966

21 février 1966
04m
Réf. 01649

Notice

Résumé :

Le général de Gaulle expose son choix de se retirer de l'OTAN : la France tout en demeurant membre de l'alliance politique, ne participe plus au système de défense intégré.

Type de média :
Date de diffusion :
21 février 1966
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Contexte historique

Dès la fin des années 1950, le général de Gaulle tient à affirmer l'indépendance nationale de la France par rapport aux Etats-Unis. En 1958, il envoie à Londres et à Washington un mémorandum préconisant une réforme de l'OTAN en proposant un directoire occidental avec les trois pays. La Maison Blanche élude la requête française. A partir de 1962, la fin de la guerre d'Algérie, la mise en place de la détente, la rupture entre la Chine et l'URSS et la constitution de la force de frappe française conduisent de Gaulle à prendre progressivement ses distances à l'égard de l'OTAN.

Au cours de la conférence de presse du 21 février 1966, il lance la "crise atlantique" : il affirme que la volonté de la France à disposer d'elle-même et à être utile aux autres nations n'est pas compatible avec une organisation de défense où elle est subordonnée. Il refuse toute subordination au sein de l'OTAN. Le 7 mars, c'est par courrier qu'il confirme à Johnson sa fidélité à l'Alliance, tout en lui annonçant que l'évolution en Europe et en Asie depuis 1949 ne justifie plus le maintien de la France dans l'OTAN. Malgré la contestation de ces arguments par Johnson, la France se dégage de l'OTAN, en dénonçant unilatéralement toute une série d'accords. Les bases américaines et les bâtiments de l'OTAN sont récupérés par l'Etat français. Les officiers français quittent les organismes de Direction de l'OTAN. Cette rapidité d'exécution provoque une certaine rancoeur chez les alliés. Mais dès août 1967, les accord Ailleret-Lemnizer règlent dans les détails les rapports entre l'armée française et l'OTAN.

Notons que le retrait de l'OTAN provoque à l'Assemblée Nationale de vastes controverses de politique étrangère. Les arguments gaullistes sont fondés sur l'aggravation de la situation en Asie et le risque de guerre pour la France, sur l'évolution de la situation européenne qui rend la présence de l'OTAN moins indispensable, et sur la possession de l'arme atomique qui permet à la France de dissuader les attaques. La troisième force s'oppose au retrait de l'OTAN ; elle estime en effet que la sécurité de l'Europe serait fortement remise en question si tous les pays européens agissaient comme la France.

43 ans plus tard, en 2009, sous le mandat du président Nicolas Sarkozy, la France réintègre le commandement intégré de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord.

Carole Robert

Éclairage média

Cette conférence de presse filmée est un moyen pour de Gaulle de s'adresser à la nation française et de la rallier à sa décision fort controversée de quitter l'OTAN. Le général de Gaulle décide très tôt d'utiliser l'audiovisuel public pour faire contrepoids à la presse écrite. Il affirme même : "Pendant la guerre, j'ai gagné avec le micro, maintenant, je gagne avec la télévision". Il a conscience que "par le son et l'image", il est "proche de la nation". Il invente un style et un ton : il récite les textes de ses allocutions, et accepte de se faire maquiller. Il s'agit pour lui d'avoir l'air "animé et spontané pour saisir l'attention sans se commettre en gestes excessifs et mimiques déplacées".

Nous constatons à quel point il maîtrise son image en observant les mouvements réguliers et amples de ses mains pour appuyer certains points de son discours. Il varie aussi les genres : ses conférences de presse, comme dans ce document, sont rédigées à l'avance et riches de formules - "avant hier, hier, aujourd'hui" - et de trouvaille à l'humour délibéré. Le rythme du discours est lent mais scandé. De Gaulle met en valeur certains mots par sa seule intonation. Les conférences de presse s'adressent en réalité au pays tout entier, les centaines de journalistes rassemblés servent de décor et de stimulant pour les propos, retransmis en direct puis largement rediffusés le soir et le lendemain.

Le tournage utilise plusieurs caméras (trois) qui permettent de varier les points de vue afin d'éviter la lassitude du téléspectateur : un plan poitrine et un plan large de face, un plan large en plongée et composé en diagonale avec le président et les journalistes assis, un contre-champ sur les journalistes.

Carole Robert

Transcription

Charles (de) Gaulle
D'autre part, tandis que se dissipe, tout au moins dans une certaine mesure, la perspective d'une guerre mondiale éclatant à cause de l'Europe, voici que d'autres conflits, où l'Amérique s'engage dans d'autres parties du monde, comme avant hier en Corée, hier à Cuba, aujourd'hui au Vietnam, ces conflits peuvent, en vertu de la fameuse escalade, prendre une extension telle qu'on aboutisse à une conflagration générale. Et dans ce cas, l'Europe, dont la stratégie est dans l'OTAN la stratégie de l'Amérique, y serait automatiquement impliquée, impliquée dans la lutte, même si elle ne l'avait pas voulue. Et ce serait le cas de la France, si l'imbrication de son territoire, de ses communications, de certaines de ses forces, de plusieurs de ses bases aériennes, de tel et tel de ses ports dans le système de commandement américain devait subsister plus longtemps. Il faut ajouter que notre pays devenant, de son côté et par ses propres moyens, une puissance atomique, est amené à assumer lui-même les responsabilités politiques et stratégiques que cela comporte, et responsabilités que leur nature et leur dimension rendent évidemment inaliénables. Et enfin la volonté de la France de disposer d'elle-même, ce qui est indispensable pour qu'elle croit à son propre rôle, et pour qu'elle puisse être utile aux autres, cette volonté de la France est incompatible avec une organisation de défense dans laquelle elle est subordonnée. Par conséquent, la France, sans revenir sur son adhésion à l'Alliance Atlantique, la France va, d'ici au terme fixé comme ultime aboutissement de ses obligations et qui est le 4 avril 1969, la France va d'ici là continuer à modifier les dispositions actuellement pratiquées, pour autant que ces dispositions la concerne. Autrement dit, ce qu'elle a déjà fait dans certains domaines hier, elle le fera demain dans d'autres, en prenant bien entendu les dispositions voulues pour que les changements s'opèrent progressivement, et pour que ses alliés ne s'en trouvent pas soudain, et de son fait, incommodés. Et d'autre part elle se tiendra prête, suivant ce qu'elle a déjà réalisé, et à différents points de vue, elle se tiendra prête à régler avec tels et tels d'entre eux, je parle des alliés, les rapports pratiques de coopération qui pourront paraître utiles de part et d'autre, soit dans l'immédiat, soit dans l'éventualité d'un conflit.

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