Georges Pompidou sur les relations franco-soviétiques

09 janvier 1973
06m 24s
Réf. 01650

Notice

Résumé :

Georges Pompidou décrit la nature des différents liens établis avec l'URSS : coopération technique, scientifique, culturelle et économique. Il évoque l'état de la sécurité de l'Europe face aux accords Salt, et la situation de l'arsenal nucléaire.

Type de média :
Date de diffusion :
09 janvier 1973
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Personnalité(s) :

Contexte historique

L'arrivée de Pompidou au pouvoir ne change pas l'orientation générale de la politique extérieure menée par de Gaulle. Certes Pompidou entretient de bons rapports avec Nixon, nouveau président des Etats-Unis, mais cela n'empêche pas la France de condamner les interventions américaines en Asie (Indochine, Vietnam, Cambodge).

Pompidou souhaite établir de bons rapports avec la Chine communiste : en 1973, il va en Chine et rencontre Mao. Mais une fois qu'elle a normalisé ses rapports avec les Etats-Unis, la Chine s'intéresse moins à la France. L'essentiel pour Pompidou est donc de maintenir de bons rapports avec l'URSS. Pompidou accomplit trois voyages officiels en URSS, et Brejnev est reçu deux fois en France. Ils établissent ainsi une coutume de rencontre au sommet quasi-annuelle.

En janvier 1973, la détente est à son apogée. Le communiqué suivant leur rencontre affirme "l'excellente atmosphère des relations franco-soviétiques et le caractère amical qui leur est propre". La détente s'accompagne d'une amorce de coopération technique et aboutit à la multiplication d'échanges culturels prestigieux entre les deux pays (grandes expositions d'art et de trésors anciens et modernes, comme Paris-Moscou en 1979, ballets..) gérés par des traités officiels. La France tient à privilégier ses liens diplomatiques avec l'URSS afin de rester le principal pont entre l'Est et l'Ouest, à un moment où la RFA développe l'Ostpolitik avec les pays de l'Est. En 1973, la France établit ainsi des premiers liens diplomatiques avec la RDA.

Carole Robert

Éclairage média

La conférence de presse est filmée avec plusieurs caméras. Le tournage est très organisé et tente de présenter le début de la conférence sous plusieurs angles et valeurs de plan pour se stabiliser finalement sur un plan poitrine fixe. Le slogan de campagne de Pompidou "le changement dans la continuité" correspond aussi à sa politique audiovisuelle. En effet, la télévision reste "la voix de la France". Pompidou reprend le procédé des conférences de presse filmées qui sont un prétexte pour s'adresser au pays et justifier sa politique à la nation française.

Il recherche des formules qui font mouche et des trouvailles d'humour comme sa phrase sur la comparaison avec Marchais - "nous ne faisons pas partie de la même église". La télévision reste un instrument privilégié de sa politique de communication. Moins solennel que de Gaulle, il parle également sans lire et s'adresse à l'assemblée qui l'entoure. Son style de discours est plus professoral et moins lyrique. Moins à l'aise que de Gaulle devant les caméras, il va diversifier ses interventions en invitant la caméra à partager sa vie en famille, afin de privilégier l'image paisible d'un "citoyen comme les autres". C'est la télévision qui révèlera les symptômes de sa maladie en 1973.

Carole Robert

Transcription

Georges Pompidou
Ah attendez, je vous demande pardon, mais c'est pour vous ensuite.
Yves Mourousi
Mourousi de la politique ce matin. Monsieur le Président vous avez fait allusion, tout à l'heure, aux entretiens Brejnev Marchais, et à ce propos vous avez noté les contacts particuliers, vous avez dit d'allégeance, qui existent entre le Parti Communiste soviétique et le Parti Communiste français, entre, oui, oui, excusez-moi. Mais vous allez vous-même vous rendre dans, après-demain, en Union Soviétique, et en Union Soviétique le fait est que la différence entre l'action du Parti Communiste et l'action de l'État n'est pas, n'est pas très séparée. Comment voyez-vous, dans ces conditions, après cette réaffirmation assez spectaculaire des liens entre le Parti Communiste soviétique et le Parti Communiste français avant votre visite en Union Soviétique, votre prochaine visite en Union Soviétique, comment voyez-vous les relations d'État entre la France et la Russie ?
Georges Pompidou
Vous pensez bien que je vais pas chercher une bénédiction auprès de Monsieur Brejnev, n'est ce pas, contrairement, je pense, à Monsieur Marchais, nous ne faisons pas partie de la même Église. Mais je crois avoir dit sur ce point ce qu'il fallait en dire, très sommairement d'ailleurs, lorsque Monsieur Brejnev est venu en visite officielle à Paris et que je lui ai fait le premier soir un discours d'accueil. Il s'agit, dans le cas particulier des rapports entre États : tout d'abord nous estimons depuis toujours, en tout cas depuis le Général De Gaulle, enfin ça fait déjà longtemps maintenant, nous estimons, et sur ce point les Soviétiques sont du même avis que nous, le disent, que les rapports entre États ne doivent pas tenir compte des différences de régimes économiques et sociaux. J'ajoute en ce qui me concerne politiques, car je ne crois pas qu'une différence de régime économique et social ne puisse ne pas s'accompagner d'une différence de régime politique. Mais enfin peu importe, nous sommes d'avis les uns et les autres que ces différences de régime ne doivent pas influer sur les relations entre États. En second lieu, je constate que l'Union Soviétique existe, qu'elle est énorme, si je ne me trompe : quarante fois la France au point de vue superficie, cinq fois au point de vue population, et par conséquent, et qu'elle n'est pas loin de nous, et que par conséquent, on ne peut pas imaginer que nous nous ignorions. Ou bien nous nous tournons le dos, et c'est la guerre froide, et ça ne peut pas durer toujours, et ça ne doit pas durer toujours, ou bien nous essayons de coopérer. Depuis le voyage du Général De Gaulle en Russie, notamment, on a décidé de coopérer, et nous coopérons parfaitement. Et je peux dire qu'à l'heure actuelle, les relations entre l'Union Soviétiques et la France sont à bien des égards excellentes. Elles le sont sur le plan technique, sur le plan scientifique, dans un certain nombre de domaines de techniques avancées en particulier, elles le sont sur le plan économique, et je peux dire que le doublement en cinq ans de nos échanges avec l'Union Soviétique sera à mon avis atteint et probablement même dépassé, elles le sont, et d'ailleurs nous avons mis au point pratiquement un accord décennal de coopération économique. Ces relations sont également excellentes sur le plan politique, en ce sens que nous nous rencontrons à tous les niveaux constamment. Bien entendu, les rencontres au sommet, comme on dit, sont relativement rares, mais les rencontres au niveau des ministres, au niveau des ambassadeurs, des services sont constantes. Et on peut dire que tous les problèmes politiques bilatéraux, politiques et autres, bilatéraux, tous les problèmes du monde sont tour à tour évoqués et examinés. Je crois néanmoins qu'il est bon, de temps à autres, de se rencontrer au plus haut niveau et de regarder un certain nombre de questions, et en particulier questions qui sont nouvelles. Il est certain que l'année 1972 a été une année extraordinaire où un nombre de, d'évènements importants, sans précédent depuis la guerre, s'est produit. Parmi ces évènements, il y en a qui peuvent soulever de notre part un intérêt politique, un intérêt intellectuel, un intérêt général, mais il y en a aussi beaucoup qui nous intéressent directement, qui intéressent l'Europe directement. C'est en particulier toute la solution du problème allemand telle qu'elle a été réalisée, c'est aussi la conférence de sécurité et de coopération européenne, c'est la discussion sur, du DMBFR, c'est-à-dire de la diminution équilibrée des forces, c'est encore les rapports entre les États-unis et l'Union Soviétique et les incidences que ces rapports, comme les accords Salt et autres, peuvent avoir sur la situation de l'Europe, sur l'indépendance de l'Europe, sur l'autonomie de l'Europe, et aussi sur la défense et la sécurité européennes. De tout cela j'entends parler avec Monsieur Leonid Brejnev, très franchement, très cordialement, comme nous l'avons fait toujours jusqu'ici, et je dirai ma pensée, croyez-le bien, avec la plus grande honnêteté. Et je suis convaincu que j'obtiendrai la même chose de la part de Monsieur Leonid Brejnev et que par conséquent ces entretiens seront fructueux pour l'avenir et pour l'Europe.

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