Installation d'un gouvernement autonome au Cameroun

29 mai 1957
44s
Réf. 01654

Notice

Résumé :

Conformément à loi-cadre Defferre votée l'année précédente pour l'AOF, le Cameroun évolue en avril 1957 vers l'autonomie grâce à l'élection d'une assemblée locale élue au suffrage universel et d'un conseil de gouvernement responsable devant elle.

Type de média :
Date de diffusion :
29 mai 1957
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Contexte historique

Protectorat allemand depuis 1884, le Cameroun est en 1919 partagé entre deux puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale. La Société des Nations place la majeure partie du territoire sous mandat français, alors que certaines zones à la frontière du Nigeria passent sous mandat britannique. A l'issue de la Seconde Guerre mondiale, l'Organisation des Nations Unies met le territoire camerounais sous "tutelle" française et britannique, premier pas vers l'indépendance. Mais cette période de transition est troublée dans la partie française du pays par des attentats perpétrés par l'Union des Populations Camerounaises (UPC), organisation nationaliste qui réclame l'indépendance immédiate du Cameroun. L'audience de ces nationalistes auprès de pays anticolonialistes comme l'Egypte et leurs actions menées à l'ONU (pétitions) encouragent les autorités françaises à hâter la levée de tutelle.

En juin 1956, la loi-cadre Defferre est déterminante en Afrique Occidentale Française : la mise en place d'un pouvoir exécutif local autonome et responsable devant le pouvoir législatif a créé des structures étatiques indispensables au bon fonctionnement de futurs Etats souverains. En avril 1957, cette mesure est étendue au Cameroun qui jouit alors d'un statut juridique particulier : une Assemblée locale élue au suffrage universel investit un conseil de gouvernement. Son vice-président est responsable devant l'Assemblée (mais il reste présidé par un représentant du gouvernement français). Cette plus grande autonomie n'est qu'une première étape vers l'indépendance : en avril 1959, la nationalité camerounaise est reconnue internationalement et en mars 1959, l'ONU vote la levée de la mise sous tutelle française, applicable le 1er janvier 1960.

La stabilité politique est ainsi assurée dans le pays, même si une nouvelle série d'attentats vient endeuiller l'événement. Après consultation des populations vivant dans les zones britanniques, seule la zone sud est rattachée au Cameroun, devenant ainsi un état fédéral (jusqu'en 1972) et bilingue alors que le nord est intégré au territoire nigérian.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Les images filmées lors du voyage du Ministre de la France d'Outre-Mer, Gaston Defferre, répondent aux règles classiques de l'exercice. Chaque étape de la visite officielle est accompagnée d'une musique de fond qui en accentue la solennité : descente d'avion et accueil par les officiels camerounais, présence de la foule (qui semble ici bien clairsemée) sur le trajet du cortège officiel, visite d'un lieu institutionnel majeur (ici l'Assemblée législative).

Le commentaire du journaliste, rajouté au montage, témoigne d'un parti pris très marqué en faveur de l'action du gouvernement, au risque d'en amplifier la portée réelle. En effet, le journaliste n'hésite pas à évoquer la création d'un nouvel état camerounais totalement indépendant de son ancienne métropole, alors qu'en réalité le Cameroun n'obtiendra ce statut qu'en janvier 1960. Le spectateur est porté à croire que la tutelle française a pris officiellement fin au Cameroun ; la présence d'un Européen au gouvernement est à peine évoquée et le plan final sur un parterre de délégués majoritairement blancs n'est que furtivement montré. Or le fait même que ce soit le ministre français, Gaston Defferre, qui "installe" le nouveau gouvernement camerounais prouve que si son autonomie politique progresse, le pays n'est pas encore souverain.

On peut s'interroger sur les raisons d'un tel parti pris. Sous la IVe République, les Actualités Françaises servent le pouvoir en place. Des polémiques éclatent régulièrement concernant le manque d'objectivité des journaux de la presse filmée et télévisuelle, qui se contentent souvent de relayer le point de vue du gouvernement en place, sans exercer aucun esprit critique. Les inexactitudes relevées dans ce reportage proviennent-elles donc d'une simple erreur journalistique ou, plus vraisemblablement, d'une volonté de montrer un exemple de décolonisation réussie, au moment où la crise s'intensifie en Algérie?

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Monsieur Gaston Defferre, ministre de la France d'Outremer, est allé à Yaoundé, capitale du nouvel État de Cameroun, pour assister à la naissance de son premier gouvernement. On n'a pas oublié que tout récemment le Cameroun s'est vu accorder par la France son statut total d'indépendance. C'est devant l'Assemblée législative camerounaise, à laquelle la France a remis tous ses pouvoirs de tutelle, que le ministre français a installé le premier ministère du jeune état. Ce ministère comprend quinze ministres ou secrétaires d'État, dont l'un est européen. Voici donc le Cameroun doté d'une citoyenneté, d'une assemblée et d'un gouvernement, une page nouvelle dans l'histoire.