La proclamation d'indépendance de Madagascar

06 juillet 1960
02m 59s
Réf. 01657

Notice

Résumé :

Madagascar accède à l'indépendance le 26 Juin 1960 au terme d'un processus graduel d'autonomisation politique : instauration du suffrage universel par la loi Defferre en 1956 puis adhésion par référendum à la Communauté française en 1958.

Type de média :
Date de diffusion :
06 juillet 1960
Date d'événement :
26 juin 1960

Contexte historique

La révolte malgache de 1947, sévèrement réprimée par les colons français (cf. "le soulèvement de Madagascar"), marque l'apogée du mouvement nationaliste malgache. Une nouvelle page de l'histoire politique de l'île s'ouvre ensuite, qui conduit à la consolidation d'une République malgache indépendante.

La loi-cadre Defferre de 1956 contribue ainsi au renouveau de la vie politique malgache. Elle institue le suffrage universel et supprime dans le même temps la distinction au sein de l'électorat entre citoyens et autochtones. Elle permet également la création d'un pouvoir exécutif autonome. Le 14 octobre 1958, une deuxième étape est franchie vers l'indépendance effective : Philibert Tsiranana est élu président de la nouvelle République de Madagascar. La population malgache accepte alors par référendum d'entrer dans la Communauté française. La métropole continue donc à diriger la politique étrangère, la défense et l'économie de l'île, notamment la gestion des matières premières stratégiques. Après la dissolution de la Communauté en 1960, Madagascar, sous domination française depuis 1895, obtient son indépendance le 26 Juin 1960, comme la majorité des anciennes colonies françaises d'Afrique.

La 1ère République malgache est fortement inspirée du modèle constitutionnel et administratif français : chef de l'Etat élu au suffrage universel pour 7 ans, bicamérisme (Assemblée Nationale/Sénat), décentralisation administrative (apparition de préfectures en 1962). Des accords de coopération franco-malgache sont également signés. Mais l'opposition critique un régime jugé néo-colonialiste et en 1972 la contestation étudiante se généralise, provoquant la chute de cette 1ère République. S'ouvre alors une période de transition, qui aboutit en 1975 à l'instauration d'une République Démocratique de Madagascar inspirée d'un socialisme révolutionnaire : étatisation de l'économie, malgachisation de l'enseignement, parti unique.

La situation économique de l'île se détériore considérablement. La montée de la contestation et l'effondrement du bloc soviétique entraînent la chute du régime. Une IIIe République est instaurée en 1992. Depuis, malgré des réformes institutionnelles et des changements de majorités politiques, l'appauvrissement de la population demeure le problème central de l'île, avec un Indice de Développement Humain (IDH) classé au 149 ème rang sur un total de 175 pays.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Le reportage se décompose en deux parties : la cérémonie officielle d'indépendance, et un portrait très élogieux de la situation malgache. Les images officielles illustrent l'aspect protocolaire de la cérémonie se déroulant au stade Mahamasina à Antananarivo : signature de l'acte d'indépendance, puis défilé des troupes, enfin gros plan sur le nouveau drapeau malgache. L'évaluation du nombre de spectateurs par le journaliste est considérable : il évoque plus de 100 000 personnes (capacité maximale du Stade de France!).

Il s'agit pour lui de mettre en avant la ferveur populaire qui entoure l'événement. Cette affirmation n'est cependant pas confirmée par l'image : les plans serrés se concentrent sur la tribune des officiels et le public n'apparaît qu'en arrière-plan, formant une foule dont on ne peut évaluer l'ampleur. Les images muettes ne permettent pas d'entendre la clameur de la foule, remplacée à l'écran par une musique d'accompagnement très saccadée, caractéristique de la presse filmée de l'époque. Le thème musical se fait plus lent lorsqu'il s'agit de dresser le portrait de la capitale. Le commentaire vante d'abord la cohabitation pacifique des différentes communautés culturelles et religieuses, puis les efforts entrepris en matière d'éducation. Il fait ici indirectement l'éloge du leg de l'époque coloniale française sur lequel se fonde le nouveau régime. A nouveau, il exagère les chiffres en évoquant un taux de scolarisation de 100% . Il rappelle également que Madagascar avait voté "oui" au référendum sur l'adhésion à la Communauté française en 1958.

La carte postale idyllique que tente de dresser le journaliste semble quelque peu figée. La juxtaposition d'images censées illustrer la diversité ethnique de l'île apparaît caricaturale et incomplète : plans sur des fidèles écoutant la messe, façades d'une mosquée et d'une école chinoise, vues sur des passants d'origines différentes, gros plans sur des instituteurs devant leurs classes. Un contraste apparaît à l'image et dans le commentaire entre la modernité des infrastructures de la capitale et les derniers plans montrant des pratiques agricoles traditionnelles. Le commentaire décrit la faiblesse de l'économie malgache, réduite à son secteur primaire, ici principalement la riziculture. Il ne met pas en avant les atouts liés à la diversité des paysages de l'île qui peuvent permettre une diversification des cultures.

Ainsi, malgré les efforts entrepris par le journaliste pour vanter les mérites de l'ancienne colonie française devenue indépendante, c'est une vision de Madagascar réductrice et empreinte de paternalisme que nous renvoie ce reportage tourné en 1960.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
A Tananarive, quelques jours plus tôt, Monsieur Tsiran, Président de la République malgache, et Monsieur Foyer, représentant du gouvernement français avaient paraphé les accords qui consacrent l'indépendance de Madagascar. Puis, au stade Mahamasina, le Président Tsiran avait remis son premier drapeau au détachement de la nouvelle armée malgache qui allait défiler devant cent mille spectateurs. Ainsi est né un nouvel état de cinq cent quatre-vingt douze mille kilomètres carrés et de près de six millions d'habitants. Quel est-il ? Au moment où s'affirme dans le concert des nations cette nouvelle république de la communauté, que la France et la Tunisie vont patronner conjointement à l'ONU, il n'est pas inutile de regarder vivre quelques instants sa capitale. Au pied du Palais de la Reine, qui la domine depuis le siècle dernier, le visage de Tananarive a beaucoup changé en trois cent cinquante ans d'existence. Sa population a atteint aujourd'hui le chiffre de deux cent six mille habitants. Mais si ses rues grouillent de vie, c'est une vie sans agitation où les seuls signes apparents du changement de régime sont les oui du référendum que le temps n'a pas encore effacés. Divers cultes se partagent la population de la grande île. A Tananarive on compte quatre-vingt dix mille catholiques et cent dix mille protestants qui se ressemblent beaucoup en costume du dimanche. Mais les mosquées y ont aussi leurs fidèles, et en particulier mille deux cents Indiens adeptes de la secte dirigée par l'Aga Khan, les Ismaéliens. Tananarive compte encore une minorité chinoise, ils sont huit mille dans l'île, dont l'activité essentielle est le commerce. Cette minorité a ses écoles. D'ailleurs tous les enfants de Tananarive vont à l'école et la tâche ne leur est pas si aisée puisqu'il y a deux langues officielles à Madagascar : le malgache et le français. En tout cas c'est certainement l'un des meilleurs atouts de la République malgache que la scolarisation soit assurée dans ce pays à cent pour cent. Il reste que Tananarive demeure la capitale d'un pays avant tout agricole. L'avenir de la République malgache, nation de paysans, de pêcheurs et de pasteurs passe encore, comme autrefois, d'abord par les rizières.