La Révolution des oeillets

29 avril 1974
02m 58s
Réf. 01659

Notice

Résumé :

Mario Soarès, secrétaire général du Parti Socialiste Portugais, rentre d'exil à Lisbonne après la Révolution des oeillets du 25 avril 1974. Il exprime aussitôt son soutien à la Junte militaire qui doit favoriser un retour rapide à la démocratie.

Date de diffusion :
29 avril 1974
Date d'événement :
28 avril 1974
Lieux :

Contexte historique

La "Révolution des oeillets", au soir du 25 avril 1974, a renversé en un jour le régime salazariste. Cette dictature contrôlait le pays depuis plus de trente ans, d'abord sous la férule d'Oliveira Salazar jusqu'à sa mort en 1968, puis de Marcelo Caetano. Le mécontentement avait grandi au sein de la population et dans l'armée, notamment à cause d'une politique coloniale coûteuse en hommes et en matériel.

Depuis le milieu des années 60 en effet, le Portugal devait envoyer en masse des troupes pour rétablir l'ordre face aux révoltes des peuples colonisés. Initié par une poignée de jeunes capitaines, le coup d'état largement improvisé du 25 avril est porté par un mouvement populaire inattendu. Sur les ondes, les putschistes donnent le signal de l'insurrection militaire. En occupant les points stratégiques de la capitale, les capitaines contraignent le président du Conseil en exercice, Marcelo Caetano, à la démission. Loin de rester à l'écart des événements, la population lisboète se presse dans les rues et pactise avec les soldats mutins en accrochant au bout de leurs fusils des oeillets rouges et blancs, fleurs de saison qui deviennent le symbole de l'événement.

La singularité de cette Révolution tient au fait que, bien qu'initiée par des militaires, elle reste pacifique ( 6 morts seulement parmi les manifestants) et contribue à restaurer la démocratie au Portugal. Dès le 26 avril, le général Spinola, devenu chef d'une Junte de Salut National, proclame la restauration des libertés publiques. Les prisonniers politiques sont libérés et les exilés rentrent au pays, notamment Mario Soarès, opposant socialiste au régime salazariste. Le général Spinola nommé président de la République participe à la constitution d'un gouvernement pluraliste au sein duquel Soarès, ministre des Affaires étrangères, entame le processus de décolonisation des possessions portugaises en Afrique (Angola, Mozambique, Guinée-Bissau, Sao-Tomé et Principe), achevé à la fin de l'année 1975.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Ce reportage cherche d'abord à faire ressentir au spectateur l'effervescence et la liesse qui règne au sein de la population lisboète, dans l'attente du retour de Mario Soarès, 3 jours seulement après le début de la Révolution des oeillets. Ainsi, la caméra est placée au milieu de la foule et les slogans scandés rythment le reportage jusqu'à l'apparition au balcon du leader socialiste. Le commentaire très construit ajouté au montage ne décrit pas l'action ; les images à elles seules suffisent à traduire l'atmosphère de liesse : nombreuses mains levées en signe de victoire, oeillets brandis par la foule, concert de klaxons.

Le journaliste cherche plutôt à décrypter les dessous de la rencontre entre Mario Soarès et Spinola, qu'il suit en coulisses. On remarque sur les images la présence de nombreuses caméras venues immortaliser l'accolade de circonstance entre les deux hommes. Ce geste repose donc sur une mise en scène très médiatique visant à affirmer l'union des forces politiques du pays afin de consolider le retour à la démocratie. Le journaliste veut, par le ton employé dans son commentaire mais aussi par ses questions à Mario Soarès, souligner les difficultés futures que ce mouvement d'union nationale risque de rencontrer : difficile cohabitation entre civils et militaires, exigences politiques divergentes... Par ses réponses, l'ancien opposant socialiste montre que pour lui, il s'agit avant tout de ne pas créer de divisions qui pourraient entraver le changement radical à l'oeuvre dans le pays. Le ton du reportage paraît ici très juste : il ne se contente pas de faire entendre les cris d'une joie d'une foule libérée de plus de 40 années de dictature mais amène à réfléchir sur les obstacles éventuels auxquels la jeune démocratie va se trouver confrontée. Cette analyse est d'ailleurs confortée par les événements des mois suivants : Spinola démissionne du poste de Président en septembre après la formation d'un gouvernement dirigé par un communiste et échoue dans sa tentative de coup d'état moins d'un an plus tard.

Quant à Soarès, cette alliance politique de circonstance lui permet de sortir de l'opposition pour endosser son costume de futur homme d'état ( nommé ministre des Affaires Etrangères puis Premier Ministre, il sera réélu deux fois à la présidence de la République en 1986 et 1991).

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Mario Soares, Secrétaire général du Parti Socialiste portugais, vivait à Paris depuis quatre ans, un exil qu'il avait librement choisi, laissant sa femme à Lisbonne à la tête du collège privé fréquenté par deux cents élèves. Soares n'avait pas manqué d'expliquer dans les journaux parisiens ce que représentait pour lui la personnalité du Général Spinola, alors que celui-ci venait de faire publier son livre, Le Portugal et l'avenir. Dimanche, Soares, entouré de ses amis, qui ont abandonné la prison de [INCOMPRIS], où certains étaient enfermés depuis dix ans, Soares a demandé à ses partisans de saluer les forces armées, de penser à leur combat et de ne rien faire qui puisse ternir l'image du Portugal. Mario Soares et Antonio de Spinola ne se connaissaient pas, ne s'étaient jamais rencontrés. Le leader socialiste voyait dans le militaire un troublion. Rien ne semblait devoir un jour les rapprocher pour arriver à une accolade, dans la tradition ibérique, certes, mais qui en termes politiques veut signifier que l'union entre les Portugais est en train de se faire. Nous sommes des frères, dira Spinola à Soares. Est-ce que déjà vous pouvez dire, après cette courte entrevue avec le Général Spinola, que votre parti et les gens qui sont derrière vous vont marcher la main dans la main avec les militaires pendant de longs mois ?
Mario Soares
Nous allons aider les militaires et les forces armées à rétablir la démocratie et à rendre la parole au peuple, mais avec toutes les autres forces démocratiques, sans discrimination, il y a unité.
Journaliste
Le 1er mai vous défilerez dans les rues de Lisbonne ?
Mario Soares
On parlera du 1er mai.
Journaliste 2
Vous estimez que le Portugal est maintenant déjà un pays libre ?
Mario Soares
Je pense que nous avons engagé un processus qui est irréversible et qui est extraordinaire.
Journaliste
Quel est pour l'instant le plus grand danger pour le Portugal, au moment où il est très heureux et où il manifeste sa joie dans les rues ?
Mario Soares
Nous sommes en train de donner un exemple extraordinaire de civisme, il faut le continuer dans l'ordre, sans casser l'élan de force populaire et démocratique, mais sans céder aux provocations.
Journaliste
Vous avez de toute façon une exigence aujourd'hui, que demandez-vous à la gente pour mener à bien la tâche du Portugal ?
Mario Soares
La gente est en train de faire quelque chose de fondamental pour le Portugal.
Journaliste
Je vous remercie.

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