Retrait des troupes portugaises de l'Angola

12 novembre 1975
03m 49s
Réf. 01660

Notice

Résumé :

Le 11 novembre 1975, la décolonisation portugaise s'achève par l'indépendance de l'Angola. Une période de guerre civile s'ensuit, qui ne prendra fin qu'avec les accords de paix de septembre 1991.

Date de diffusion :
12 novembre 1975
Date d'événement :
11 novembre 1975
Lieux :

Contexte historique

Depuis janvier 1961 et le soulèvement de leur capitale Luanda, les Angolais mènent un combat acharné pour obtenir l'indépendance. L'envoi massif de troupes portugaises sur place (plus de 60 000 hommes) a provoqué une aggravation des tensions et l'essor de différents mouvements nationalistes antagonistes. Après la Révolution des oeillets le 25 avril 1974, le nouveau pouvoir portugais, sous l'égide de son ministre des Affaires étrangères Mario Soarès, décide de mener à bien le processus de décolonisation rapide des dernières colonies portugaises d'Afrique noire.

Mais dès janvier 1975, malgré la mise en place d'un gouvernement de façade représentant les différentes tendances politiques du pays, le chaos s'installe en Angola. La fuite des colons portugais signifie l'écroulement des cadres traditionnels des structures économiques et sociales. La guérilla fait rage dans le pays entre les différentes forces armées qui s'appuient sur le soutien des occidentaux ou de l'URSS. En octobre, face au chaos ambiant, un gigantesque pont aérien est mis en place pour évacuer les derniers colons et officiels portugais.

C'est dans ce contexte troublé que l'indépendance de l'Angola est proclamée, le 11 novembre 1975. Le pays se retrouve divisé entre les forces de l'UNITA (Union Nationale pour l'Indépendance Totale de l'Angola) et du FNLA (Front National de Libération de l'Angola), qui occupent le Nord du pays, tandis que la capitale est aux mains du MPLA (Mouvement Populaire de Libération de l'Angola), dirigé par Agostinho Neto. D'abord en difficulté, ce dernier trouve un soutien logistique décisif auprès des soviétiques et bénéficie de l'afflux de troupes militaires cubaines. Cependant, si le pouvoir est officiellement aux mains du MPLA d'Agostinho Neto, la guerre civile va se poursuivre en Angola, ensanglantant le pays pendant plus de vingt-sept années.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Au début du reportage, le journaliste prend le parti de se placer aux côtés d'enfants-soldats. Ainsi, bien que le commentaire évoque l'indépendance de l'Angola, le téléspectateur est interloqué de voir ces jeunes garçons aux gestes mal assurés défilant en armes, alors qu'aucune explication ne vient éclairer leur rôle dans le conflit armé qui se joue. Ensuite, même si le commentaire reste toujours allusif, les sous-entendus abondent, concernant notamment les conditions de retrait des troupes portugaises. Le journaliste insiste à plusieurs reprises sur la volonté des anciens colons de dénier tout caractère exceptionnel au processus de retrait de leurs dernières forces armées.

Pourtant, malgré les sourires affichés par les soldats, des signes viennent contredire l'impression affichée de sérénité du côté portugais : l'interdiction de filmer la descente du drapeau, l'expression du commandant au moment de sa poignée de main avec son ancien ennemi du MRPA, l'ambiguïté du commentaire évoquant une réconciliation "inattendue"... Un élément insolite peut être noté au passage : le commandant angolais qui se précipite pour serrer la main de son adversaire d'hier devant les caméras de télévision en oublie la voiture arrivant sur sa droite... Cet incident vient quelque peu gâcher la solennité très largement construite de ce moment.

On peut également noter l'ambiguïté du traitement des fêtes de célébration de l'indépendance. Alors que les images semblent être filmées à Luanda, le journaliste évoque les forces rivales du FNLA qui célèbrent "ici aussi" l'indépendance. On peut se demander s'il s'agit d'une intention délibérée du reporter de déstabiliser le téléspectateur, en dissociant image et commentaire pour mieux lui signifier le chaos angolais. Cette apparente maladresse peut également résulter de l'impossibilité de recueillir des images au-delà de la ligne de front toute proche, du côté des forces du FNLA. D'autre part, le journaliste fait clairement allusion à l'influence soviétique sur la nouvelle République populaire d'Angola : il évoque "des slogans empruntés ailleurs" sur le plan fixe qui montre le drapeau du nouvel Etat, formaté à la manière des drapeaux des républiques communistes. Enfin, le commentaire nuance les images de joie populaire: la volonté affichée par la nouvelle République de donner "le pouvoir au peuple" est évoquée au moment où la caméra cadre en plans rapprochés des militaires armés.

Le journaliste conclut son reportage par une allusion à la reprise imminente des combats. Cette célébration de l'indépendance n'est donc qu'une parenthèse dans un conflit armé qui dure depuis 15 ans déjà et qui va durer encore des décennies.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Voici donc depuis quelques heures, une nouvelle république à inscrire sur la carte d'Afrique, la République populaire d'Angola. Président, contesté par ses ennemis : Agostino Neto, capitale : Luanda. Le calendrier de l'indépendance d'Angola a été parfaitement respecté, à un détail près peut-être : depuis quarante huit heures il n'y a plus d'eau à Luanda, le château d'eau qui alimente la ville sans doute tombé aux mains des adversaires d'Agostino Neto. En tout cas les Portugais, tous les Portugais sont partis, cinq siècles d'histoire coloniale, quinze ans de lutte armée. Avec tout d'abord la dernière apparition du Haut Commissaire portugais : pas un instant d'émotion, une rapide conférence de presse comme toutes les autres. Et de midi à la tombée de la nuit, l'évacuation des vingt mille derniers militaires portugais. Tout se passera comme s'il s'agissait d'une opération de routine efficace, rapide, discrète même, personne n'a pu assister à la dernière descente du drapeau portugais. Le gouvernement de Lisbonne aura respecté ses engagements. Dernière des colonies africaines à accéder à l'indépendance, il n'y aura plus un seul représentant militaire portugais sur le sol d'Angola le 10 novembre à minuit. Mais sur les trois mouvements de libération de l'Angola, seul le MPLA appuyé par les Russes est présent à Luanda. Ce sont eux qui, d'heures en heures, remplaceront les patrouilles portugaises aux points stratégiques de la ville. La poignée de mains de deux commandants, ennemis depuis quinze ans, n'est pas un geste de réconciliation, inattendu tout simplement. De l'autre côté cette nuit-là est née la République démocratique et populaire d'Angola. Officiellement aussi, ici, on a célébré la naissance de la République populaire d'Angola. Un jeu de mots, mais deux républiques pour le même pays, deux gouvernements et deux chefs d'État. Luanda et le MPLA ont investit le leur, Agostino Neto, avec des slogans empruntés ailleurs : lutte révolutionnaire, lutte contre l'impérialisme, le pouvoir au peuple. Colonie portugaise jusqu'au 10 novembre à minuit, nouvelle république africaine le 11 novembre à zéro heure.
Agostino Neto
Qu'est-ce que représente ? C'est la liberté.
Journaliste
La liberté ?
Agostino Neto
Oui.
Journaliste
Ça fait quoi d'être le président d'un nouveau pays africain, ça représente quoi ?
Agostino Neto
Ça représente quoi ? C'est une libération de l'Angola. Je crois que tout le monde comprend que l'Angola a traversé une période difficile, traverse une période difficile, donc la libération c'est un évènement très spécial pour toute l'Afrique.
Journaliste
Monsieur le Président, vous savez que la partie n'est pas complètement gagnée.
Agostino Neto
Oui, mais on va gagner.
Journaliste
Cette nuit-là, on va beaucoup tirer dans les rues de Luanda, tirer en l'air. Demain, toutes les forces armées auront regagné leur poste de combat. L'Angola, avec dans l'ombre les grandes puissances mondiales, a choisi la guerre bien avant ce 11 novembre, à zéro heure.