Foule à Jérusalem, après l'assassinat de Rabin

05 novembre 1995
02m
Réf. 01667

Notice

Résumé :

Le 4 novembre 1995, Yitzhak Rabin est assassiné par un extrémiste israélien. La mort d'un des principaux artisans du processus de paix au Proche-Orient provoque l'émotion de la communauté internationale et l'inquiétude des habitants de la région.

Date de diffusion :
05 novembre 1995
Date d'événement :
04 novembre 1995

Contexte historique

Le 4 novembre 1995, Yitzhak Rabin est assassiné par un extrémiste israëlien, Ygal Amir, au cours d'une manifestation en faveur de la paix à Tel-Aviv. Yitzhak Rabin, ancien militaire et artisan de la victoire lors de la Guerre des Six jours, a défendu tout au long de sa carrière au sein du parti travailliste une politique sécuritaire et répressive face à l'activisme palestinien. Cependant, devenu Premier Ministre d'Israël en 1992, il comprend la nécessité de trouver un compromis pour mettre fin à un conflit qui dure depuis 1948.

Le 13 septembre 1993, à Washington, alors que les Palestiniens reconnaissent le droit à l'existence de l'Etat d'Israël, il accepte de traiter avec l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine) en tant qu'organisation représentative du peuple palestinien. L'image de sa poignée de main avec Arafat devient alors le symbole d'un nouvel espoir en faveur de la paix. Il reçoit d'ailleurs le Prix Nobel en 1994 en compagnie du chef de l'OLP et de Shimon Peres. Les extrémistes des deux camps déclenchent alors des vagues d'attentats, sans pour autant parvenir à bloquer le processus de paix. Yitzhak Rabin est lui-même victime d'une violente campagne de presse à l'intérieur de son pays, orchestrée par ses adversaires politiques du Likoud. Malgré cela, l'annonce de son décès provoque une onde de choc, aussi bien en Israël qu'au niveau international. Les principaux chefs d'Etat et de gouvernement, dont le roi Hussein de Jordanie et le président égyptien Hosni Moubarak, assistent à ses obsèques le 6 novembre 1995. Yasser Arafat est absent pour des raisons de sécurité.

Après la disparition d'Yitzhak Rabin, Shimon Perès assure l'intérim mais les attentats-suicides continuent à terroriser la population. Les élections anticipées de mai 1996 donnent la victoire à son adversaire Benjamin Netanyaou qui entend revenir sur certaines concessions accordées aux Palestiniens, concernant notamment la colonisation des territoires occupés. Le processus du paix s'est enlisé.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Le reportage cherche à rendre compte de l'émotion suscitée en Israël par l'assassinat du Premier Ministre Yitzhak Rabin. Pour cela, le journaliste insiste d'abord sur les différentes formes d'hommages rendus par la population : bougies et pancartes devant le domicile du défunt, et surtout vues d'ensemble de la foule venue se recueillir devant son cercueil, en face du Parlement. Les plans plus généraux des Israéliens qui attendent pour s'incliner devant la dépouille, exposée solennellement devant la Knesset, nous permettent d'observer la diversité du million de personnes (environ un habitant sur 6) venues rendre un dernier hommage à Rabin : différentes générations, différentes confessions, mais aussi présence d'Arabes dans cette foule d'anonymes. Les plans plus resserrés et les entretiens permettent aux téléspectateurs de matérialiser cette douleur : visages éplorés, prières, jeunes filles allumant des bougies devant le cercueil.

Les propos tenus par différents Israéliens rendent clairement compte du climat d'incompréhension qui règne sur place. Ces personnes dénoncent l'extrême degré de violence atteint par la campagne de presse anti-Rabin lancée à l'intérieur du pays, et s'interrogent sur les motifs qui ont pu pousser un extrémiste à tuer un de ses propres dirigeants politiques. Les réactions traduisent également le climat de peur dans lequel vivent les Israéliens, face à la reprise de la violence et des attentats. La conclusion du reportage est plus surprenante, elle tranche avec le ton des propos tenus par la dernière interlocutrice et par le présentateur dans le lancement de son sujet. En effet, plutôt que d'insister sur l'angoisse de la population, le journaliste choisit de terminer sur une note optimiste quant à la poursuite du processus de paix.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Une foule silencieuse et une très grande émotion, cette disparition provoque aussi de l'inquiétude dans le pays. Le reportage de nos envoyés spéciaux à Jérusalem, Philippe Peaster et Philippe Poncet.
Philippe Peaster
Pourquoi ? C'est la question qui taraude le peuple d'Israël, affichée là devant la résidence du Premier Ministre disparu. Depuis hier soir, des centaines de personnes se sont relayées ici. Des bougies, autant de flammes pour se souvenir. Silence et recueillement. Marcelle est venue allumer là autant de bougies que de membres de sa famille.
Marcelle
Je suis furieuse contre toutes ces personnes qui ont traité Rabin de meurtrier et de fasciste, qui l'ont représenté avec des habits nazis. C'est terrible.
Philippe Peaster
La foule, c'est ailleurs qu'il faut la chercher, devant la Knesset, le Parlement où le corps du Premier Ministre a été solennellement déposé. Une foule qui se presse sur des kilomètres : trois heures à progresser lentement avant de pouvoir s'incliner devant la dépouille mortelle. Et toujours ces visages fermés, ce silence. Dans cette foule, venus des quatre coins du pays, énormément de jeunes.
Inconnu
Je suis très triste. C'est une lourde faute à porter pour Israël, ce meurtre de Rabin, et plus encore parce que c'est un Israélien qui l'a commis, un Juif.
Inconnue
J'ai peur, j'ai peur.
Philippe Peaster
Vous avez peur de quoi ?
Inconnue
Oui, j'ai peur de ce qu'il va arriver après. J'étais tellement plus sure de moi ici, je me sentais si bien, et puis tout d'un coup j'ai peur, voilà.
Philippe Peaster
Et toute la nuit, ils vont continuer à défiler ainsi. Ils seront peut-être plus d'un million venus ici rendre un dernier hommage jusqu'aux funérailles demain, à quatorze heures. Après les cris et les larmes hier, Israël ce soir est passée au recueillement. Une douleur plus rentrée mais dominée par un terrible sentiment d'injustice et d'incompréhension vis-à-vis de ce geste meurtrier. Mais au-delà, étrangement, les gens ici ne semblent pas inquiets quant à la poursuite du processus de paix.

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