Réactions à Jérusalem après l'échec de Camp David II en juillet 2000

26 juillet 2000
02m 22s
Réf. 01668

Notice

Résumé :

En juillet 2000, l'échec de la tentative de Bill Clinton pour faire avancer le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens à Camp David révèle un durcissement des positions dans la région.

Type de média :
Date de diffusion :
26 juillet 2000
Date d'événement :
25 juillet 2000

Contexte historique

En mai 1999, la victoire électorale des travaillistes et l'arrivée d'Ehoud Barak au poste de Premier Ministre d'Israël font espérer une relance des négociations entre l'Etat juif et l'Autorité Palestinienne. Celle-ci, alors présidée par Yasser Arafat, est une instance née des négociations menées depuis les accords d'Oslo en 1993. Elle vise à accorder un régime d'autonomie aux Palestiniens, avec des institutions propres et une administration des affaires sociales, premiers pas vers une souveraineté étatique réelle.

Du 11 au 25 juillet 2000, Bill Clinton réunit Barak et Arafat à Camp David. Le lieu est hautement symbolique puisque c'est à cet endroit que furent conclus en 1978 des accords qui aboutirent l'année suivante à la signature d'un traité de paix entre l'Egypte et Israël. Mais les deux parties ne trouvent pas de terrain d'entente. Trois points font obstacle à la conclusion d'un accord : les territoires occupés, le statut de Jérusalem et le droit de retour des réfugiés palestiniens. En effet, si Israël offre de réduire considérablement sa zone de contrôle en Cisjordanie, c'est un retrait total que les Palestiniens réclament. Arafat juge illégale l'occupation par Israël de territoires annexés au moment de la Guerre des Six jours (1967), condamnée alors par l'ONU. Cependant, la présence de colonies juives rend la gestion d'une région fragmentée extrêmement complexe. Arafat revendique également le partie Est de Jérusalem. Mais cette proposition se heurte à la volonté des négociateurs israéliens de préserver l'unité de leur capitale, annexée depuis 1980, et de conserver dans le giron d'Israël un des lieux du culte musulman, l'esplanade des Mosquées, considérée comme l'emplacement symbolique du mont du Temple.

Enfin, le sort de la diaspora palestinienne depuis le conflit de 1948 est loin d'être réglé. Accepter un droit de retour des palestiniens, en accord avec la résolution onusienne de 1948, reviendrait pour Israël à reconnaître sa responsabilité dans leur exode et à devoir intégrer une importante population non juive. L'échec de Camp David, souvent imputé à l'intransigeance d'Arafat, a de graves conséquences. En effet, l'enlisement du processus de paix, les difficultés sociales et surtout la nouvelle Intifida en septembre 2000 mettent en péril le projet de constitution d'un Etat Palestinien, alors en cours de consolidation (cf. " la deuxième Intifada").

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Ce reportage a pour but de recueillir, à Jérusalem, les réactions de la population au lendemain de l'échec des négociations de Camp David II. Le choix de la capitale israélienne n'est pas anodin car la question de son partage éventuel a été au coeur des discussions. L'envoyé spécial illustre les tensions existants entre Israéliens et Palestiniens en interrogeant des habitants soigneusement choisis. Ainsi, la jeune fille qui fait signer la pétition pour le maintien de l'unité de la capitale israélien et le directeur des institutions juives, dont les bâtiments sont situés dans les quartiers arabes annexés de Jérusalem, sont représentatifs de l'opinion la plus radicale au sein de la communauté juive de la ville.

Le lancement et la conclusion du reportage tentent de nuancer l'impression dominante qui transparaît dans les images, celle d'un durcissement des positions, en évoquant "d'autres israéliens et d'autres palestiniens" plus modérés et déçus par l'échec du processus de paix. Au-delà des difficultés à rendre compte de manière juste et nuancée d'une opinion publique diffuse, on peut émettre plusieurs hypothèses pour expliquer l'absence des plus modérés à l'antenne. D'abord, le reportage répond aux exigences de rapidité et d'efficacité qui commandent à la réalisation d'un journal télévisé quotidien, et peut-être a-t-il manqué du temps nécessaire pour interviewer un échantillon de population plus représentatif.

Mais peut-être aussi qu'ici, l'envoyé spécial a privilégié les réactions les plus extrêmes, pour montrer plus clairement aux téléspectateurs les enjeux des débats, essentiellement le statut de Jérusalem et la création d'un Etat Palestinien souverain.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
A Jérusalem, qui est aujourd'hui au coeur de la discorde entre Israéliens et Palestiniens, la tension était effectivement perceptible. Et si dans les deux camps les extrémistes se réjouissent de l'échec des négociations, les autres veulent encore espérer. Reportage de Luc Lagun-Bouchet et Pierre Dick.
Luc Lagun-Bouchet
La vieille ville, c'est la perle de Jérusalem, c'est là que sont situés les lieux saints, c'est donc un endroit qu'aucun Juif et aucun Musulman n'est prêt à abandonner. Dans le quartier juif, personne n'imaginait que Barak puisse rendre cette vieille ville, annexée en 1967, aux Arabes, c'est donc la satisfaction. Mieux, la mobilisation continue, ici les gens signent encore des pétitions pour que Jérusalem reste la capitale unifiée et éternelle d'Israël.
Inconnue
Je suis très contente, parce que la terre ne sera pas divisée, on la garde et ils ne nous la prennent pas. C'est une grande victoire pour nous.
Luc Lagun-Bouchet
D'autres encore se réjouissent de l'échec de Camp David : ce sont les colons juifs qui se sont implantés dans le quartier musulman. Dans l'une de leurs écoles talmudiques, ils étudient le coeur un peu plus léger.
Shlomo Aviner
Ça fait environ cent vingt ans que le mouvement sioniste a commencé. Et en cinquante ans, en soixante dix ans, on a construit un État. Et pendant ces cinquante dernières années, à travers tous les problèmes et toutes les difficultés, et bien on a quand même progressé.
Luc Lagun-Bouchet
Dans le quartier musulman, les Palestiniens non plus ne cachent pas leur joie : Arafat n'a pas cédé aux pressions israéliennes et américaines. Ils espèrent maintenant qu'il annoncera, comme prévu, la création d'un État palestinien le 13 septembre.
Inconnu
L'échec, c'est à cause des Israéliens qui ne veulent pas reconnaître nos droits, et surtout ils ne veulent pas que Jérusalem soit la capitale de l'État palestinien.
Luc Lagun-Bouchet
Les Palestiniens luttent toujours pour un État souverain englobant la Cisjordanie, la Bande de Gaza et Jérusalem Est avec la vieille ville, ils croient aussi que le temps travaille pour eux.
Adnan Al Houxxeiny
Le problème palestinien remonte au début du siècle. Il y a eu des hauts et des bas, il y a eu beaucoup de négociations et beaucoup d'affrontements. Et finalement la situation progresse et donc il faut continuer.
Luc Lagun-Bouchet
La plupart des habitants de la vieille ville, qu'ils soient Juifs ou Musulmans, appartiennent au front du refus, pas étonnant donc qu'ils se réjouissent de l'échec de Camp David. Mais il y a d'autres Israéliens et d'autres Palestiniens qui estiment que la journée d'hier a été un mauvais jour pour la paix, et pour eux, les négociations doivent se poursuivre coûte que coûte pour éviter les affrontements.

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