Yasser Arafat assiégé à Ramallah

03 février 2002
02m 19s
Réf. 01669

Notice

Résumé :

En 2001, les attentats perpétrés par les groupes palestiniens radicaux provoquent la montée des tensions entre Israël et l'Autorité Palestinienne. Ariel Sharon accuse Yasser Arafat de complicité et décide en décembre de l'assiéger dans Ramallah.

Date de diffusion :
03 février 2002
Source :

Contexte historique

L'échec du sommet de Camp David en juillet 2000 et la Seconde Intifada interrompent le processus de paix entamé à Oslo (cf " Réactions à Jérusalem après l'échec du sommet de Camp David"). Ariel Sharon, élu Premier Ministre d'Israël en février 2001, symbolise la fermeté face aux Arabes. Ces derniers l'accusent d'avoir provoqué les Palestiniens en se rendant sur l'esplanade des Mosquées après l'échec des négociations de Camp David, acte qui aurait indirectement contribué à la deuxième intifada et à l'arrêt du processus de constitution d'un Etat Palestinien souverain. Le gel des négociations et la reprise des attentats expliquent la montée des tensions entre le Premier Ministre israélien Ariel Sharon et Yasser Arafat, Président de l'Autorité Palestinienne, soupçonné de faire preuve d'une passivité complice face à la multiplication des attentats. Ces attentats sont l'oeuvre de groupes extrémistes palestiniens, tels que les islamistes du Hamas, ou des radicaux de son propre parti, le Fatah, qui rêvent de reconquérir la Palestine historique.

Le 3 décembre 2001, Ariel Sharon décide de mettre hors d'état de nuire celui qu'il a désigné quelques jours auparavant comme le "plus grand obstacle à la paix": le chef de l'Autorité Palestinienne Yasser Arafat, 73 ans. Un char et deux blindés surveillent le siège de l'Autorité Palestinienne à Ramallah où Arafat vit retranché. Alors qu'il est le président élu de l'Autorité palestinienne, Arafat ne peut sortir de la zone pour remplir ses activités de chef de la diplomatie palestinienne. En fin de compte, il ne quitte son Quartier Général que pour partir se faire soigner à Paris, où il meurt le 11 novembre 2004. Il est enterré dès le lendemain à Ramallah, au milieu d'une foule de Palestiniens en deuil.

L'arrivée à la tête de l'Autorité palestinienne d'un nouveau président, Mahmoud Abbas relance l'espoir d'une reprise du dialogue israélo-palestinien. Mais la victoire du Hamas aux élections législatives de janvier 2006 a depuis à nouveau hypothéqué les chances de trouver une sortie rapide à un conflit qui dure depuis près de 60 ans.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Le journaliste Charles Enderlin est le correspondant permanent de France 2 au Proche-Orient. Spécialiste de la question israélo-arabe, il côtoie Yasser Arafat depuis des années, ce qui explique sans doute qu'il ait réussi à obtenir un entretien. Assiégé militairement par les Israéliens, le président de l'Autorité Palestinienne Yasser Arafat utilise ici sa dernière arme : l'image médiatique. Filmé au milieu de ses partisans, on le voit prendre un bain de foule ou recevoir le soutien d'Israéliens, arabes et juifs. Mais dans les deux cas, on ne peut évaluer avec précision l'ampleur des manifestations de soutien.

Le plan très serré sur Arafat tentant de se frayer un chemin au sein de la foule accentue en effet l'effet de nombre sans qu'on ne puisse réellement avoir une vue d'ensemble de la scène. De même, on ne voit à l'image qu'un seul jeune venu soutenir Arafat. Dans son discours, Arafat veut montrer sa volonté de poursuivre le processus de paix et se présente en victime de la politique israélienne. Comme pour venir appuyer ses propos, la caméra, placée du côté des chars israéliens, les filme en train de réprimer une manifestation pacifique de soutien au chef de l'Autorité Palestinienne. Le leader historique de l'OLP apparaît donc ici comme un homme de paix, modéré dans ses revendications territoriales.

Sans mettre en doute la sincérité de ses paroles, on peut cependant s'interroger sur les objectifs poursuivis ici par Arafat, qui fait figure d'homme assiégé, constamment entouré de ses gardes du corps. Il s'agit pour lui d'utiliser les médias d'une part pour émouvoir l'opinion internationale sur sa situation et d'autre part pour montrer sa bonne foi face aux accusations d'Ariel Sharon. Il cherche à regagner sa crédibilité sur la scène diplomatique en se démarquant du Hamas, qui continue à multiplier les attentats contre Israël, et en se posant en leader de l'Autorité Palestinienne.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Béatrice Schönberg
Yasser Arafat, toujours assiégé à Ramallah dans son quartier général. Le Président de l'autorité palestinienne condamne aujourd'hui dans une tribune libre du New York Times les attaques contre les civils israéliens et appelle au dialogue. Yasser Arafat qui a accepté de rencontrer notre correspondant permanent, Charles Enderlin.
Charles Enderlin
Yasser Arafat est toujours assigné à résidence dans la ville de Ramallah, où il peut se déplacer, mais qu'il ne peut quitter. Et il ne se passe pas de jour sans qu'il reçoive des délégations de soutien. Hier, près de deux cents Israéliens, arabes, et juifs. Et ce matin, à quelques dizaines de mètres de ces appartements, l'armée israélienne dispersait une petite manifestation de volontaires étrangers.
Yasser Arafat
Quelle est la signification de ces chars à quelques mètres d'ici ? A combien ? Trente mètre, vingt-cinq mètres approximativement ?
Charles Enderlin
Comment vous sentez-vous sous la menace de ces tanks ?
Yasser Arafat
Ce n'est pas la première fois.
Charles Enderlin
Pourtant, votre adjoint, Abu Mazen, a rencontré Ariel Sharon mercredi dernier ?
Yasser Arafat
C'est un nouveau début. J'espère que Sharon ne fait pas cela uniquement parce qu'il va à Washington. On espère que ça va continuer. Nous n'avons jamais cessé les contacts. Et aussi ils sont permanents avec le fils de Sharon, Omri.
Charles Enderlin
Le Président Bush est très critique à votre égard.
Yasser Arafat
Il ne faut pas oublier qu'il est un nouveau président, et qu'il a besoin de temps, comme tout nouveau président.
Charles Enderlin
Yasser Arafat conclue son entretien par son credo : les Palestiniens, dit-il, ont le droit de vivre dans un État indépendant en Terre Sainte.
Yasser Arafat
La Terre Sainte n'appartient pas seulement aux Palestiniens, mais aux Palestiniens, aux Israéliens, au Proche-Orient tout entier.
Charles Enderlin
La longue nuit de Yasser Arafat va se poursuivre par des consultations avec ses chefs de sécurité.

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