Les conséquences de la construction du mur de sécurité à Jérusalem

01 novembre 2002
02m 53s
Réf. 01670

Notice

Résumé :

En juin 2002, Israël entame la construction d'une barrière de sécurité à la frontière avec la Cisjordanie afin de lutter contre la recrudescence des attentats sur son territoire. Ce mur suscite alors de nombreuses polémiques au niveau international.

Date de diffusion :
01 novembre 2002
Date d'événement :
12 octobre 2002
Personnalité(s) :

Contexte historique

Le début du chantier de construction d'une "clôture de sécurité" entre Israël et la Cisjordanie en juin 2002 a suscité une forte polémique au sein de la communauté internationale. Pour Israël, il s'agit alors de se prémunir, au moyen d'une frontière hermétique, contre les attentats qui frappent le pays depuis la reprise de l'Intifada en septembre 2000.

Pour les opposants à la construction, ce "mur de la honte" est une atteinte aux droits de l'homme puisqu'il entrave la circulation des hommes. De plus, son tracé est controversé car il ne coïncide pas avec la ligne verte, frontière entre Israël et la Cisjordanie définie à l'issue de la Guerre des Six Jours en 1967. Le mur englobe ainsi certains territoires occupés : Israël est accusée de chercher à les annexer définitivement par une politique du fait accompli. De leurs côtés, les Palestiniens dénoncent les difficultés quotidiennes auxquelles les incohérences du tracé contraignent ses habitants de Cisjordanie : villages enclavés, terres cultivées situés de l'autre côté du mur...

A Jérusalem même, le mur traverse les quartiers arabes de la ville, entraînant d'importantes difficultés de circulation pour les riverains. Plusieurs fois redessiné sous la pression internationale, le mur atteint jusqu'à 8,5 mètres de haut et s'étend sur plus de 700 kms de long. Toujours en cours de construction en juillet 2006, son coût est estimé à plus de 2,8 milliards d'euros.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Le lancement du présentateur, dans lequel il évoque le climat de tension régnant au Proche-Orient, n'est qu'un prétexte à la diffusion d'un reportage sur le Mur de Sécurité, filmé quelques semaines plus tôt. Dans ce sujet, la journaliste dénonce les aberrations liées à la construction de la barrière de sécurité à Jérusalem. Elle évoque les difficultés quotidiennes de déplacement auxquelles sont confrontés les riverains d'un faubourg palestinien de la capitale. Ces difficultés sont illustrées par le cas de jeunes palestiniens, tributaires du bon vouloir de soldats israéliens à un point de contrôle entre les deux parties de la ville, soldats rendus peut-être ici moins inflexibles par la présence de la caméra. Les activités économiques (commerciales ou agricoles) sont également affectées comme en témoignent devant la caméra deux commerçants palestiniens. Le cas des cueilleurs d'olives de Bethléem, dont les champs seront bientôt inaccessibles, montre clairement aux télespectateurs l'indifférence des concepteurs du tracé quant aux conséquences de l'édification du mur sur l'économie cisjordanienne. Enfin, le dernier interlocuteur, géographe palestinien, bénéficie d'un statut d'expert qui confère une certaine crédibilité à sa thèse : il affirme que la volonté d'Israël est d'annexer définitivement la partie Est de Jérusalem.

Même si les motivations sécuritaires israéliennes sont rapidement évoquées, le reportage fait preuve de partialité car il n'illustre que le point de vue palestinien. Il concourt ainsi à la dénonciation médiatique de ce que ses adversaires ont appelé le "Mur de la Honte" (en référence à l'expérience berlinoise). La pression internationale face à certaines incohérences du tracé du mur a finalement conduit Israël à en modifier certaines portions, sans revenir toutefois sur le principe initial d'une séparation hermétique à la frontière cisjordanienne.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Au Proche-Orient, le Premier Ministre israélien Ariel Sharon poursuit ses consultations pour essayer de former un nouveau cabinet après le départ des ministres travaillistes. Le portefeuille de la Défense devrait revenir à Shaul Mofaz, ancien chef d'État-Major, partisan de la manière forte à l'égard des Palestiniens, et celui des Affaires Étrangères à l'ancien Premier Ministre Benyamin Netannyahou, le grand rival d'Ariel Sharon au sein du Likoud. Pendant ce temps, la tension entre Israéliens et Palestiniens est toujours extrême. Le chef du Hezbollah libanais a lancé aujourd'hui de Damas un nouvel appel à des opérations armées contre Israël, et à Jérusalem les autorités israéliennes achèvent la construction d'une clôture entre les deux secteurs de la ville. Reportage de Guenaëlle Lenoir et Loïc le Moigne.
Guenaëlle Lenoir
Un mur entre deux villes. A droite, Jérusalem Est, la partie arabe de la Ville Sainte annexée par Israël. A Gauche, Abu Dis, faubourg palestinien. Aucun passage possible en voiture depuis août dernier, quand les grues ont posé les dalles de béton au milieu de la rue. Les piétons, eux, doivent se faufiler par cette brèche creusée dans le mur de la mosquée, un passage aléatoire. Aujourd'hui, Abu Dis est sous couvre-feu, rues quadrillées par les soldats. Quelques téméraires tentent leur chance, refoulés par les gardes-frontière en faction devant le passage côté Jérusalem. Intervention des militaires qui viennent de leur interdire de circuler dans Abu Dis, discussion entre soldats, les Palestiniens passent finalement. Couvre-feu ou non, le mur bouleverse la vie quotidienne. Hassan Ekarmawi possède une épicerie côté Jérusalem.
Hassan Ekarmawi
Avant c'était bien, l'économie marchait bien dans le quartier. Aujourd'hui les chiffres d'affaire ont baissé de soixante à quatre-vingt dix pour cent.
Guenaëlle Lenoir
Wahi Moustafa habite, lui, juste de l'autre côté du mur.
Wahi Moustafa
Il ne s'agit pas seulement des revenus, du travail, mais aussi de notre santé. Je ne peux même plus aller à l'hôpital qui est à quoi, deux cents mètres ?
Guenaëlle Lenoir
Objectif du mur, selon les autorités israéliennes, empêcher les infiltrations de kamikazes vers Jérusalem. Pour les Palestiniens, la sécurité n'est qu'un prétexte.
Khalil Loutakji
Sharon a un plan : empêcher la séparation entre l'est et l'ouest. L'est, l'ouest et les colonies autour de Jérusalem seront annexés à Israël.
Guenaëlle Lenoir
Entre les maisons des cueilleurs d'olives de Bethléem et leurs arbres : un fossé hérissé de barbelés, doublé d'une route de terre destinée aux patrouilles, l'esquisse de ce que sera la clôture autour du grand Jérusalem. Ici et là, des passages aménagés par les Palestiniens faits de terre et de pierres, avant que la clôture ne devienne hermétique.