L'apartheid en Afrique du Sud

11 mars 1954
02m 27s
Réf. 01672

Notice

Résumé :

Depuis 1948, le gouvernement sud-africain a mis en place une législation instaurant la ségrégation raciale. La séparation territoriale systématique entre les Blancs et les autres groupes ethniques du pays ne sera abolie qu'en 1991.

Type de média :
Date de diffusion :
11 mars 1954
Source :

Contexte historique

L'apartheid ,"développement séparé" en langue afrikaans, est un principe d'organisation sociale fondé notamment sur la séparation spatiale des races. Elle trouve ses racines dans l'histoire nationale sud-africaine mais est également influencée par la doctrine nazie. Ainsi depuis la victoire en 1902 des Britanniques sur les Boers, issus de l'immigration hollandaise, les non-Blancs ne disposent d'aucun droit politique dans le pays. En 1934, le Docteur Malan crée le Parti National purifié qui tire sa doctrine de l'idéologie nazie. Cette idéologie fut véhiculée par certains colons allemands, restés pendant l'entre-deux-guerres dans leur ancienne colonie du Sud-Ouest africain (actuelle Namibie), colonie placée sous mandat de l'Afrique du Sud à la fin de la Première Guerre mondiale.

Devenu chef du gouvernement en 1948, le Docteur Malan fait appliquer une série de lois visant à interdire tout métissage entre les populations. Des mesures comme l'interdiction des mariages mixtes ou la séparation imposée dans des lieux publics servent en réalité à justifier la domination de la minorité blanche sur les 3/4 de la population noire ou métissée. Cette politique ne touche pas seulement les Noirs mais aussi les Hindous, eux aussi obligés de vivre dans des ghettos séparés des centres villes blancs. Il faudra attendre 1990 et la libération de Nelson Mandela pour que ces lois raciales soient abolies ( cf. "La Libération de Mandela").

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

En mars 1954, les Actualités Françaises diffusent des images filmées en Afrique du Sud ; un commentaire est ajouté au montage. Le choix musical témoigne des techniques journalistiques de l'époque : il contribue à la dramatisation du reportage et lui donne un rythme qui maintient en éveil l'attention du spectateur. Ici, le sujet est construit autour de trois thèmes musicaux différents qui accompagnent le récit du journaliste. L'histoire du peuplement du pays est illustrée par des plans serrés des monuments commémoratifs de Pretoria. Le fond musical (violons) cherche ici à magnifier l'épopée des premiers Afrikaners.

Le contraste entre les groupes raciaux est ensuite évoqué de façon très caricaturale. Le reportage oppose les Blancs, porteurs de la civilisation, et les Noirs, aux coutumes ancestrales, et incapables de maîtriser leur croissance démographique. D'un côté, Pretoria est présentée comme une ville européenne, avec des infrastructures et une architecture moderne. De l'autre, la musique lancinante et le choix de montrer une tribu traditionnelle donnent une image "folklorisée" de la population noire, accumulant tous les poncifs du genre : habitat précaire, costumes traditionnels, demi-nudité, techniques de cuisson rudimentaires. La séparation des groupes raciaux est évoquée à partir de symboles visibles dans les lieux et les transports publics : pancartes et autobus réservés. A nouveau, une musique très saccadée rythme les plans. Loin de porter un jugement moralisateur sur l'apartheid, le journaliste reprend à son compte certains arguments servant alors à la justifier. Il y voit une politique défensive de la part de la minorité blanche dans un souci de préservation du "patrimoine européen". La croissance démographique incontrôlable de la population noire, illustrée à la fin du reportage par un attroupement d'enfants noirs, est présentée comme une menace.

Pour comprendre cette vision très colonialiste des événements, il faut se replacer dans le contexte de l'immédiat après-guerre. Malgré les promesses faites durant le conflit, le processus de décolonisation n'est pas encore très avancé. Les puissances européennes tentent de maintenir en Afrique une domination politique et économique sur les populations, toujours considérées comme une "main d'oeuvre indispensable" au bon fonctionnement du système. La décolonisation et l'évolution des mentalités entraînent par la suite une réelle prise de conscience internationale sur le "drame sud-africain", évoqué en fin de reportage. Mais il faut attendre le début des années 90 pour que celui-ci se dénoue et que l'Afrique du Sud sorte de son isolement diplomatique en abandonnant sa politique d'apartheid.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Coexistence des Noirs et des Blancs, tel est le problème angoissant de l'Afrique du Sud, dont notre envoyé spécial nous rapporte ces images. Au milieu d'un monde noir, Pretoria offre des aspects d'une ville hollandaise, où chaque dimanche une piété intransigeante conduit à l'Église réformée les fils des immigrants du dix-septième siècle. Les Smith, de langue anglais, se sont ajoutés aux Van Staden d'origine hollandaise, aux Du Randt, aux Du Plessis, aux Du Toit, descendants des Protestants français qui ont vécu la grande épopée des chariots. Les Afrikaners sont les héritiers d'un passé sanglant. Les monuments perpétuent le souvenir, vieux d'à peine un demi-siècle, de la résistance farouche des Boers aux soldats anglais, incarnés par l'une de leur plus glorieuse figure, le Président Krüger, dont le successeur est le célèbre Docteur Malan, un des chefs d'État les plus controversés pour la solution radicale qu'il a donné au problème des races, la ségrégation, séparation pure et simple des Blancs et des Noirs. Cette mesure apparaît dans la moindre des manifestations publiques, comme cette cérémonie officielle, où le groupe blanc est nettement séparé du groupe noir. C'est que la question raciale est ici une question de nombre : trois millions de Blancs pour onze millions de Noirs et d'Hindous. Pour ces Blancs minoritaires, dont l'Afrique du Sud est la seule patrie, il s'agit de préserver le patrimoine européen devant une population croissante de Noirs qui constitue une main d'oeuvre indispensable. A Johannesburg, deux mondes se croisent maintenant dans les rues sans jamais se regarder dans les yeux : les Blancs, et les non Européens qui englobent les Hindous, malgré les continuelles et solennelles protestations du Président Nehru, à l'ONU. Autobus pour les Noirs, tramways pour les Noirs sont interdits aux Blancs sous peine d'amende. D'autres autobus, d'autres tramways, même des bancs de square, sont interdits aux Noirs sous peine d'amende. Couloirs pour les Noirs, escaliers pour les Blancs. Trains pour les Noirs, la séparation est totale. Mais ces solutions suffiront-elles à assurer la coexistence sans heurts de deux mondes vivant du même sol, où, lorsque naît un enfant blanc, dix enfants noirs voient le jour, aspect le plus angoissant du drame actuel de l'Afrique du Sud ?

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