La guerre du Biafra

03 mai 1968
02m 07s
Réf. 01675

Notice

Résumé :

La guerre opposant la province sécessionniste du Biafra au pouvoir fédéral nigérian de 1967 à 1970 est un des plus graves conflits de l'Afrique post-coloniale. La gigantesque famine qu'elle occasionne entraîne une nouvelle forme d'action humanitaire.

Type de média :
Date de diffusion :
03 mai 1968
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Contexte historique

Ancienne colonie britannique indépendante depuis le 1er octobre 1960, le Nigeria est le pays le plus peuplé d'Afrique et possède d'importantes richesses naturelles, notamment du pétrole. Comme de nombreux pays africains issus de la colonisation, ses frontières englobent différentes ethnies. La moitié de la population est constituée par les Peuls du Nord et les Haoussas de confession musulmane, alors que les Ibos majoritairement catholiques dominent l'Est du pays.

Une période d'instabilité politique s'installe au Nigeria à la suite de l'assassinat de son Premier Ministre et engendre des massacres d'Ibos en mai 1966. Ceux-ci se réfugient dans la région occidentale du Nigeria, le Biafra. Même si l'arrivée au pouvoir du lieutenant-colonel Gowon semble ramener le calme dans le pays, sa décision de diviser le pays non plus en 3 mais 12 régions administratives entraîne une vive résistance des Ibos et de leur chef le lieutenant-colonel Ojukwu. Pour ne pas voir son ethnie être séparée entre différentes régions, celui-ci proclame l'indépendance du Biafra le 30 mai 1967.

Cette décision marque le début d'un des plus graves conflits d'Afrique qui dure de juillet 1967 à janvier 1970, faisant près de deux millions de morts, victimes de la famine. L'importance du conflit s'explique par les appuis extérieurs reçus par les belligérants. Ainsi, la Tanzanie, le Gabon, la Côte-d'Ivoire, la Zambie et Haïti reconnaissent successivement le Biafra comme nouvel Etat. Mais les grandes puissances et l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine) apportent leur soutien au gouvernement fédéral. Il s'agit pour eux d'éviter un précédent qui peut mener à la remise en cause d'autres frontières africaines issues de la période coloniale. L'attitude de la France (et de la Chine) face à ce conflit est singulière : De Gaulle évoque le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et sa sympathie pour le Biafra. Il garde rancune au pouvoir nigérian de ses critiques suite aux essais nucléaires français au Sahara.

Le conflit se poursuit jusqu'en janvier 1970. Le Biafra se retrouve isolé diplomatiquement après la démission de De Gaulle et le désengagement de la France qui s'ensuit. Le départ d'Ojukwu force les Biafrais à la reddition. Celle-ci est suivie par une politique de réconciliation nationale.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Ce reportage du plus célèbre magazine d'informations de l'époque "Cinq colonnes à la Une" revient de manière très pédagogique (cartes à l'appui) sur les raisons du déclenchement de la guerre du Biafra, qui fait alors rage depuis près d'un an : données concernant la richesse et répartition des ethnies à l'intérieur du pays par le général Gowon, rappels historiques sur les conditions d'accession à l'indépendance...

Mais ni les explications du général président du Nigeria, ni les images de la capitale diffusées ici ne rendent compte de l'ampleur du conflit. Le journaliste ne peut commenter aucune image des combats : la région concernée est inaccessible et même la Croix-Rouge a décidé l'évacuation de ses bénévoles. Il tente de pallier ce manque d'images en critiquant les propos rassurants de la propagande officielle à laquelle se livre ici le général Gowon (cf. "mais ce qu'il ne nous dit pas"). Le commentateur évoque notamment les massacres des Ibos en 1966 et dresse un bilan provisoire des combats.

La couverture médiatique du conflit va par la suite entraîner une prise de conscience internationale et aboutir à la création d'un nouveau type d'action humanitaire. En effet, si la Croix Rouge a organisé dès le début du conflit des vols de ravitaillement et des hôpitaux de fortune, elle demande ensuite aux médecins bénévoles envoyés sur place de quitter le pays devenu trop dangereux. Certains d'entre eux dont Bernard Kouchner et Max Récamier refusent d'abandonner leurs postes.

Ils créeront ensuite l'association "Médecins sans frontières"" fondée sur une nouvelle approche de l'action humanitaire : la gestion prioritaire des situations d'urgence, l'appel à des professionnels de la santé, le devoir d'ingérence et le recours à une forte médiatisation (souvent critiquée par la suite) pour alerter l'opinion publique sur les drames vécus par les civils en temps de guerre.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Antoine Hirsch
Ancienne colonie britannique, le Nigeria est un des plus grands pays d'Afrique. Le Général Gowan, Président du gouvernement fédéral militaire, nous présent lui-même le pays qu'il dirige. Il nous parle de ses immenses richesses, du très bon rang qu'il occupe dans la production mondiale de cacao, d'arachide, d'étain, et plus récemment de pétrole. Il nous parle surtout de la plus grande de ses richesses, de ses cinquante à soixante millions d'habitants, un sixième de l'Afrique. Autant que toutes les anciennes possessions françaises d'AEF et d'AOF. Mais ce qu'il ne nous dit pas, c'est qu'en 1960, lors de l'indépendance, c'est le régime de la corruption qui s'instaura dans le pays. Une des trois grandes ethnies, celle des Ibos, réagit. Catholiques, ayant assimilé le mieux la civilisation européenne, les Ibos s'emparent petit à petit de tous les postes, tant dans l'armée que dans l'administration et au gouvernement. Sont-ils allés trop loin ? Toujours est-il que début 1966, à Kano, et dans d'autres villes du Nord, trente mille d'entre eux sont brutalement massacrés en un véritable pogrom. Dès lors, tous les Ibos retournent dans leur pays natal, au Sud-est du Nigeria, où ils sont huit millions environ. En mai 1967, ils décident de former un État à part, le Biafra. Trois mois après, le gouvernement fédéral réagit : c'est la guerre qui, en dix mois, aura fait déjà plus de cent mille morts et de un à trois millions de réfugiés.