Débuts de la guerre civile en Algérie

10 février 1992
02m 02s
Réf. 01679

Notice

Résumé :

La poussée électorale du parti islamiste algérien (FIS) amène le gouvernement algérien à suspendre le processus démocratique et à décréter l'état d'urgence le 9 février 1992. Cette mesure donne le signal à une lutte armée longue et sanglante.

Date de diffusion :
10 février 1992
Date d'événement :
09 février 1992
Personnalité(s) :
Lieux :

Contexte historique

Depuis octobre 1988, l'Algérie s'est engagée dans un processus de démocratisation : le FLN (Front de Libération Nationale) n'est plus le parti unique, et des élections libres sont organisées. C'est de cette époque que date la création et la légalisation par le pouvoir d'un nouveau parti, le FIS (Front Islamique du Salut). Ce parti prône l'instauration d'une République islamique et le rejet de la démocratie, considérée comme un héritage colonial français, incarnée par les hommes au pouvoir. Ce discours séduit une partie de la population puisque le FIS remporte les élections municipales et régionales de juin 1990.

Mais l'année suivante, l'organisation des premières élections législatives est perturbée par les violences contre le mode de scrutin, violences encouragées par le FIS. L'état de siège est décrété, les élections sont reportées. Malgré cela, le FIS remporte une large victoire au premier tour (188 sièges contre 15 au FLN), mais il faut noter le très fort taux d'abstention (42%). L'armée, qui contrôle toujours les rouages de l'Etat, refuse de collaborer avec le FIS et décide de remplacer un Premier Ministre jugé trop conciliant. Dans les jours qui suivent, le processus électoral est suspendu et Mohamed Boudiaf, un des artisans de l'indépendance algérienne, est appelé à la tête d'un Haut Comité d'Etat, nouvel organe exécutif. Ce dernier obtient l'interdiction du FIS et décrète l'état d'urgence le 9 février 1992. Ces mesures marquent le début d'une période de terreur dont Boudiaf sera lui-même la victime, puisqu'il est assassiné en juin 1992.

A la répression officielle et aux arrestations massives des dirigeants du parti islamiste répond une radicalisation d'une partie des bandes armées soutenant le FIS. Le GIA ( Groupes Islamiques Armés) exporte même le conflit au-delà des frontières algériennes en détournant un avion d'Air France en décembre 1994. La crise algérienne se dénoue partiellement avec l'élection de Bouteflika à la présidence en avril 1999 et le référendum approuvant sa politique de concorde civile (voir le "Référendum sur le projet de Concorde Civile de 1999").

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Le reportage évoque les mesures envisagées par le pouvoir algérien contre le FIS (Front Islamique du Salut). Ce parti politique est présenté comme une menace ; rendu responsable des flambées de violences, il rassemblerait les votes de tous les "laissés pour compte", dans un pays en proie à de graves difficultés socio-économiques. Le journaliste ne fait aucune allusion aux mesures gouvernementales visant à empêcher le déroulement normal du processus démocratique. La suspension du scrutin électoral après le large succès du FIS au premier tour des législatives et la mise à l'écart par l'armée de l'ancien Premier ministre sont ainsi passées sous silence.

L'état d'urgence semble donc s'inscrire dans une nécessaire logique de protection d'un Etat politiquement affaibli. Le journaliste ne doute pas de son efficacité : "l'Etat s'est doté de tous les moyens pour faire respecter l'ordre public". Toutes les mesures répressives prises contre le FIS et sa prochaine interdiction semblent ainsi garantir le "retour au calme". Cette analyse, alors largement diffusée, minimise l'assise dont dispose le FIS auprès d'une certaine partie de la population algérienne, injustement réduite ici aux "laissés pour compte" et aux "barbus", aperçus au cours du reportage. L'état d'urgence, théoriquement décrété pour un an, a été maintenu tout au long des années de terreur en Algérie, qui ont vu s'affronter les forces gouvernementales et les groupes armés soutenant le mouvement politique islamiste.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
En Algérie, l'escalade de la violence et de la répression. Hier, le Président du Haut Comité d'État, Mohammed Boudiaf, a décidé l'état d'urgence en raison des évènements de ces derniers jours. Pendant le même temps, le ministère algérien de l'Intérieur déposait une plainte contre le FIS, c'est une première étape vers la dissolution de ce mouvement. Gérard Beaufils.
Gérard Beaufils
Après six jours de flambée de violence islamiste, le calme est revenu à Alger et dans tout le pays. L'instauration de l'état d'urgence pour douze mois ne favorise guerre les débordements à venir. L'État s'est doté en effet de tous les moyens pour faire respecter l'ordre public. En plus de la mise en place des nouvelles lois qui interdisent les prêches politiques dans les mosquées, le gouvernement peut maintenant suspendre ou interdire les institutions municipales ou régionales qui entraveraient ses activités. Le Front islamique du Salut, déjà privé des lieux de culte et de ses journaux, saisis ou interdits, pourrait donc aussi se voir chassé de ses mairies conquises pourtant avec la légitimité des urnes. Ces nouvelles mesures sont peut-être l'expression de l'instinct de conservation d'un pouvoir aux abois qui traverse actuellement une crise extrêmement grave.
Sami Nair
Nous sommes dans une situation de crise généralisée de légitimité parce que c'est une crise de l'État, parce que c'est une crise du système politique. Et le pouvoir ne peut acquérir de la légitimité que s'il est dans, que s'il lui est possible de proposer une orientation sociale, politique à cette société.
Gérard Beaufils
pour maintenir la paix civile et assurer la sécurité des personnes et des biens, les forces armées peuvent dorénavant faire interner toute personne dont les agissements seraient contraires aux intérêts de l'État. La dernière étape de la stratégie d'étouffement du FIS est également engagée, une procédure de dissolution du mouvement est en marche, sur plainte du Tribunal administratif pour non respect de la loi relative aux partis politiques. Ferme et déterminé, le nouveau pouvoir veut éradiquer le FIS qui récolte encore les faveurs de tous les laissés pour compte. Il lui faudra assurément s'attaquer rapidement aux véritables racines du mal : les problèmes économiques et sociaux endémiques en Algérie.