Référendum sur la loi de Concorde civile en Algérie

17 septembre 1999
03m 51s
Réf. 01682

Notice

Résumé :

Dans une Algérie traumatisée par plus de sept ans de guerre civile entre militaires au pouvoir et islamistes, le projet de loi de Concorde civile proposé par le nouveau président Bouteflika réveille les espoirs de paix au sein de la population.

Date de diffusion :
17 septembre 1999
Date d'événement :
16 septembre 1999
Personnalité(s) :
Lieux :

Contexte historique

Le référendum du 16 septembre 1999 est une étape majeure sur le chemin de la paix en Algérie. La décennie 90 a été marquée par une guerre civile d'une extrême violence (attentats, massacres) entre les militaires au pouvoir et les forces islamistes armées. Mais, après l'ouverture de négociations avec les responsables islamistes et la démission du président Zeroual (partisan de la fermeté), l'élection d'Abdelaziz Bouteflika, un des artisans de l'indépendance algérienne, le 16 avril 1999 , réveille l'espoir de la population. De surcroît , le 5 juin, l'Armée Islamique du Salut, bras armé du FIS décide de déposer les armes après des négociations tenues secrètes avec le gouvernement algérien.

Dans un effort de réconciliation nationale, Bouteflika, , prône l'amnistie des islamistes condamnés pour des crimes et délits mineurs au sein d'un projet de loi présenté au Parlement et soumis à un référendum qui recueille l'adhésion massive des Algériens avec près de 98% de oui. Cependant, cette victoire ne signe pas l'arrêt définitif de la terreur: même si les actes de violence sont en forte baisse à partir de 2001, des attentats sanglants sont encore perpétrés par les groupes les plus radicaux des deux camps.

En septembre 2004, le président algérien va plus loin en proposant une amnistie beaucoup plus large dans une "charte de la paix et de la réconciliation nationale". Ses adversaires objectent que la concorde civile ne peut être obtenue au détriment de la vérité. Cependant, la charte est adoptée avec plus de 80% de participation. Mais ces résultats très larges posent la questions pour beaucoup d'observateurs de la possible manipulation des résultats par un régime qui demeure autoritaire.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Ce reportage de France 2 revêt une forme assez classique : au lendemain d'une échéance électorale d'importance, il s'agit ici pour les journalistes envoyés spéciaux de recueillir quelques réactions au sein de la population, puis de mettre en perspective les attentes des électeurs et les difficultés de mise en oeuvre du projet électoral initial.

Dans le cas du référendum sur la Concorde Civile en Algérie, le reportage tente tout d'abord de montrer les signes concrets de pacification. Il s'ouvre sur une scène qui montre la prière des fidèles en pleine rue à cause d'une trop forte affluence dans la mosquée. Ces images tendent à estomper l'amalgame parfois opéré dans les médias entre simples fidèles portant la barbe et islamistes activistes. Les personnes interrogées sont majoritairement des jeunes qui, malgré le succès du référendum, semblent conscients des difficultés que doit encore surmonter l'Algérie. Si l'un d'eux s'inquiète de la poursuite éventuelle des attentats en dépit de la volonté politique affichée par le peuple algérien, les préoccupations des habitants sont avant tout d'ordre économique et social. C'est ce que l'envoyé spécial de France 2 rappelle également en plateau dans son analyse des résultats : les régions les plus touchées par les attentats aspirent légitimement à la paix mais celle-ci ne peut être obtenue sans de profondes réformes de l'Etat.

Enfin, malgré les signes d'apaisement, les plaies de la guerre civile sont encore ouvertes. Les plans serrés de ces femmes algériennes venues se recueillir au cimetière sur les tombes de leurs enfants, victimes de cette guerre, concluent ainsi de façon émouvante le reportage.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Béatrice Schönberg
Les Algériens ont donc apporté un oui massif au projet de concorde civile, un véritable plébiscite pour la paix qui offre désormais au Président Bouteflika une solide marge de manoeuvre. Ce référendum devrait être suivi rapidement d'un certain nombre de mesures hautement symbolique, comme de nouvelles grâces pour les islamistes, et puis dans la foulée le projet d'une nouvelle constitution. L'Algérie, sans se réjouir trop vite, espère qu'une page est tournée, celle de la violence. Thierry Thuillier, Christian Autain.
Thierry Thuillier
La mosquée Al Rammah est trop exiguë pour abriter tous les fidèles pour la grande prière du vendredi. Depuis un an, les habitants de ce quartier du centre-ville d'Alger peuvent de nouveau prier dehors, une pratique normalement interdite depuis la dissolution du FIS. La différence avec le début des années quatre-vingt dix, c'est qu'aujourd'hui la politique est bannie de la mosquée. Dans un pays où quatre-vingt dix neuf pour cent des électeurs ont voté oui à la paix, le mot d'ordre est le même partout. Faut se réconcilier entre nous-mêmes.
Inconnu
C'est notre grand espoir et c'est pour l'avenir de l'Algérie.
Inconnu 2
Il y a des tueurs qui commettent des, qui ont perpétré des massacres pendant sept ou huit ans, ils peuvent pas du jour au lendemain cesser de, de tuer. Donc ça va prendre du temps, mais je peux vous dire que nous sommes sur la bonne voie.
Thierry Thuillier
A Climat de France, la réconciliation n'est pas seulement un slogan. Les groupes armés ont beaucoup recruté parmi une jeunesse désoeuvrée. Chômage, logement, mal vivre : un concentré des maux de l'Algérie. La paix est revenue récemment, mais pour qu'elle dure les habitants attendent désormais d'autres initiatives d'Abd El-Haziz Bouteflika.
Inconnu 3
Il y a des priorités : le social, le chômage. Par sa volonté, par son amour de l'Algérie il a tous les moyens de, de faire vraiment beaucoup de choses.
Inconnu 4
Nous, on veut bien vivre dans notre pays, et en paix.
Inconnu 5
On veut la paix, on en a marre du sang qui a beaucoup coulé ici, que vous, dans ce patelin ici que vous voyez.
Thierry Thuillier
Le patelin, c'est Climat de France. Beaucoup de ses jeunes sont enterrés non loin de là, au cimetière d'[El-Qetar]. Il a fallu sept ans de massacres et d'attentats, sept ans, et des dizaines de milliers de victimes pour que la réconciliation s'impose à tous comme une nécessité.
Béatrice Schönberg
Et en direct d'Alger, Thierry Thuillier. Donc, quand on parle de plébiscite, il ne s'agit pas forcément de soutien politique inconditionnel au président algérien, mais davantage comme vous le disiez d'un vote pour la paix, et que pour la paix.
Thierry Thuillier
Effectivement, c'est une constante d'ailleurs depuis 1995, à chaque fois que les Algériens ont eu à s'exprimer, ont eu à voter, ils ont voté en faveur de la paix, et notamment en faveur de l'homme qui leur semblait le mieux à même d'imposer cette paix. Hier, c'était Liamine Zéroual, aujourd'hui c'est Abd El-Haziz Bouteflika. Et si on veut bien regarder le taux de participation par wilayas, c'est l'équivalent de nos départements, et bien on se rend compte que c'est dans les départements les plus frappés par le terrorisme que les électeurs se sont mobilisés. C'est dire si l'aspiration à la paix est unanimement partagée.
Béatrice Schönberg
Alors très concrètement, quelles seront les premières mesures du Président Bouteflika, et selon quel calendrier ?
Thierry Thuillier
Écoutez, après avoir beaucoup parlé, après avoir séduit par ses discours, Abd El-Haziz Bouteflika va devoir lever, disons dévoiler ses intentions en quelque sorte, et le premier acte d'après référendum devrait être la formation d'un nouveau gouvernement, la nomination d'un nouveau Premier Ministre qui devra poursuivre la loi, l'application de la loi dite de concorde civile jusqu'au début de l'année prochaine, et engager de nouvelles réformes de l'État. Des réformes de la justice, des réformes de l'école, autant de réformes qui sont indispensables à la bonne marche de la société algérienne, autant de réformes que les Algériens attendent avec beaucoup, beaucoup d'impatience.