Première Convention de Lomé

02 mars 1975
03m 39s
Réf. 01687

Notice

Résumé :

La Convention de Lomé I signée en février 1975 entre l'Union européenne et 46 pays d'Afrique, du Pacifique et des Caraïbes est une étape fondamentale dans la mise en place d'une coopération économique contractualisée et égalitaire entre Nord et Sud.

Date de diffusion :
02 mars 1975
Date d'événement :
28 février 1975
Personnalité(s) :
Lieux :

Contexte historique

Les accords conclus à Lomé (Togo) en février 1975 entre l'Union européenne et 46 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (zone ACP) s'inscrivent dans un processus plus large de mise en place d'une coopération économique entre l'Europe et certains pays en voie de développement. Dès la création du Marché commun européen (Traité de Rome en 1957), une politique d'aide au développement est mise en place en direction des anciens pays colonisés. Ainsi, les Conventions de Yaoundé en 1963 et 1969 posent les bases d'une aide économique, alors limitée à une vingtaine d'anciennes colonies africaines.

Mais la première convention de Lomé en 1975 introduit une dimension nouvelle dans les relations Nord/Sud. Elle fonde les principes d'une coopération commerciale contractualisée et étendue géographiquement en Afrique mais aussi dans les zones Pacifique et Caraïbes. Ce partenariat est renouvelé à quatre reprises (en 1979,1984 et 1989) et étendu à 69 pays. L'objectif principal est de favoriser l'accès des produits agricoles et miniers d'exportation de la zone ACP au marché européen. Il s'agit ainsi d'aider au développement commercial de ces pays tout en veillant à la préservation de leur autosuffisance alimentaire. Ces accords entre l'Europe et les pays du Sud sont alors considérés comme un modèle dans le domaine de la coopération Nord-Sud.

Pourtant, dans les années 90, les difficultés rencontrées par certains pays en voie de développement pour maintenir leur équilibre politique intérieur et leur place dans un marché d'échanges mondialisés font apparaître ces moyens insuffisants. C'est pourquoi l'Accord de Cotonou signé en juin 2000 entre l'Union européenne et 76 pays de la zone ACP pour une durée de 20 ans fait de la lutte contre la pauvreté et de l'intégration de ces pays dans l'économie mondiale un objectif prioritaire.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Le traitement médiatique de la convention de Lomé est révélateur des ambiguïtés et des espoirs suscités par cette forme inédite de coopération Nord/Sud. Ainsi, le journaliste insiste dans son commentaire sur le "gigantesque pas en avant" effectué en direction des pays africains. Mais le spectre du néo-colonialisme est encore présent dans les esprits. Claude Cheysson, alors commissaire européen chargé des relations avec les pays en voie de développement, doit s'en défendre ici. C'est une vision très européanocentrée et toute à la gloire de l'action accomplie en direction des pays africains que nous donne ici le journaliste. Il prend l'exemple du Togo où l'"omniprésence européenne" sur place permettrait selon lui le financement de différents projets dans les domaines éducatifs et industriels. L'optimisme est à son comble lorsqu'il décrit la convention de Lomé comme un "instrument de la libération véritable des peuples du Tiers-Monde".

Les faits viendront cependant démentir cette vision très messianique des ambitions européennes en Afrique. En effet, les efforts réels accomplis en direction des pays de la zone ACP n'empêchent pas la crise économique à laquelle des pays comme le Togo ("en route vers la fortune industrielle" selon le journaliste) se voient confrontés à la suite du choc pétrolier de 1973 et de la baisse des cours de certaines matières premières d'exportation.Au final, les espoirs démesurés formulés à l'époque de la Convention de Lomé se heurtent aux insuffisances des moyens alors mis en oeuvre pour lutter contre la pauvreté et l'instabilité politique endémique dans ces régions.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Pourquoi la fête à Lomé, en quel honneur ce déploiement de faste ? Pour un évènement qui dépasse, et de loin, le folklore local : la signature de la convention qui associe le marché commun à l'Afrique et quelques pays des Caraïbes et du Pacifique. La nouvelle convention qui remplace celle de Yaoundé constitue un gigantesque pas en avant. D'abord elle concerne toute l'Afrique, au lieu des seules anciennes colonies belges et françaises, ensuite elle offre des crédits considérables : quinze milliards de francs. Et surtout, non seulement elle ouvre sans restriction le marché commun, mais encore elle garantit des revenus stables aux pays africains. Même si les cours et même si la production s'effondrent, c'est l'Europe qui paiera la différence. Il est symbolique que la signature ait lieu dans la capitale du minuscule Togo, un des plus petits et jusqu'ici des plus pauvres parmi les pays d'Afrique. Et pourtant le Togo n'est pas dénué de ressources : il a de gros gisements de phosphate, dont le prix a quadruplé depuis quelques mois, contrepartie de l'aide européenne, en cas de pénurie le Togo ne pourra refuser l'accès à une matière première précieuse. Mais le Togo, en route vers la fortune industrielle, a grand besoin de rééquilibrer son agriculture en décadence. Il y a des milliers d'hectares de plantations de palmiers à huile, comme celle-ci, financée à l'origine par le fonds européen de développement, par l'argent du marché commun. De même que pour les matières premières industrielles, l'accès aux ressources agricoles du Togo, ici un exemple parmi les autres pays d'Afrique, cet accès est garanti aux Européens. Décidément on retrouve partout les subventions du marché commun, jusque dans une petite école de village dont certains bâtiments ont été financés par le fonds européen. Il y a aussi le lycée [INCOMPRIS] à Lomé, le nouveau port ultramoderne, si bien qu'on peut se poser la question de savoir si cette omniprésence européenne n'est pas une forme de néocolonialisme collectif.
Inconnu
Quand vous voyez toute l'Afrique se mettre à la même table, des pays qui ont de vieux rapports avec l'Europe, avec la France, l'Italie, ce que vous voulez, mais aussi des pays qui n'avaient pas de liens avec l'Europe, qui sont venus spontanément se mettre à la table, qui ont une belle dimension : le Nigeria, le Kenya, les pays des Caraïbes etc. , quand vous les voyez tous venir se mettre à la même table que les anciens partenaires de Yaoundé, former un bloc, avec ce que cela comporte comme fierté et comme orgueil d'être capable de travailler ensemble, ensemble de négocier avec l'Europe, est-ce que vous croyez que ceci est du néocolonialisme ?
Journaliste
Et les Togolais eux-mêmes, après tout ce sont les premiers intéressés, ne se sentent-ils pas en état de dépendance ?
Inconnu 2
Nous sentons une certaine dépendance, bien sûr, mais dans notre structure actuelle nous appelons cela de l'interdépendance, parce que nous sentons que nous avons nous aussi quelque chose à offrir aux pays développés. Nous en sommes très conscients, et c'est dans ce sens que nous voyons la convention de Lomé, comme une sorte de solidarité entre pays développés et pays sous-développés.
Journaliste
Il ne faut pas s'y tromper : certains jeunes cadres font discrètement des réserves sur une présence européenne qu'ils jugent quelquefois pesante. Mais en général, les gouvernements africains ont bien compris que la convention de Lomé, si à long terme elle est aussi une bonne affaire pour l'Europe, peut devenir un instrument de la libération véritable des peuples du Tiers-monde.