Sommet de Cancun

23 octobre 1981
03m 28s
Réf. 01688

Notice

Résumé :

Le Sommet de Cancun est une des étapes importantes d'un dialogue Nord-Sud amorcé avec la création de la CNUCED en 1964. Mais les promesses de coopération alors formulées ont été depuis mises à mal par la nouvelle donne économique mondiale.

Date de diffusion :
23 octobre 1981
Date d'événement :
22 octobre 1981
Source :

Contexte historique

En 1964, la création de la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement) devait permettre d'accélérer la croissance économique des pays en développement (PVD) en intensifiant leurs liens commerciaux à l'échelle internationale. L'aide financière aux PVD et l'ouverture des marchés des pays les plus riches à leurs produits devaient également rendre les échanges plus équitables. Mais les mécanismes de régulation mis en place pour faire face à la fluctuation du cours des matières premières apparaissent vite insuffisants.

Quand s'ouvre en octobre 1981 à Cancun la conférence internationale sur la coopération et le développement, cette politique pourtant au coeur des relations Nord-Sud semble dans l'impasse. Cette réunion de 22 pays va relancer le dialogue grâce à l'introduction de principes novateurs. Les états participants s'entendent sur la nécessité de créer "un nouvel ordre économique mondial" fondé sur une coopération multilatérale et égalitaire des Etats. Le rôle des Etats-Unis est déterminant : jusqu'alors réticente face à ce type d'accord, la grande puissance accepte de s'engager dans cette voie. Mais l'optimisme soulevé en 1981 par cette réunion est de courte durée. En effet, le dialogue est interrompu dans les décennies suivantes. La libéralisation croissante des marchés soumis au principe de concurrence a longtemps semblé incompatible avec la notion d'aide, assimilée au protectionnisme.

Il faut attendre la dixième CNUCED qui s'est tenue à Bangkok en février 2000 pour renouer le dialogue, sans pour autant aboutir à la mise en place de mesures concrètes.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

L'importance du sommet de Cancun dans le dialogue Nord-Sud est ici soulignée par le ton très solennel du présentateur et d'un des journalistes vedettes de la chaîne, Dominique Bromberger, envoyé spécial sur place. La première journée de discussions est résumée de façon très classique par le communiqué de presse gouvernemental (dont s'inspire le lancement) puis par des plans sur les participants réunis à la table des négociations. On note un très grand souci de clarté et de pédagogie dans le commentaire mais aussi dans l'entretien donné par le ministre des Relations extérieures françaises, Claude Cheysson.

Pourtant, l'originalité du sujet tient aux scènes filmées en marge de la conférence. On peut noter la grande décontraction de certains invités, malgré la présence de la caméra : le tee-shirt est de mise pour de nombreux participants dont le président Reagan, qui apparaît souriant et détendu face au président Mitterrand. D'autre part, le ton de M. Cheysson, répondant aux questions des journalistes, en bras de chemise, est également peu conventionnel dans un cadre diplomatique. Il tient des propos très incisifs : il attaque le paternalisme des grandes puissances mondiales face aux jeunes pays du Sud et revendique la nécessité d'établir des rapports égalitaires entre tous les Etats.

Même le commentaire très écrit de Dominique Bromberger témoigne de l'atmosphère ambiante lorsqu'il évoque, sur un ton moqueur, le tee-shirt "flamboyant" du Premier ministre canadien. Le dernier plan peut également prêter à sourire : le journaliste se place face à la caméra devant une plante verte et porte un noeud papillon très voyant caractéristique de la mode du début des années 80. Ce faisant, il évoque les progrès réalisés à Cancun dans les relations Nord-Sud, sur un ton qui manque cruellement d'enthousiasme!

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Au sommet de Cancun au Mexique, la volonté de relancer les négociations sur la coopération entre pays riches et pays pauvres s'est dégagée dès la première journée des travaux. C'est ce qu'a indiqué hier soir Jean-Pierre Cot, Ministre français de la Coopération et du Développement, chacun a noté une volonté évidente de compromis et une ambiance de conciliation, puisque même le Président américain, le Président Reagan, a accepté, bien qu'avec réticence, de poursuivre le dialogue avec les pays pauvres. Alors comment faire bénéficier ces pays pauvres des excédents des pays riches, et quelles nouvelles règles du jeu économique doit-on établir ? C'est tout le problème du sommet de Cancun où nous retrouvons Dominique Bromberger.
Dominique Bromberger
Ce sont les problèmes de la faim et de l'agriculture dans le Tiers-monde qui ont occupé la seconde séance du sommet de Cancun. Pour les participants, en effet, il y avait là une urgence particulière. François Mitterrand a fait à cette occasion trois propositions : garantir le revenu des agriculteurs, améliorer les aides en cas de famine brutale, lutter contre la spéculation sur les terrains. Mais la grande nouvelle de la journée est venue de la bouche du Président Reagan quand celui-ci a accepté le principe de négociation globale.
Claude Cheysson
La vraie dispute porte sur le fait de savoir si on admet ou non qu'à partir de maintenant les grands problèmes du monde sont discutés avec tous les pays du monde. Jusqu'à maintenant il n'en a rien été. Les problèmes monétaires étaient discutés entre dix pays, ce qu'on appelle le club des dix. Les prix des matières premières n'étaient discutés entre aucun pays : ce sont quelques spéculateurs qui les fixent. D'autres problèmes étaient décidés entre quelques pays industrialisés. Autrement dit nous vivons dans un monde où l'on considère qu'il y a des sujets qui sont réservés aux grandes personnes, et d'autres où on peut à la rigueur inviter les anciennes puissances coloniales, les marginaux, les jeunes, ceux qui ont pas d'expérience. Ils sont gentils vous savez mais ils sont pas encore mûrs pour parler des grands problèmes, comme si nous avions si bien réussi, nous, les adultes, à parler de l'ensemble des problèmes. Décider qu'on ouvre des négociations globales, horrible jargon, c'est reconnaître qu'il n'y a plus moyen de parler du développement du commerce, qui est un élément important du développement de l'économie, de la relance économique, des problèmes industriels, des problèmes de l'énergie, des problèmes du financement, des problèmes monétaires sans que tout le monde soit là.
Dominique Bromberger
Cette acceptation américaine, qui n'était pas tenue pour acquise avant le début de la conférence, a fait flotter sur le sommet de Cancun un vent d'optimisme. Il y avait d'ailleurs quelque chose de fascinant à voir des hommes et des femmes si différents de par les nations qu'ils représentent s'entretenir dans les couloirs ou les salles à manger à l'occasion d'une interruption de séance. Reagan représentant le libéralisme américain et François Mitterrand le socialisme français, le Japonais Suzuki discutant en toute liberté avec le Premier Ministre chinois, les princes du pétrole saoudiens côtoyant la délégation du Bengladesh, une des plus pauvres nations du monde. Et partout, les tee-shirts flamboyants du Premier Ministre canadien, Pierre Elliot Trudeau. En fin de compte, la satisfaction la plus importante des participants au sommet de Cancun tient peut-être à ceci : jusqu'à présent, les négociations Nord-Sud s'analysaient en une suite de discours en un véritable dialogue de sourds. Cette fois, le contraire s'est produit : chacun, au cours d'une véritable discussion, a pu prendre en considération les préoccupations des autres. C'est nouveau, c'est encourageant. Dominique Bromberger, TF1, Cancun.

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