La guerre des Malouines

31 mai 1982
05m 21s
Réf. 01700

Notice

Résumé :

Le 2 avril 1982,les troupes argentines occupent les îles Malouines sous domination britannique depuis 1833. Le conflit alors engagé se conclut par une écrasante victoire du Royaume-Uni et contribue à la chute de la dictature militaire argentine.

Date de diffusion :
31 mai 1982

Contexte historique

La guerre des Malouines est déclenchée le 2 avril 1982 par le débarquement des forces argentines sur les îles Falklands (Malvinas en espagnol /Malouines en français) sous domination britannique depuis 1833. Un conflit inédit s'engage alors entre deux membres du bloc occidental. Le sentiment nationaliste est très fort dans les deux camps et Margaret Thatcher, Premier Ministre britannique, décide d'engager des moyens militaires et financiers très importants pour reconquérir ces îles lointaines.

La supériorité des troupes anglaises est écrasante : dès le 14 juin, les Britanniques occupent à nouveau les Malouines. Ils ont bénéficié du soutien de l'immense majorité des membres de l'ONU face à une dictature militaire argentine, qui semblait vouloir, par une conquête supposée aisée, masquer la situation de chaos économique de son pays. Les pertes humaines s'élèvent à 750 victimes dans le camp argentin et 254 britanniques. Les conséquences du conflit sont très importantes : la victoire assure une immense popularité à Mme Thatcher auprès de ses compatriotes, mais entraîne en Argentine la chute d'un régime installé par le coup d'état de Videla en 1976. Après l'expérience péroniste (dans les années 70, Juan Domingo et sa veuve Isabel Peron se succèdent au pouvoir), les militaires ont ainsi fait régner un climat de répression féroce envers leurs opposants politiques ou syndicalistes. Les courageuses "Mères de la place de Mai" défilent ainsi à partir de 1977 tous les jeudis devant le Palais Présidentiel pour réclamer des nouvelles de leurs enfants mystérieusement disparus. On estime leur nombre à plus de 30 000 alors que 365 centres de détention clandestins sont recensés à travers tout le pays.

Le retour à la démocratie en Argentine est effectif dès 1983. Mais l'immunité accordée aux anciens militaires leur permet d'échapper à la justice. Elle n'est levée qu'en 2003 par le Parlement et en 2005 par la Cour Suprême argentine, grâce à l'action militante des Mères et enfants de disparus.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Le reportage est diffusé au journal télévisé d'Antenne 2 le 31 mai 1982, soit deux semaines avant la victoire finale des Britanniques aux Malouines. Les envoyés spéciaux de rendent compte de l'atmosphère régnant alors en Argentine. Cela nous permet de nous replacer dans le contexte intérieur singulier de l'époque sans anticiper sur le dénouement du conflit. Alors qu'aujourd'hui la durée moyenne d'un reportage standard tourne autour de deux minutes, on remarque qu'au début des années 80, le rythme du journal est plus lent : ce sujet dure ainsi plus de 5 minutes. Les entretiens avec les personnes interrogées sont donc plus longs en moyenne et leurs propos ne sont pas traduits mais sous-titrés, permettant ainsi une compréhension littérale par les téléspectateurs hispanophones. Le reportage est donc construit à partir d'entretiens accordés à la fois par des anonymes mais aussi par un représentant de la Junte Militaire et une femme de disparu, victime de la répression.

La diversité des opinions exprimées permet de saisir l'enjeu principal de la guerre des Malouines : la libéralisation probable du régime et la tenue d'élections libres. La manifestation péroniste se tenant en marge de la messe célébrée en l'honneur des soldats argentins symbolise cet espoir. Les propos tenus par le secrétaire d'Etat à l'Intérieur vont à l'encontre de cette volonté d'assouplissement du régime dont le caractère dictatorial fait encore débat au sein de la population (comme l'illustre les propos d'un commerçant). Les questions très incisives du journaliste permettent de dévoiler le projet de la Junte : les militaires cherchent grâce à leur victoire à remporter les élections afin de donner une légitimité "démocratique" à leur pouvoir. Alors que les Argentins croient encore la victoire aux Malouines possible, les formes d'opposition au régime apparaissent rares et fragiles. A l'image, la manifestation péroniste peut apparaître comme une démonstration de force : la foule semble nombreuse en pleine nuit et sur des plans qui ne sont pas suffisamment larges pour donner une vision d'ensemble du mouvement.

Mais le commentaire du journaliste vient corriger cette impression : il évoque le manque d'alternative offerte à ces nostalgiques du régime déchu. Quant à la centaine de femmes parfois très âgées qui défilent devant le Palais présidentiel, leur cortège semble bien dérisoire face à l'omniprésence des soldats visibles sur le plan final. Mais symboliquement, les images de cette résistance pacifique à l'oppression politique contribuent à sensibiliser l'opinion internationale aux crimes commis par les militaires au pouvoir de 1976 à 1983.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
C'est un fait : la propagande officielle ne cesse de répéter aux Argentins qu'ils sont un peuple mûr et responsable. Si c'est vrai lorsqu'il s'agit de l'effort national pour les Malouines, se dit l'homme de la rue, cela devrait aussi être vrai pour le futur politique du pays.
Inconnu
Je ne crois pas que les militaires puissent rester plus longtemps. Il y aura des élections, mais au début leur intervention était nécessaire.
Inconnu 2
Pour moi, il n'y a pas de doute. Dès que l'affaire des Malouines sera réglée, nous allons suivre ce gouvernement civil et représentatif que nous voulons tant.
Journaliste
Plus démocratique ?
Inconnu 2
Non ! Pas plus démocratique. Pas plus démocratique. Je ne pense pas que nous vivons en marge de la démocratie.
Journaliste
L'Argentine, une dictature : beaucoup refusent de l'admettre. Et pourtant il a fallu attendre la guerre des Malouines pour voir les partis politiques redresser la tête, ici les péronistes. Ils prient pour les soldats argentins. Mais c'est aussi l'une de leur première réapparition officielle sur la scène politique. A l'extérieur de l'église, ils sont quelques centaines, suffisamment pour rappeler qu'ils existent, pas assez nombreux pour faire croire qu'ils sont une force de remplacement. Ils scandent le nom de Peron et celui de sa veuve, en exil à Madrid. Mais personne n'a oublié que c'est l'échec des péronistes qui a amené les militaires au pouvoir. Et les péronistes n'ont plus de leader, les autres partis non plus, l'Argentine n'est qu'un désert politique encombré de mirages. Dans leur cabinet ministériel, les officiers affirment qu'ils préparent les lendemains de la guerre. Ce colonel, Secrétaire d'État à l'Intérieur, travaille à un statut des partis politiques. Il parle d'institutionnaliser la démocratie. Mais quand on lui demande si, le conflit terminé, les militaires retourneront dans leurs casernes, la réponse est non.
Bernardo Menendez
Absolument, je dirais même que je pourrais vous assurer du contraire. Parce que ce serait répéter des expériences que personne ne veut répéter. Le fait historique de la reconquête des Malouines signifie la possibilité d'un plus grand rapprochement national.
Journaliste
Des élections générales sont-elles possibles ?
Bernardo Menendez
Naturellement, naturellement. Nous arriverons à des élections.
Journaliste
Générale ?
Bernardo Menendez
Les élections générales ne sont rien d'autre qu'un moyen. Personne dans le pays ne peut encore définir ce que sera le mécanisme pour arriver à une véritable institutionnalisation.
Journaliste
Vous affirmez vouloir conduire l'Argentine vers plus de démocratie. Est-ce que c'est compatible avec l'existence d'un dossier aussi lourd que celui des disparus ?
Bernardo Menendez
A ce sujet, je dois vous dire que l'image extérieure de l'Argentine a été totalement déformée. Dans les années soixante-dix, l'Argentine a fait face à une guerre de la subversion marxiste. Naturellement dans toute guerre il y a des disparus. Mais une fois battue, la subversion recourt à d'autres procédés. L'un de ces procédés a consisté à ternir complètement, à l'échelon international, l'image de l'Argentine.
Journaliste
Les femmes, les épouses de ces disparus sont à quelques mètres du bureau du Colonel Menendez. Comme chaque jeudi, depuis des années, devant la Casa Rosada, le siège du gouvernement, sur la place, en silence, elles tournent. On les appelle les folles de mai. Sur leur fichu, le nom de ceux ou celles qui ont disparu, et la date. Sur le tissu blanc, des fois, il y a plusieurs noms. Des terroristes, disent les militaires, des poseurs de bombes. Des disparus il y en a eu des deux côtés. Certains d'ailleurs vivent à l'étranger. Une poignée, peut-être, mais les autres ?
Inconnue
Moi je souhaite qu'on fasse la justice, enfin je sais pas si mon mari il est vivant ou non, mais je souhaite pour moi et pour toutes les mères qu'on fasse la justice, que les coupables soient punis, et qu'on nous dise la vérité.
Journaliste
Est-ce que vous croyez que l'Affaire des Malouines peut changer quelque chose ? Par exemple est-ce que vous pensez qu'après les Malouines il y aura une démocratisation du régime ?
Inconnue
Je pourrais pas vous dire, vraiment. On espère bien que ça se passe mais on pourrait pas le, moi je pourrais pas le dire que ça, ça arrivera.
Journaliste
Est-ce que vous avez plus d'espoirs aujourd'hui que vous n'en aviez autrefois ?
Inconnue
A mon avis… Enfin je suis pas très optimiste.
Journaliste
Depuis cinq ans elles continuent leur marche, presque dans l'indifférence. Sauf bouleversement, il est peu probable qu'elles obtiennent justice. A moins que les militaires, après les Malouines, leur blason redoré, puisque c'est l'unité, acceptent de faire connaître le sort de ces milliers, peut-être vingt mille, disparus, chacun le souhaite.