Le sort des réfugiés afghans

07 octobre 2001
02m 13s
Réf. 01705

Notice

Résumé :

En deux décennies de guerre et de famine, plus de six millions d'Afghans ont fui leur pays par vagues successives pour se réfugier chez leurs voisins. L'intervention américaine en 2001 marque une ultime crise avant leur rapatriement par le HCR.

Date de diffusion :
07 octobre 2001
Source :

Contexte historique

Depuis le début de l'intervention soviétique en 1979, les guerres successives ont entraîné en deux décennies le départ vers les pays voisins de plus de 6 millions d'Afghans. Ils constituent alors le plus fort contingent de réfugiés dans le monde. Ils trouvent refuge principalement en Iran et au Pakistan. Mais dans ces deux pays, le sort qui leur est réservé diffère. Au Pakistan, les réfugiés afghans vivent dans des régions dominées par des populations issues comme eux de souche pachtoune. Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) crée donc des villages de réfugiés et de nombreuses ONG leur viennent en aide. L'ONU verse même au gouvernement pakistanais 1 milliard de dollars à leur profit. En Iran, les Afghans, après avoir séjourné dans des camps de transit, sont autorisés à aller travailler dans des villes à fort besoin de main-d'oeuvre. Mais la Révolution islamique vient compliquer les rapports entretenus par l'Iran avec la communauté internationale. Le pays refuse dans un premier temps l'aide de l'ONU que celle-ci ne consentira ensuite qu'à lui fournir au compte-gouttes (pour une somme totale estimée à 150 000 millions de dollars).

Dans les années 80, la question des réfugiés se complique au Pakistan car des résistants armés (moudjahidins) trouvent refuge dans les camps et s'en servent comme bases d'appui de leur lutte armée contre le pouvoir soviétique. Ils sont aidés financièrement par les Etats-Unis, leurs alliés mais aussi des pays islamiques. Les réfugiés sont donc pris en otage dans ce conflit jusqu'au départ des forces soviétiques en 1989. Mais la vague de retour qui s'amorce alors est freinée brutalement par la guerre civile qui aboutit en 1996 à la prise de pouvoir par les Talibans.

Le dernier acte de cette tragédie se joue au moment de l'intervention américaine en octobre 2001. Craignant un nouvel afflux de réfugiés, les pays voisins décident de fermer leurs frontières avec l'Afghanistan. Les candidats au départ se retrouvent dans des camps de réfugiés où leur situation sanitaire est précaire. Cette crise est résolue grâce à l'intervention du Haut Commissariat aux Réfugiés chargé en 2002 d'organiser le rapatriement progressif des Afghans exilés. C'est la plus grande opération prise en charge par l'organisme international depuis sa création le 14 décembre 1950. En juillet 2006, 2,8 millions d'Afghans étaient rentrés du Pakistan et 1,4 million d'Iran. Mais selon les estimations officielles, 2,6 millions d'Afghans vivent encore au Pakistan contre 900 000 en Iran. Cependant, la question n'est encore aujourd'hui pas réellement solutionnée : si les réfugiés peuvent rentrer dans leur pays, les conditions sanitaires et sécuritaires sur place laissent craindre à certaines ONG un retour trop précipité et de nouveaux risques de déstabilisation.

Le cas des réfugiés afghans n'est pas isolé : la HCR, organe de l'ONU chargé de la protection juridique et de l'aide aux réfugiés doit s'occuper aujourd'hui de plus de 20 millions de réfugiés à travers le monde et d'environ 25 millions de "déplacés" au sein de leur propre pays, victimes des catastrophes humaines ou naturelles majeures.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Le caractère exceptionnel des images diffusées ici est évoqué à plusieurs reprises. Les journalistes ont ainsi été autorisés à filmer dans une zone interdite à la frontière entre l'Iran et l'Afghanistan. Mais le calme transparaît sur ces images : chemins désertiques, postes frontières isolées, une poignée de soldats iraniens en faction... Dans son commentaire, le journaliste rappelle pourtant l'enjeu stratégique de la zone dans la future guerre engagée par les Etats-Unis en Afghanistan. Mais l'afflux de 400 000 Afghans à la frontière ne semble pas encore avoir débuté puisque seule une vingtaine de clandestins apparaissent ici encadrés de soldats iraniens avant leur reconduite à la frontière. Quant aux réfugiés déjà présents, ils n'occupent alors que la moitié de la capacité totale d'un camp iranien, vestige de plus de vingt ans de transit à l'entrée du pays.

Le journaliste pallie ce manque d'images significatives par un commentaire très écrit, en se mettant lui-même en situation à la fin du reportage. Il évoque notamment les trafics illégaux dont la zone est le théâtre et les problèmes d'approvisionnement en eau dont ont à souffrir les habitants. Pourtant,l'entretien avec un des réfugiés qui semblent se satisfaire de son sort apparaît en décalage avec le problème qu'entend soulever ici le reportage : à savoir, les difficultés pour l'Iran d'accueillir dans ses villes frappées par le chômage cette main d'oeuvre supplémentaire. Au final, le reportage inédit semble avoir été réalisé trop tôt pour pouvoir rendre compte de la tension existant dans cette zone frontalière.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Béatrice Schönberg
A la frontière iranienne, nos envoyés spéciaux Jean-Marc Illouz et Jean-Paul Chaussé sont parmi les premiers à avoir atteint cette zone qui est désormais fermée, l'Iran craint en effet l'arrivée de centaines de milliers de réfugiés afghans.
Jean-Marc Illouz
Ce sont les premières images d'une zone interdite : les neuf cents kilomètres de frontière de l'Iran avec l'Afghanistan aujourd'hui surveillés par trois cent mille hommes. A mille cinq cent kilomètres à l'est de Téhéran, le poste de Ghargorouk n'est qu'à sept kilomètres du monde des Talibans, au coeur du triangle de la drogue et de tous les trafics Iran-Afghanistan-Pakistan. Ghargorouk, un point de passage privilégié pour les clandestins, comme ceux-ci interceptés la nuit dernière et qui seront purement et simplement refoulés. Selon les Nations Unies, quatre cent mille réfugiés pourraient prendre cette route en cas d'intervention américaine en Afghanistan. Mais pour l'instant la région est calme, et l'Iran verrouille. Un peu plus loin, le camp de Nyatac est sur la frontière de l'Iran le seul camp de réfugiés, hérité de vingt-deux ans de guerre chez les voisins afghans. Dix mille places, cinq mille personnes à peine, en Iran, quatre-vingt sept pour cent des réfugiés afghans sont installés à la périphérie des grandes villes et ceux de Nyatac sont l'exception.
Inconnu
Nos enfants sont mieux ici et plus en sécurité qu'en Afghanistan, les Nations Unies nous donnent de la nourriture et on peut faire des petits boulots, nous expliquent ces Afghans de Hérât, partis voilà vingt ans déjà, et sans famille en Iran même.
Jean-Marc Illouz
Oui mais voilà, les Afghans, auxquels l'Iran ouvrait les bras naguère, ne sont plus les bienvenus. A tort ou à raison ils sont rendus responsables du chômage ou de la drogue. Et à l'inverse du Pakistan, Téhéran n'estime avoir reçu que des miettes de la communauté internationale, même si elle s'intéresse enfin au problème des réfugiés afghans en Iran. Jusqu'au dernier moment, cette frontière restera clause, et il est à prévoir que le gouvernement iranien, pour ne pas créer des pôles d'attraction pour les réfugiés afghans, attendra la dernière minute pour monter des camps dans cette région où la population iranienne est privée d'eau depuis trois ans déjà.