Brésil : élection de Lula à la présidence de la République

28 octobre 2002
01m 55s
Réf. 01707

Notice

Résumé :

En 2002, l'élection de Lula, premier président socialiste brésilien, est le signe d'une nouvelle dynamique politique nationale mais aussi régionale avec l'arrivée au pouvoir d'une gauche réformatrice dans de nombreux pays d'Amérique latine.

Date de diffusion :
28 octobre 2002
Source :

Contexte historique

L'élection du président brésilien, Luis Ignacio Da Silva, dit Lula, en octobre 2002 amorce un mouvement plus global en Amérique latine. L'arrivée au pouvoir d'une gauche de gouvernement marque ainsi une nouvelle étape dans la consolidation de jeunes démocraties encore fragiles aussi bien politiquement qu'économiquement.

Le Brésil, après vingt ans de régime dictatorial, a pu faire, à partir de 1984, l'apprentissage de la démocratie. Mais les années 90 sont marquées par l'instabilité politique liée à des scandales de corruption et à l'endettement. Les graves difficultés financières et sociales auxquelles le Brésil est alors confronté pousse l'Etat à entreprendre des réformes d'austérité budgétaire. Celles-ci ne permettent pas la mise en place d'une politique de réduction des inégalités sociales réellement efficace. Lula, emprisonné en 1980 pour son militantisme syndical a créé, après le retour du multipartisme, le Parti des Travailleurs. Elu député en 1986, son parti progresse dans la conquête de grandes villes et des provinces. Battu à 3 reprises à l'élection présidentielle, sa quatrième tentative en 2002 est victorieuse car son parti accepte de s'allier avec des formations de gauche plus modérée.

Dans un climat d'instabilité politique et sociale, l'élection de Lula en 2002 réveille l'espoir du peuple de voir diminuer les graves inégalités sociales qui minent l'équilibre du pays. L'ancien ouvrier métallurgiste remporte un large succès avec 61% des voix. Pour la première fois, un président socialiste, autodidacte et issu des couches modestes de la société accède à la plus haute marche du pouvoir. Ses réformes sociales et sa lutte contre la pauvreté menée au niveau international lui assure une vaste popularité. Il se sert de son image de fils du peuple pour séduire la population, il réveille les espoirs d'amélioration des conditions de vie au sein des couches le plus modestes.

Au pouvoir depuis janvier 2003, Luiz Ignacio Lula Da Silva a mené une politique de relance de la croissance et de lutte contre le chômage. Mais les importants écarts économiques et sociaux au sein de la population persistent. Le scandale qui a touché en 2005 le Parti des Travailleurs (accusé de financement occulte et de corruption de candidats) rend l'élection présidentielle de 2006 plus incertaine. L'enjeu de cette échéance est majeur : cette année électorale dans de nombreux pays d'Amérique latine peut ou non confirmer "la vague rose" qui a porté au pouvoir une gauche de gouvernement et amené une nouvelle dynamique géopolitique sur le continent.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

C'est d'abord le profil atypique du nouveau président qui est mis en avant dans le lancement du présentateur. L'ancien ouvrier syndicaliste devenu président est ainsi comparé (sans beaucoup de nuances) à Lech Walesa, le leader de l'indépendance polonaise des années 80. C'est donc l'espoir de réformes sociales que les Brésiliens fêtent à l'issue de l'élection : la caméra filme des scènes d'allégresse caractéristique des soirs de victoires électorales où Lula savoure son triomphe à la tribune. Ce changement inattendu dans l'orientation politique du pays, habituellement gouverné par des coalitions de droite est craint par les milieux boursiers. Lula doit d'ailleurs rassurer les instances financières internationales sur sa politique économique dès son arrivée au pouvoir. Les investisseurs peuvent craindre des mesures protectionnistes allant à l'encontre de l'économie de marché mondialisée.

L'économiste interrogé compare Lula, de façon un peu rapide, avec François Mitterrand et Fidel Castro. La comparaison avec Fidel Castro est caractéristique de la peur toujours présente en Amérique du Sud d'une révolution de type cubaine. Les dictatures militaires se sont en effet nourries dans les années 70 de cette angoisse face à la propagation de l'idéologie communiste dans la région. Le journaliste conclut son reportage en ce plaçant en situation au milieu des passants brésiliens. En s'adressant directement aux téléspectateurs, il tente ainsi de résumer l'idée-force de son sujet : le succès de Lula n'est qu'une première étape dans une réorientation politique et sociale qui doit alors faire ses preuves.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Pour la première fois depuis plus d'un siècle, le Brésil bascule à gauche, et les scores ne souffrent aucune contestation : 61,30% pour Lula, cinquante-sept ans, candidat du parti des travailleurs et ancien ouvrier. Lech Walesa, lui aussi issu de la classe ouvrière lui a d'ailleurs transmis un message de félicitations. Envoyés spéciaux : Pascal Golomer et Tristan Lebras.
Pascal Golomer
L'euphorie, hier soir, à Sao Paolo. Après trois échecs à l'élection présidentielle, Lula savoure enfin la victoire devant plusieurs dizaines de milliers de partisans. La victoire du changement dans un pays dirigé par les élites depuis la restauration de la démocratie en 1989. Ce changement, qu'il a su si bien incarner durant la campagne et dont les électeurs attendent beaucoup.
Inconnu
Lula, c'est surtout l'espoir que la situation s'améliore enfin, surtout pour les plus pauvres.
Inconnue
La victoire de Lula, c'est important pour la justice sociale et l'égalité.
Inconnu 2
Moi, j'ai toujours voté Lula, et enfin ça y est, il est élu. Maintenant, qu'est-ce qu'il va se passer, ça dépend de nous aussi.
Pascal Golomer
Dès sa première conférence de presse, Lula rappelle sa priorité : créer des emplois pour que tous les Brésiliens mangent à leur faim. Mais l'ancien syndicaliste métallo promet aussi de respecter ses engagements financiers, auprès du FMI notamment, et de présenter un budget rigoureux. Il joue les rassembleurs en appelant à un grand pacte social.
Luis Paolo Rosenberg
J'imagine qu'en tant que président il se comparera plus à François Mitterrand qu'à Fidel Castro. Dans les semaines à venir, il devra se construire une crédibilité et prouver qu'il n'est pas venu pour faire la révolution.
Pascal Golomer
Comment répondre rapidement aux attentes de millions de Brésiliens sans affoler ni les marchés financiers ni les investisseurs étrangers ? C'est le défi que doit relever Lula, et ce sera bien plus difficile encore, il l'avoue lui-même, que d'accéder à la Présidence.