La crise du logement, un problème national

17 juillet 1957
1m 38s
Réf. 01800

Notice

Résumé :

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la pénurie et l'insalubrité des logements constituent un problème majeur. Malgré la multiplication des mesures gouvernementales, la situation demeure critique jusque dans les années 1960.

Type de média :
Date de diffusion :
17 juillet 1957

Contexte historique

En 1946, les destructions générées par la guerre ont mis à la rue près d'un Français sur sept. La crise du logement devient alors une question urgente. Cependant, malgré les efforts du Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme et de son ministre Claudius-Petit, la situation demeure très préoccupante au cours des années 1950. Au début de l'année 1954, 14,6 millions d'habitants (soit un tiers de la population totale) vit dans des logements surpeuplés. La situation est particulièrement inquiétante dans les grandes villes et notamment à Paris où elle concerne plus de 40% de la population. Le recensement de 1954 confirme par ailleurs la persistance de nombreux logements insalubres : le parc est vieilli, mal entretenu et mal équipé.

Depuis la fin de la guerre, toutefois, le gouvernement multiplie les mesures favorisant la construction de masse. Tout d'abord, afin de relancer et restructurer la filière du bâtiment, l'Etat propose à partir des années 1947-1949 des concours visant à tester les potentialités de la fabrication en béton et en métal pour réduire les coûts et les délais de construction. Un ensemble de 800 logements est construit selon cette technique dite "du chemin de grue" par Eugène Beaudoin à Strasbourg. Par ailleurs, la loi du 31 août 1948 sur la limitation des hausses de loyers a pour but de libérer des logements au centre ville pour les ouvriers. La loi du 20 juillet 1959 institue des prêts spéciaux du Crédit foncier pour favoriser la construction de logements en accession à la propriété. La réforme des Habitations à Bon Marché (HBM) et leur transformation en Habitations à Loyer Modéré (HLM), par la loi du 21 juillet 1951 a valeur de symbole: la politique du logement social ne s'adresse plus uniquement aux couches les plus pauvres de la population mais à l'ensemble des couches sociales ou presque. Surtout, le plan Courant, adopté en 1953, prévoit la construction de 240 000 logements par an. A cet égard il entend favoriser le lancement de chantiers de grande taille et la recherche de procédés industrialisés de construction. Les collectivités territoriales sont autorisées à exproprier les terrains nécessaires. Un système de primes et de prêts favorise l'accession à la propriété de la population.

Cependant, ces mesures s'avèrent insuffisantes. En 1957, comme le rappelle ce document, la situation demeure alarmante. Dès lors, par la loi cadre du 7 août 1957, le gouvernement lance la politique des Zones à Urbaniser en Priorité (ZUP). L'Etat prévoit ainsi la construction, dans les plus brefs délais, de nouveaux quartiers sur des terrains de faible prix, et donc à l'extérieur des villes. Cette différenciation spatiale des fonctions urbaines: habiter, travailler, circuler, se distraire, témoigne de l'influence de l'Ecole d'Athènes. La politique des grands ensembles permet à des millions de Français mal logés de connaître le confort moderne (salle de bains, eau chaude, chauffage central), mais montre rapidement ses limites.

Julie Le Gac

Éclairage média

Le 4 janvier 1954, alors qu'un jeune enfant est mort de froid dans une habitation de fortune, l'abbé Pierre lance son fameux appel. Cet appel suscite un élan de solidarité dans la population et mobilise les médias qui placent la question du logement au coeur de l'actualité. Un journaliste du Monde publie ainsi en avril 1957 une série d'articles intitulée "Logement, notre honte" et dénonçant le trop grand nombre de logements insalubres. Ce document des Actualités françaises constitue donc une réponse médiatique du gouvernement à ces vives critiques. Il reconnaît tout d'abord la gravité de la situation, sur un ton misérabiliste. Il prétend ainsi susciter l'émotion comme en témoignent les images de rues insalubres, et de logements surpeuplés. Le vocabulaire choisi par le journaliste en voix off, "cauchemar" ou "rues sans joie", ainsi que l'insistance sur la condition des enfants, vont dans le même sens.

Puis, le ton change et se fait résolument plus optimiste lorsque le journaliste évoque les mesures adoptées par le gouvernement. Les illustrations sonores évoluent dans le même sens. Les travellings sur les grands ensembles récemment construits ou en construction, les images d'enfants jouant paisiblement devant des constructions modernes, contrastent avec les plans précédents de taudis. Les intérieurs modernes, comportant un réfrigérateur et un poste de radio incarnent quant à eux le confort et le bien-être, et s'opposent aux intérieurs vétustes de la première partie du reportage. Symboles de modernité, les grands ensembles suscitent pourtant un rapide désenchantement. L'esthétique et la monotonie architecturale de ces constructions sont décriées, tandis que leur localisation périphérique contribue à en faire des ghettos sociaux.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
Cette rue, que l'on croirait sortie d'un cauchemar, se trouve être une rue de Paris. Elle pourrait aussi bien se situer à Lyon ou à Marseille. Trop de ces rues sans joie, trop de terrains vagues servent de refuge à des enfants qui n'ont même pas assez de place dans ces taudis. Combien de familles cherchent un logement décent ? On n'ose fixer leur nombre. Pourtant, des maisons se construisent, d'importants immeubles s'élèvent. Et certes, il n'est pas impossible de trouver un appartement. Mais la plupart du temps, ce n'est pas trouver qui est difficile, c'est faire face à l'achat ou au loyer hors de portée. Ce problème national, que ne peuvent résoudre que les constructions accessibles, ne pouvait échapper à l'attention de la Sécurité sociale. Certes, il ne lui appartient pas de résoudre la crise du logement, mais elle a consenti un effort important dans ce domaine en investissant dans la seule construction vingt-cinq milliards depuis huit ans. En subventionnant des offices et sociétés d'HLM, en accordant des prêts individuels ou collectifs sans intérêts, elle a donné des armes à la lutte contre le taudis. L'aide au logement dépasse d'ailleurs la construction proprement dite : elle s'étend à l'amélioration du foyer, par exemple à l'achat d'appareils ménagers. Cependant le nombre des intérieurs accessibles et confortables ne répond encore ni à la demande, ni à la nécessité. Mais un point est acquis : la lutte menée contre ce qui porte le plus atteinte à la santé de la famille, l'absence d'un foyer digne de ce nom.