La mixité scolaire

04 décembre 1961
02m 36s
Réf. 01801

Notice

Résumé :

La mixité scolaire, véritable révolution pédagogique s'impose progressivement dans les mentalités et la réalité de la société française. La réforme Berthoin de 1959 participe de ce mouvement.

Type de média :
Date de diffusion :
04 décembre 1961
Date d'événement :
06 janvier 1959
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

Comme le rappelle Antoine Prost dans son Histoire de l'éducation en France, la mixité constitue l'une des révolutions pédagogiques les plus importantes en France. Pourtant, elle s'est effectuée "sans même qu'on y prête attention". L'instauration de la mixité dans les établissements scolaires est très progressive et demeure timide jusqu'aux années 1960. Le premier lycée mixte est le lycée Marcelin Berthelot de Saint-Maur, fondé en 1937. Ce choix répond d'ailleurs plus à des motivations économiques qu'idéologiques. Néanmoins, au cours de l'année scolaire 1958-1959, 30% seulement des écoles primaires sont mixtes.

A partir de la fin des années 1950, le gouvernement favorise la généralisation de la mixité scolaire. En 1959, notamment, le ministre de l'éducation nationale Jean Berthoin décide de ne plus construire que des lycées mixtes. Les collèges d'enseignement secondaire (CES) créés par la réforme Capelle-Fouchet de 1963 sont mixtes dès l'origine. Toutefois, comme en témoigne ce reportage, les lycées de garçons et les lycées de jeunes filles subsistent. L'évolution des mentalités est progressive. Les adversaires de la mixité craignent la distraction des élèves et en appellent au sérieux de l'apprentissage scolaire. Ses défenseurs, à l'inverse, évoquent la curiosité malsaine des élèves, exacerbée par la séparation des sexes et soutiennent que la mixité favorise un enrichissement intellectuel réciproque et la formation de personnalités équilibrées. Les jeunes filles, qui y voient un pas de plus vers l'égalité, sont par ailleurs souvent plus désireuses d'aller dans des lycées mixtes que les garçons.

Finalement, les décrets d'application de la loi Haby du 28 décembre 1976 rendent la mixité obligatoire dans l'enseignement primaire et secondaire. Aujourd'hui, les établissements non mixtes de l'enseignement privé accueillent des effectifs très réduits.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage de l'ORTF est constitué par deux séries de "micro-trottoirs" réalisés à la sortie de "bons" lycées parisiens. Le choix de ces lycées n'est pas anodin. Il révèle l'image que le gouvernement veut donner de la jeunesse estudiantine : des jeunes gens issus de milieux sociaux favorisés, s'exprimant avec aisance. Il donne alors un aperçu biaisé de l'opinion des élèves sur la question de la mixité.

Dans un premier temps, le journaliste se rend à la sortie du lycée de garçons Louis le Grand dans le 5ème arrondissement de Paris, et demande aux jeunes hommes leur avis sur l'opportunité des lycées mixtes. Les réponses, certainement choisies, sont très variées, et éclairent le téléspectateur sur la diversité des opinions des jeunes gens sur la question.Une césure précède la répétition de la démarche auprès des étudiantes du lycée Victor Duruy du 7ème arrondissement de Paris. En effet, un plan consacré à des jeunes filles déambulant dans les rues parisiennes, permet au journaliste, en voix off, de résumer les opinions recueillies auprès des garçons et d'introduire l'interrogation des filles.

Il ne s'agit pas, en l'occurence, seulement d'un procédé didactique, mais d'insister sur la persistance d'un certain cloisonnement des univers des lycéens d'une part et des lycéennes d'autre part, et de soulever une question à l'importance grandissante au cours des années 1960 : l'égalité entre hommes et femmes. C'est enfin au tour des filles d'exprimer elles aussi des avis fort divers sur l'opportunité de la mixité scolaire.

Julie Le Gac

Transcription

Inconnu
'ai été habitué à suivre des études dans un lycée qui n'était pas mixte, et je crois que la présence de jeunes filles attribuerait un nouvel élément, qui serait néfaste aux études, je crois.
Inconnu 2
Il peut y avoir une certaine distraction, mais enfin, si l'habitude est prise dès la sixième, je crois que ça serait parfait.
Inconnu 3
Ça donnerait plus de courage aux garçons qui voudraient évidemment se faire valoir auprès, auprès des demoiselles, quoi.
Inconnu 4
A nos âges ça peut, c'est-à-dire ça peut troubler les études, ça peut troubler certaines études, mais c'est comme tout, on peut faire attention, il peut y avoir des rapports de camaraderie qui sont très utiles.
Inconnu 5
Quand il y a des filles dans un lycée, dans une classe, ça influe sur le caractère des garçons, et réciproquement.
Journaliste
Ça améliore ?
Inconnu 5
Oui, ça améliore, c'est-à-dire que ça réduit les différences. On peut dire que les garçons s'efforcent d'être un peu moins brutes, un peu moins, enfin, un peu plus doux, et les filles aussi essayent d'être un peu plus dégourdies qu'elles ne sont d'habitude quand elles sont entre elles.
Journaliste
Ainsi messieurs les garçons se méfient, mais entrevoient quand même les bienfaits d'une éducation qui leur permettrait de ne plus regarder les filles comme des bêtes curieuses. Pourtant voyez-vous, on doute encore des vertus intellectuelles de ces demoiselles. Et justement ces demoiselles, que nous répondent-elles par la bouche des élèves du lycée Victor Duruy ? Souhaiteriez-vous faire vos études dans un lycée mixte, Mademoiselle ?
Inconnue
Moi je me trouve très bien dans un lycée de filles, mais enfin je pense que dans un lycée mixte, d'un côté les garçons travaillent, de l'autre côté les filles ça aide peut-être à travailler mieux.
Inconnue 2
Je conçois tout à fait qu'on puisse faire des études dans des lycées mixtes, seulement je veux défendre le lycée de filles parce qu'on a toujours, on dit toujours que les filles ont un esprit tout à fait différent de celui des garçons en mal, et moi je trouve que malgré tout ce qu'on peut dire, l'esprit qui règne dans le lycée de filles est très bon. Et donc on peut quand même concevoir les, les lycées de filles aussi sont biens.
Inconnue 3
Je trouve qu'on est mieux dans un lycée de filles.
Journaliste
Pourquoi ?
Inconnue 3
Les lycées mixtes ne sont pas assez sérieux en général.
Journaliste
Ne sont pas assez ?
Inconnue 3
Sérieux. Je trouve que entre garçons et filles ce n'est pas possible.
Inconnue 4
Ça dépend.
Journaliste
Pourquoi ?
Inconnue 4
Ça dépend, parce que, il y a des résultats quelquefois sont déplorables.
Inconnue 5
Je préfèrerais faire mes études dans un lycée mixte que dans un lycée de filles.
Journaliste
Pourquoi ?
Inconnue 5
Parce que ce serait beaucoup plus agréable comme esprit, il y a… On travaillerait plus, parce que les garçons n'aiment pas être dépassés par les filles, les filles n'aiment pas être dépassées par les garçons, alors il y aurait un esprit de compétition.
Inconnue 6
A partir des classes terminales, parce que cela peut créer une très bonne ambiance de classe, bien meilleure que quand il n'y a que des filles très, très travailleuses qui ne pensent un peu qu'à ça.

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