La naissance de SOS Racisme

12 janvier 1985
02m 44s
Réf. 01809

Notice

Résumé :

Reportage dans un bureau de SOS Racisme où se tient une permanence téléphonique et où sont reçues des personnes victimes de racisme. Le président de l'association, Harlem Désir, est interviewé.

Date de diffusion :
12 janvier 1985
Source :
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Lieux :

Contexte historique

A partir du début des années 1980, chez une partie croissante des jeunes issus de l'immigration, se développent des revendications contre le racisme et les discriminations. Une "Marche pour l'égalité et contre le racisme", rebaptisée "Marche des beurs", est ainsi organisée au cours de l'année 1983.

C'est dans ce contexte qu'est créée en octobre 1984 une nouvelle association antiraciste, SOS Racisme. Fondée notamment par Harlem Désir, étudiant en philosophie de père antillais et de mère alsacienne, qui en devient président, et Julien Dray, futur député socialiste, elle vise à lutter contre toute forme de racisme et à défendre le métissage. Le mouvement rencontre un succès fulgurant, surtout au sein de la jeunesse. Ce succès est en particulier dû à la vente à partir de décembre 1984 de dizaines de milliers d'exemplaires d'un badge en plastique en forme de petite main jaune sur laquelle est inscrit le slogan de l'association "Touche pas à mon pote". SOS Racisme se fait également connaître par l'organisation d'un grand concert, le 15 juin 1985, place de la Concorde, qui rassemble 300 000 personnes.

Bénéficiant du soutien des gouvernements socialistes et de celui de nombreuses personnalités, l'association s'impose dès lors comme le principal mouvement antiraciste en France. SOS Racisme développe des revendications ciblées : elle s'attache plus particulièrement à dénoncer la "ghettoïsation" des banlieues et les violences policières contre les immigrés. Minée par des divisions internes, l'association connaît cependant une crise importante au début des années 1990 : ses responsables issus de la lutte contre l'antisémitisme la quittent en raison de l'opposition de SOS Racisme à la guerre du Golfe, et en septembre 1992 Harlem Désir démissionne de la présidence du mouvement. Ce dernier est alors également très critiqué pour sa politisation. SOS Racisme surmonte néanmoins en partie ces difficultés et poursuit ses actions contre le racisme.

A la fin des années 1990 et au début des années 2000, sous les présidences de Malek Boutih puis de Dominique Sopo, le mouvement mène notamment d'importantes campagnes contre les discriminations raciales en utilisant la méthode du "testing". Cette pratique vise à démontrer l'existence de discriminations dans l'accès à l'emploi, au logement et aux discothèques. Près d'une discothèque sur trois testée en 2004 était ainsi coupable de discrimination raciale à l'entrée. Par ailleurs, SOS Racisme a choisi de donner, dans la première moitié des années 2000, la priorité au combat contre l'antisémitisme, alors que d'autres organisations antiracistes comme la Ligue des droits de l'homme et le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) jugent que tous les racismes doivent être également combattus.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet diffusé au Soir 3 de FR3 s'attache à présenter la nouvelle association SOS Racisme, à la fois par ses symboles et par son action. Elle est en d'abord présentée à travers son emblème, le badge "Touche pas à mon pote", alors distribué en partout en France. Le lancement plateau du reportage débute ainsi de manière originale, par un gros plan sur cet insigne, que le présentateur tient à la main.

Le reportage donne également à entendre Harlem Désir, le président de SOS Racisme, à l'occasion d'une brève interview qui confirme son talent médiatique. Il apparaît du reste de plus en plus à la télévision, et est notamment invité le 5 janvier 1985 à "Droit de réponse", l'émission de Michel Polac diffusée sur TF1. Deux séquences visent par ailleurs à illustrer le travail quotidien de SOS Racisme lors de permanences téléphoniques et juridiques. La confidentialité des conversations est toutefois préservée puisque le journaliste les couvre par son commentaire.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Touche pas, touche pas à mon pote, peut-être avez-vous déjà vu ce badge. C'est celui d'une nouvelle association qui s'appelle SOS Racisme et qui a pour parrains des gens comme Costa-Gavras, Michel Hidalgo, Françoise Gaspard ou bien Bernard Stasi. Son but : lutter contre le racisme en dehors des circuits classiques, s'adresser aux jeunes et utiliser un langage direct. Anne Rongère.
Inconnue
SOS Racisme.
Anne Rongère
SOS Racisme, c'est d'abord une permanence téléphonique, pour écouter. Les agressions physiques ou verbales, ça n'arrive pas qu'aux autres.
Inconnue 2
Et les Français ont pu rester dans le café, il a dit que passé minuit, il voulait plus d'Arabes dans les cafés parce que…
Anne Rongère
Des appels souvent anonymes, mais qui peuvent être un premier pas pour sortir de l'isolement. La démarche : refuser le racisme comme une fatalité de la vie quotidienne.
Inconnue 2
Et je voudrais savoir en plus ce qu'on peut faire quand on est dans un cas comme ça !
Anne Rongère
Deuxième étape, pour ceux qui le souhaitent : une assistance juridique. Ici, on le dit sans fards, le racisme est un délit. Il faut faire appliquer plus souvent la loi de 72. Un langage direct pour la dernière née des associations anti-racistes qui n'entend pas pour autant concurrencer ses grandes soeurs. Le MRAP et la Ligue des Droits de l'Homme se sont penchés sur son berceau, mais SOS Racisme a choisi un autre créneau.
Harlem Désir
Même si les phénomènes racistes ont existé depuis très longtemps, il y a maintenant un certain nombre de jeunes qui commencent à eux aussi reprendre l'idée que finalement un Arabe ça va, trois Arabes bonjour les dégâts. J'ai un copain arabe, mais lorsqu'il y a trois familles arabes dans mon escalier, ça fait trop. Et c'est une minorité encore, mais c'est quelque chose qui est trop grave pour qu'on le laisse passer.
Anne Rongère
Pourquoi n'avoir pas rejoint la MRAP, la LICRA ou la Ligue des Droits de l'Homme ?
Harlem Désir
Nous on pense qu'il y a un certain nombre de jeunes qui pour l'instant ne ressentent pas la nécessité, ou n'arrivent pas à s'accrocher à ce qui existe comme organisations. C'est pas très mobilisateur, peut-être, pour eux. Alors que si on part de ce qu'il se passe tous les jours, là où on vit, et bien bon on arrive facilement à s'apercevoir qu'on peut exprimer le fait qu'on refuse le racisme sans avoir besoin forcément d'adhérer, de se structurer de façon très précise.
Anne Rongère
Les rouleurs de Convergence 84, eux aussi, avaient accepté le soutien logistique des organisations traditionnelles, tout en gardant leurs distances. Une raison à cela : les jeunes issus de l'immigration ont pris conscience qu'ils représentent à eux seuls un poids politique. En 86, ils seront un million à voter pour la première fois.

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