Les débuts du Samu social

29 décembre 1993
02m 21s
Réf. 01810

Notice

Résumé :

Une équipe du Samu social se déplace de nuit dans les rues de Paris, à la rencontre de sans-abris, afin de les convaincre d'accepter d'être hébergés.

Date de diffusion :
29 décembre 1993
Date d'événement :
22 novembre 1993

Contexte historique

La précarité connaît un fort développement en France à partir des années 1980. De plus en plus de personnes se retrouvent alors "sans-domicile fixe" (SDF). Pourtant, au début des années 1990, les centres d'hébergement d'urgence font toujours défaut, et c'est essentiellement dans la station de métro Saint-Martin, désaffectée, que trouvent refuge de nombreux sans-abris parisiens, en période de grand froid. C'est pour remédier à ce déficit de structures adaptées aux besoins des SDF, que Xavier Emmanuelli, médecin au centre d'accueil pour sans-abris de Nanterre, propose en 1993 au maire de Paris Jacques Chirac de créer un dispositif d'urgence sociale. Dans la nuit du 22 au 23 novembre 1993, cinq équipes mobiles d'aide partent ainsi à la rencontre de ceux qui dorment dans les rues de Paris. A bord d'un véhicule, Jacques Chirac participe à cette première tournée aux côtés de Xavier Emmanuelli, qui occupe par la suite le secrétariat d'Etat à l'Aide humanitaire d'urgence de 1995 à 1997, et de Dominique Versini, elle aussi future secrétaire d'Etat à la Lutte contre l'exclusion, de 2002 à 2005.

Le Samu social de Paris voit le jour et devient dès le 22 décembre 1994 un groupement d'intérêt public. Sa création bouleverse le traitement de l'exclusion. Alors qu'auparavant le ramassage de force des sans-abris prévalait, les équipes du Samu social pratiquent la "maraude": elles viennent à la rencontre des SDF et tentent de les convaincre d'accepter une prise en charge, avant de travailler à leur réinsertion sociale. Les exclus étant toujours plus nombreux, le Samu social connaît un très important essor : le nombre de nuitées qu'il prend en charge passe de 178 445 en 1998 à 950 000 en 2003. Lancé d'abord à Paris, il est ensuite étendu au niveau national - un Samu social international est même créé en 1998. 60 centres fonctionnent en province en 2003, si bien que le Samu social compte en tout quelque 460 salariés et une centaine de bénévoles. Par ailleurs, ses missions se sont diversifiées : gestion du numéro d'urgence sociale (le 115), accueil de jour, soins infirmiers, soutien psychologique ou aide aux familles.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet illustre l'action du Samu social de Paris, créé un peu moins d'un mois auparavant, à travers le suivi du parcours nocturne dans les rues de Paris de deux infirmières à la rencontre de sans-abris. Tourné la nuit précédant sa diffusion au journal télévisé de France 2, le reportage vise essentiellement à présenter aux téléspectateurs les conditions réelles de l'action des membres du Samu social sur le terrain. Les premiers plans depuis l'intérieur du véhicule du Samu social donnent ainsi au téléspectateur l'impression d'être lui aussi à bord de la camionnette. Les rencontres de l'équipe mobile du Samu social avec des sans-abris sont de même filmées.

L'insertion de discussions des infirmières avec des SDF donne, elle, à entendre le travail de persuasion des membres du Samu social auprès des exclus, qui sont le plus souvent réticents à gagner les centres d'hébergement. Le reportage montre bien que la psychologie forme la base du travail des équipes du Samu social.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Depuis un mois fonctionne à Paris le SAMU social. Rien à voir avec les secours d'urgences médicales : chaque nuits, cinq minibus sillonnent la capitale pour venir en aide à tous ceux qui vivent dans la rue. On a beaucoup dit, parfois pour se débarrasser du problème, que les sans domicile fixe étaient récalcitrants à toute aide sociale, ce n'est pas ce qu'ont constaté Henri Hélie et Jean-François Becquet.
Henri Hélie
Le PC du dispositif du SAMU social vient de les prévenir : un sans-abri est couché sur le trottoir du pont d'Austerlitz. A bord de cette ambulance, rien que des volontaires provenant des hôpitaux parisiens et d'Île de France ainsi que des bureaux d'aide sociale de la capitale. Pascale, infirmière, et Nathalie, conseillère sociale, entament aussitôt le dialogue.
Pascale Schmitt
[... ] le mois dernier, vous vous souvenez ? Vous voudriez pas retourner dans un foyer ce soir ? Hein ? Allez vous allez nous suivre, d'accord ? Allez venez on vous emmène alors.
Henri Hélie
C'est sans doute les tous premiers mots de réconfort d'une journée froide, lugubre et sans âme pour cette homme d'une quarantaine d'années. Nuits après nuits, le rôle de ces jeunes femmes : prendre le temps de poser un regard sur ceux qui ont tout perdu, et pour qui nous avons souvent tout juste un brin de compassion.
Pascale Schmitt
On a l'impression que si on était pas là ces gens-là passeraient quand même leur vie dans la rue. Ne serait-ce que les avoir fait héberger une nuit dans un centre d'hébergement, je crois que c'est quand même important. Ils ont au moins passé une nuit au chaud.
Henri Hélie
La Mairie de Paris, mais également bien d'autres comme la Croix-Rouge, l'Assistance publique et même le Ministère de la Défense, qui a détaché cinq infirmiers du contingent, participent à cette nouvelle campagne. Chaque nuit, cinq véhicules du SAMU social sillonnent ainsi les rues de la capitale et transportent les plus démunis vers des foyers d'accueil. Au total, depuis le 22 novembre, date du début de l'opération, près de trois mille personnes ont pu être secourues. Mais tous ces moyens ne viennent pas à bout de la réticence de certains sans-abri qu'il faut souvent convaincre du bien fondé de cette démarche.
Inconnue
C'est celui qui s'occupe de l'accueil, tout simplement. Mais c'est toutes les personnes autour de vous.
Inconnu
Mais non, mais non.
Inconnue
Mais si. Allez venez, vous venez voir, si ça vous plait pas vous ressortez.

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