La ruée vers les soldes

08 janvier 2003
02m 14s
Réf. 01818

Notice

Résumé :

Les soldes permettent aux commerçants d'écouler leurs invendus et aux consommateurs d'effectuer de bonnes affaires. Ils suscitent dès lors une attente qui se manifeste par la frénésie d'achat constatée le premier jour.

Date de diffusion :
08 janvier 2003
Source :
Lieux :

Contexte historique

Apparus à la fin du XIXe siècle, dans le but d'écouler des stocks de tissus invendus, les soldes concernent aujourd'hui des secteurs d'activité fort différents, de l'habillement à l'électroménager, en passant par les produits électroniques. Ces secteurs ne fonctionnent pourtant pas tous avec une logique de collection saisonnière et n'ont donc pas a priori besoin de recourir à cette pratique.

Les soldes répondent aujourd'hui à d'autres logiques. Pour le vendeur, d'une part, il s'agit d'augmenter son chiffre d'affaire, en baissant les prix sur une série d'articles, et en espérant bénéficier d'un effet d'entraînement, puisque les clients achètent également des produits non soldés au cours de cette période. L'importance du rabais accordé témoigne alors de la plus ou moins grande réussite de la saison commerciale. Pour le consommateur, d'autre part, il s'agit d'acheter des biens à un moindre coût. Plus généralement, les soldes sont devenus un rite social, qui concerne la grande majorité de la population, des classes sociales les moins fortunées aux plus riches. Seules les personnes âgées évitent généralement la cohue des soldes. Selon une enquête réalisée par le CREDOC en 2005, pour 53% des Français, les soldes représentent un plaisir. Cette dimension hédoniste, ainsi que le sentiment de faire une bonne affaire expliquent certainement l'engouement des Français le premier jour des soldes.

Les soldes sont réglementés par la loi et se déroulent deux fois par an, pour une durée de six semaines maximum, à une date fixée dans chaque département par le préfet. Ils suscitent dès lors une forte attente, et les commerçants, afin de dynamiser leurs ventes tentent de renforcer cette attente et d'attirer les clients, par des opérations médiatiques ou la prolongation des horaires d'ouverture.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce document retransmis au journal télévisé de 20h sur France 2 montre des images diffusées chaque année à la même période, mais toujours impressionnantes, de clients attendant, le premier jour des soldes, l'ouverture des portes du magasin pour se ruer sur les marchandises. Le reportage choisit de s'intéresser aux soldes de vêtements relativement bon marché et de produits Hi-Fi, et concentre donc son attention sur les classes moyennes. Pour autant, cette frénésie d'achat, et la course aux bonnes affaires concernent toutes les classes sociales, celles dont les bourses sont plus restreintes et qui sont donc contraintes d'acheter des produits en soldes, mais également les individus les plus aisés, qui profitent de la période pour acheter à moindre coût des produits de marque.

Par ailleurs, le choix du vocabulaire utilisé par le présentateur, David Pujadas, "vertige des soldes", "ruée vers les soldes", "performance athlétique", ainsi que la mise en image de la "guerre" entre consommateurs, de la course dans les allées du magasin aux règlements de compte entre clients, tendent à stigmatiser cette pratique sociale. Les soldes sont présentés comme un véritable phénomène de foire. Malgré ce regard critique, le reportage demeure très descriptif. Il s'abstient de rechercher les explications de l'attitude des Français pendant les soldes, qu'il s'agisse de la baisse du pouvoir d'achat de certaines catégories de la population, ou des évolutions consuméristes de la société.

Julie Le Gac

Transcription

David Pujadas
En France, le vertige des soldes. Une image d'abord, et on pourrait appeler ça les soldes de nuit, c'est original. Une chaîne de magasins d'habillement avait décidé de commencer les rabais dès la première minute, c'est-à-dire hier soir, minuit pile. Colère des syndicats, mais affluence étonnante à une telle heure et par un tel froid. Notre reporter Ève Bartoli nous indique même que certaines familles avaient loué une chambre d'hôtel tout près pour être aux premières loges. Plus classique, mais plus impressionnant aussi vous allez le voir : dans certaines grandes surfaces, la course aux bonnes affaires a pris ce matin des allures de performance athlétique, attention quand même à la bagarre. Aurélia Guillemin, Patrick Wursthorm.
Aurélia Guillemin
Des heures qu'ils sont agglutinés derrière le rideau. Il est six heures trente tout juste, l'hypermarché est ouvert, la guerre aussi. Direction le fond du magasin : c'est là que sont les bonnes affaires. Il ne suffit plus de suivre le troupeau, il faut maintenant jouer des coudes.
Inconnu
C'est bon, je t'ai dit !
Aurélia Guillemin
Ici, tous les coups sont permis.
Inconnu 2
Ben je suis là, mais il y en a qui sont arrivé après qui veulent la prendre mais bon c'est, c'est chacun sa loi, il croit qu'il va m'avoir mais il m'aura pas.
Aurélia Guillemin
Ça y est, vous avez ce que vous voulez ?
Inconnue
Je voulais plutôt un DVD, mais bon de toute façon toutes les affaires sont bonnes à prendre.
Aurélia Guillemin
Face à l'assaut, dix agents de sécurité en renfort et soixante-quinze vendeurs : l'artillerie lourde pour accueillir une clientèle parfaitement rodée.
Inconnu 3
Ils étudient le prospectus un peu avant, et puis ils viennent plusieurs, dix quinze, de la même famille, ils prennent un peu n'importe quoi et puis ils font le tri. Il y a des spécialistes des soldes.
Aurélia Guillemin
En quarante-cinq minutes, les produits les mieux soldés sont vendus. Vous passez en caisse avec ça, c'est votre garantie.
Inconnue 2
Télé, hi-fi, gros électroménager, une centaine de produits à cinquante pour cent envolés.
Inconnue 3
Ça me fait quand même faire une économie de mille six cent francs, bon ça vaut le coup d'être bousculée deux minutes, et voilà quoi !
Aurélia Guillemin
Ce matin, en une heure et demie, le magasin a réalisé 30% de son chiffre d'affaire mensuel. La clientèle habituelle pouvait tranquillement débarquer.