Première Université des femmes de quartiers organisée par le mouvement "Ni putes ni soumises"

03 octobre 2003
01m 55s
Réf. 01821

Notice

Résumé :

Un après la mort de Sohanne, le mouvement "Ni putes ni soumises" , organise la première université des femmes de quartiers, afin de rappeler la fragilité de la condition féminine en banlieue.

Date de diffusion :
03 octobre 2003
Source :

Contexte historique

Un an après la mort de la jeune Sohanne, brûlée vive dans une cave de Vitry sur Seine, par son petit ami qu'elle souhaitait quitter, le mouvement "Ni putes ni soumises" organise la première université des femmes de quartiers, du 3 au 5 octobre 2003. L'événement, très médiatique, permet de mesurer le chemin parcouru par le mouvement qui s'est fait connaître du grand public par l'organisation de la "marche des femmes contre les ghettos et pour l'égalité" du 1er février au 8 mars 2003 à travers toute la France.

Le collectif conduit par Fadela Amara, s'efforce d'attirer l'attention sur les violences dont sont victimes les jeunes filles dans les banlieues. Fort d'une pétition ayant recueilli plus de 60 000 signatures, il tente de rassembler autour de la devise "Laïcité, Egalité et mixité", et multiplie les réunions d'information dans les quartiers ainsi que les manifestations publiques de plus grande envergure, qui attirent diverses personnalités issues des sphères intellectuelle, artistique et politique.

En effet, le collectif se définit comme citoyen et entend transcender les clivages politiques. Surtout, il encourage la création de comités locaux au coeur même des quartiers, dans lesquels les jeunes filles peuvent recevoir une aide et surtout une écoute. Au nombre de 30 en 2003, ils sont désormais près de 60 en 2006. "Ni putes ni soumises" poursuit sa défense des droits des femmes et sa lutte contre les violences, avec la fondation de la Maison de la mixité, inaugurée le 8 mars 2006.

Julie Le Gac

Éclairage média

Le reportage se subdivise en trois moments principaux. La première partie est consacrée à l'organisation de l'Université des femmes de quartiers et soulève la question de la récupération politique d'un mouvement créé de manière spontanée. En témoigne l'opposition entre les plans larges sur une assemblée majoritairement féminine et mêlant diverses origines sociales et des plans plus serrés sur des hommes politiques : Laurent Fabius, membre du parti socialiste, et Jean-Louis Borloo, ministre de la ville, affilié à l'UDF. Les interviews de Fadela Amara et du ministre de la ville nient toute récupération politique et insistent au contraire sur le caractère fondamentalement citoyen du mouvement.

Dans un deuxième temps, l'attention se porte sur l'action concrète du collectif '"Ni putes ni soumises" dans le cadre des comités locaux. Ainsi, l'interview d'une militante, filmée dans son quartier, entend rappeler la persistance des violences dont sont victimes les jeunes filles ainsi que les difficultés quotidiennes de la lutte. Enfin, le reportage se termine par un retour dans les couloirs de l'Université des femmes de quartier et un plan sur la présidente du collectif, en conversation téléphonique avec le premier ministre. La jeune femme, originaire des quartiers difficiles, symbolise ainsi le lien entre la sphère politique et les banlieues, deux lieux, où l'information et la communication jouent un rôle primordial.

Julie Le Gac

Transcription

Béatrice Schönberg
Un an après la mort de la jeune Sohanne, brûlée vive dans une cave de la cité de Vitry-sur-Seine, se tient à partir d'aujourd'hui le premier rassemblement du mouvement Ni putes ni soumises, un mouvement créé pour que change le sort que subissent bien des adolescentes dans les cités. Au-delà de l'hommage à Sohanne, cette première université des femmes de quartier montre la vitalité de ce mouvement et son impact dans l'opinion. Fanny Auverny, Guillaume Fautrat.
Fadela Amara
Je souhaiterais qu'on rende hommage à Sohanne.
Fanny Auverny
En ouverture des universités des femmes de banlieue, une minute de silence à la mémoire de Sohanne, brûlée vive il y a un an, à Vitry.
Fadela Amara
Merci infiniment.
Fanny Auverny
Son histoire est devenue un symbole. Dans les rangs aujourd'hui, des habitants des quartiers, des militants, mais aussi des hommes politiques. Alors, le mouvement serait-il récupéré ?
Fadela Amara
Par ce qu'on a soulevé, le violence dans les cités, ce qu'on dénonce transcende je dirais toutes les classes, mais surtout transcende les divergences qu'il peut y avoir entre les partis politiques. C'est un mouvement citoyen, donc à l'intérieur on retrouve tout.
Fanny Auverny
Un an après la naissance du mouvement, cinquante logements d'urgence ont été débloqués par le Ministère de la Ville pour extraire les victimes de leur quartier.
Jean-Louis Borloo
On a une convention avec elles, c'est elles qui assurent ça, on s'occupe de la partie technique. Vous savez, c'est une, nous on est dans les soutes pour les aider.
Fanny Auverny
Dans toute la France, une trentaine de comités locaux se sont créés. Mais leur mise en place sur le terrain est parfois difficile, comme à Grigny.
Reine-Claude Lasry
Ça a été : fais pas le comité, tu te rends pas compte ce que tu fais. Si tu fais ça, nous on va te faire des choses. Et moi je leur ai dit que de toute manière ça faisait seize ans que je me battais contre les gens qui m'avaient fait du mal, donc je vois pas pourquoi aujourd'hui je fermerais ma tête, je fermerais ma bouche et je baisserais ma tête quand je devrais passer devant les, devant les garçons.
Fanny Auverny
Même le Premier Ministre, au téléphone, a tenu à féliciter la Présidente du comité contre la violence. Il l'a invitée à venir discuter à Matignon la semaine prochaine.

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