Zones d'Education Prioritaire : quel bilan?

02 décembre 2004
03m 54s
Réf. 01823

Notice

Résumé :

Instaurées lors de la rentrée scolaire 1982, les Zones d'Education Prioritaire ont pour objectif de lutter contre l'inégalité scolaire. Toutefois, plus de 20 ans après leur création, leur bilan suscite des interrogations.

Date de diffusion :
02 décembre 2004

Contexte historique

En juillet 1981, Alain Savary, ministre de l'Education Nationale de François Mitterrand, annonce le lancement des Zones d'Education Prioritaire afin de "donner plus à ceux qui ont moins". Lors de la rentrée scolaire 1982, 362 ZEP sont créées, dans des quartiers socialement défavorisés, où les taux de chômage sont particulièrement élevés et où la part de population non francophone est supérieure à la moyenne. Les établissements scolaires classés en ZEP bénéficient de 10% de crédits supplémentaires et leurs effectifs sont allégés de 2 élèves par classe, en moyenne. Les professeurs sont en outre aidés par des surveillants et des assistants d'éducation plus nombreux.

Le nombre de ZEP s'accroît progressivement, et en 1999 le système s'enrichit des REP (Réseaux d'éducation prioritaire), une catégorie intermédiaire entre établissements ZEP et non ZEP. En 2005, la France compte ainsi 707 ZEP et 204 REP. Un écolier sur 5 est scolarisé en ZEP. Toutefois, les résultats des ZEP sont jugés insuffisants. En particulier, une étude réalisée par l'INSEE en 2005, portant sur la période 1982-1992 affirme que les ZEP n'ont pas d'impact sur la réussite scolaire. Notamment, elle établit qu'à la fin du collège, plus d'un quart des élèves issus de ZEP ne maîtrisent pas ou mal les compétences générales requises par les programmes, contre 15% dans les établissements hors ZEP. D'autres experts prennent à l'inverse la défense des ZEP et soutiennent que les ZEP ont permis d'éviter le creusement de l'écart entre ces établissements en difficulté et les autres établissements, dans une une période où les conditions sociales et scolaires ont connu une dégradation sensible. L'insuffisance des moyens alloués aux ZEP est également invoquée par les professionnels qui y travaillent.

La réflexion porte par ailleurs sur une meilleure répartition des aides distribuées; cependant la refonte de la carte scolaire est une opération délicate, un établissement précédemment classé en ZEP acceptant difficilement de se voir retirer des moyens. Dans un contexte de croissance des violences scolaires, la vigueur du débat sur les ZEP traduit l'aspect sensible de la question de l'éducation, principal vecteur d'ascension sociale dans ces milieux en difficulté.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce document constitue le dossier du journal "Soir 3" de France 3. Les journalistes entendent donc approfondir une question de société alors controversée: l'éducation dans les ZEP. Tout en énonçant les critiques faites aux ZEP, le reportage propose une défense de ces établissements, et s'attache à souligner l'originalité des méthodes éducatives qui y sont développées, autant que l'investissement des différents acteurs, professeurs comme chefs d'établissement.

L'attention est par ailleurs portée sur les difficultés spécifiques aux ZEP, où pour reprendre les mots du professeur d'histoire-géographie interrogé, le travail de scolarisation se double d'un travail de socialisation. Le gros plan sur les caméras de surveillance en début de reportage souligne la singularité de ces établissements, où l'on ne peut se limiter à des missions d'enseignement. Le manque de moyens et de coordination politique sont enfin jugés responsables des résultats insuffisants des ZEP. Enfin, le choix du collège Jean-Pierre Timbaud de Bobigny, un collège de ZEP où les efforts entrepris ont produit des résultats, tend à démontrer que les ZEP peuvent être un modèle de réussite.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
Et un classement en ZEP qui entraînerait des moyens plus importants pour encadrer les élèves, ses enseignants le souhaitent fortement. Reste que vingt-huit ans après leur mise en place, et bien ces zones d'éducation prioritaire n'ont pas tout à fait fait leurs preuves.
Journaliste 2
Leurs détracteurs pointent un système créant des ghettos d'élèves démunis. Le dispositif permet au moins la mise en oeuvre de méthodes éducatives adaptées aux difficultés des élèves, comme nous le montre à Bobigny ce reportage de Stéphanie Desjars et Laurent Fabioux, c'est le dossier de ce Soir 3.
Stéphanie Desjars
Dans ce collège de Seine Saint-Denis, pas de va-et-vient comme dans un moulin. Une caméra braquée sur les grilles, un surveillant qui filtre les entrées : un premier barrage contre la violence et l'incivilité.
Inconnu
On doit faire montrer notre carnet pour entrer en cours.
Stéphanie Desjars
Dans cet établissement, l'éducation passe par l'apprentissage des règles élémentaires de vie en communauté. Le collège Jean-Pierre Timbaud est classé zone d'éducation prioritaire car plus de 60% des effectifs sont issus de milieux sociaux défavorisés : famille monoparentales ou précaires. Dans ces quartiers, le taux de chômage dépasse les 20%. A l'écart de sa classe, Abdelkrim est puni. L'exclusion interne, c'est le premier grade de l'échelle des sanctions.
Abdelkrim
C'est vrai que c'est embêtant, et ça fait réfléchir aussi, c'est pour pas recommencer.
Stéphanie Desjars
Un cran au-dessus dans la sanction : cet autre élève passe en conseil de prévention, avec ses parents : la dernière chance avant l'exclusion définitive pour les élèves qui refusent toutes les règles.
Inconnu 2
Je faisais pas mon travail.
Brigitte Bourdin
Tu fais pas ton travail.
Inconnu 2
Et j'ai répondu au prof.
Brigitte Bourdin
Tu as répondu au professeur, c'est surtout pour ça.
Stéphanie Desjars
L'équipe éducative décide de mesures pédagogiques, tout faire pour rattraper l'élève en rupture scolaire.
Inconnue
Qu'il vienne de huit heures à dix-sept heures trente au collège, et qu'il soit en tutorat avec un, un surveillant qui le prenne, un assistant d'éducation qui le prenne en charge complètement.
Stéphanie Desjars
Mais pour ce type de mesures il faut des moyens. Dans les établissements ZEP, plus de surveillants et d'assistants d'éducation. Il y a surtout les classes, en théorie plafonnées à vingt-cinq élèves. On alloue donc aux ZEP neuf heures d'heures d'enseignement de plus. Des dispositions parfois jugées insuffisantes aux vues de l'ampleur du travail à effectuer auprès de ces élèves.
Didier Karkel
On fait de la pédagogie, on enseigne, on délivre quand même des connaissances aux élèves, ça c'est sûr. Maintenant, la façon qu'ils ont de se les approprier n'est pas vraiment satisfaisante, et puis surtout on fait de la socialisation, mais à marche forcée. Et ça on a pas les moyens, ni humains, ni matériels de, d'avoir un résultat satisfaisant.
Stéphanie Desjars
Chaque année, seize milliards d'euros sont également investis dans des dispositifs pédagogiques spécifiques, pour tirer les élèves vers la réussite. Problème selon les chercheurs : cette politique ZEP, vieille de plus de vingt ans, manquerait encore de coordination et de suivi au niveau national.
Agnès (von) Zanton
La politique ZEP est en fait une multitude d'actions dont certaines se sont avérées plus efficaces que d'autres sur le terrain. Et c'est ça qu'il faudrait savoir, et c'est ça qu'il faudrait aider les équipes à reproduire.
Stéphanie Desjars
A Jean-Pierre Timbaud, le bilan est plutôt positif : 72% de réussite au brevet, pas d'élève sans orientation en fin de troisième. Mais pour la principale, l'école ne pourra jamais résoudre les difficultés de tous les élèves.
Brigitte Bourdin
On demande à l'école de tout faire, dans tous les domaines. Ça c'est difficile, on peut pas tout faire. Et on peut pas le faire sans avoir d'autres partenaires, que sont les parents, la municipalité, la justice, la police, on peut pas tout faire tous seuls.
Stéphanie Desjars
En ZEP, le taux de réussite des élèves reste inférieur à la moyenne nationale, limites d'un dispositif qui voulait atténuer les inégalités sociales. Aujourd'hui, un collégien sur cinq est scolarisé en zone d'éducation prioritaire.

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